C’était l’une de ses promesses de campagne pour lutter contre le dérèglement climatique : fermer toutes les centrales à charbon encore actives. Quand il était candidat, Emmanuel Macron promettait l’arrêt des quatre sites (Havre, Saint-Avold, Cordemais et Gardanne). Une fois élu à la tête de l’État, le Président a réitéré sa volonté de fermer les usines à charbon. « C’est une décision écologique : les centrales à charbon représentent 2 % des émissions de CO2 (gaz carbonique) en France, mais 30 % des émissions de la production électrique », affirmait Emmanuelle Wargon, ancienne secrétaire d’État auprès du ministère de la Transition écologique en 2020. Elle soulignait également que l’engagement du président de la République « sera[it] tenu ». Mais cette promesse, elle non plus, n'a pas été tenue.


À peine deux ans plus tard, la presse titre à tout va « En Moselle, la centrale de Saint-Avold fait le plein de charbon et se prépare à tourner à plein régime » ou encore « La centrale à charbon de Saint-Avold joue les prolongations et rappelle ses salariés licenciés » (Europe 1). En 2018, Saint-Avold avait d’ailleurs reçu la visite de François de Rugy. Lors de ce déplacement, le ministre de l’Écologie avait déclaré vouloir accompagner les salariés. Après la fermeture de la centrale en mars 2022, les 70 employés ont tous été rappelés pour redémarrer la production de charbon. Une réouverture justifiée par la menace d'un black-out cet hiver. Le gouvernement a d’ailleurs appelé les Français à faire des « petits gestes » pour réduire leur consommation d’énergie.

C’est un changement total de paradigme. Certes, la réouverture de centrales à charbon est appuyée sur une crise énergétique, mais quelques années auparavant, le charbon était considéré comme le mal absolu. Une énergie tellement conspuée que les pays membres du G7 se sont engagés, en 2021, à ne plus financer de projets de centrales à charbon dans le monde. « Il est maintenant reconnu par tous les pays du G7 que le charbon est une énergie du passé. Et que sa sortie est un impératif pour tous », avait écrit le chef de l’État sur son compte Twitter. Il semble avoir changé d'avis.

Si l’on doit rouvrir des centrales à charbon à l’aube d’une pénurie d’énergie, c’est également la responsabilité du gouvernement. En effet, selon plusieurs spécialistes des questions énergétiques, si Emmanuel Macron ne s’était pas entêté à réduire de 50 % l’électricité d’origine nucléaire d’ici 2025, et s’il n’avait pas fermé Fessenheim, la France ne serait pas dans la même position. « La pénurie éventuelle vient des arrêts des centrales à fioul et à charbon décidés sous la pression des écologistes politiques auxquelles ne peuvent se substituer les énergies intermittentes éoliennes ou solaires, estime Loïk Le Floch-Prigent, ancien PDG de GDF et d'Elf Aquitaine dans un entretien accordé à Marianne. La production française revient donc sur les épaules du nucléaire et de l’hydraulique, qui sont pilotables, mais il y a eu aussi des arrêts décidés par le gouvernement – comme à Fessenheim. »

Contraint par la réalité, le gouvernement a laissé tomber ses lubies écologiques — la France représente moins de 1 % des émission de gaz carbonique — pour redevenir pragmatique. Espérons qu’il ne fasse pas une deuxième fois la même erreur.

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1 août 2022

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