Culture - Editoriaux - Histoire - International - Médias - Politique - 23 décembre 2017

Catalogne, capitale Belfast

La violence en moins, voilà la Catalogne définitivement devenue une sorte d’Ulster où deux communautés que tout oppose et qui se détestent se tiennent là, face à face, contraintes malgré elles à vivre ensemble. Si une telle décomposition n’est certes pas nouvelle – c’est le fruit d’un long, patient travail d’endoctrinement accompli pendant quarante ans par le national-chauvinisme catalan –, c’est néanmoins après les élections de ce 21 décembre qu’une telle dislocation a été définitivement acquise et confirmée.

En gros, c’est moitié de la population contre moitié de la population : 50 % des électeurs ont voté pour les trois partis unionistes (où il faut souligner la débâcle du Partido Popular de Mariano Rajoy, réduit à trois députés) et 50 % pour les trois partis séparatistes, ces derniers obtenant une majorité de deux sièges grâce à la façon dont la loi électorale favorise la Catalogne rurale où l’indépendantisme l’emporte. Même si c’est un grand succès moral des unionistes, la poussée en force du jeune parti Ciudadanos, devenu le premier parti en nombre de sièges et de voix, n’aura été, dès lors, qu’une victoire à la Pyrrhus.

Pouvait-il en être autrement ? Non, même si, au vu de l’étonnant regain que l’identité espagnole a éprouvé ces trois derniers mois, il était légitime de commencer à rêver. Or, ce n’est ni en trois mois ni en trois ans qu’on peut renverser des sentiments si fort ancrés au fond des cœurs. Encore moins si, pendant toute la campagne électorale, tous les médias mainstream ont, en Catalogne, pris fait et cause pour les seuls partis sécessionnistes.

On a historiquement tout fait, mais en vain – se plaignait quelqu’un hier soir –, pour vaincre la pieuvre du national-chauvinisme et de ses outrances. On leur a tout accordé pendant quarante ans. Après chaque gifle infligée à l’Espagne, celle-ci s’est toujours empressée à mettre l’autre joue en espérant d’amadouer enfin la brute. On n’a rien obtenu, tout comme le franquisme n’avait, lui non plus, rien obtenu en suivant la politique strictement inverse.

A-t-on vraiment tout fait ? Est-ce sûr ? Non, absolument pas. Ce qu’on a fait, c’est d’appliquer à fond, mais alternativement, la politique soit de la carotte… ou du bâton. On n’a, par contre, jamais appliqué la seule politique sensée : une politique qui conjuguerait à la fois et la carotte et le bâton ; une politique qui, d’une part, reconnaîtrait l’autonomie politico-administrative de la Catalogne et les droits de sa langue, mais qui, d’autre part, interdirait par les contraintes propres à tout État de droit qu’il soit porté atteinte à son unité de destin et à la dignité de son histoire.

Mais une telle politique ne serait rien sans un énorme, un patient travail de pédagogie politique et culturelle ; un travail de longue haleine où, en liquidant le flot de mensonges historiques et autres propagés par les écoles catalanes, l’État déploierait des efforts analogues (mais en sens inverse !) à ceux que la Generalitat a mis en œuvre pendant quarante ans. Ce n’est qu’ainsi que les deux communautés entre lesquelles la Catalogne se trouve déchirée pourraient un jour se retrouver reconciliées comme elles l’ont été pendant des siècles.

Mais pour cela, pour mettre sur pied une telle approche qui, entre autres, oblige à penser au-delà de l’immédiateté où l’écume des jours nous summerge, il faudrait que bien d’autres choses – et choses beaucoup plus essentielles que celles relevant d’un tel conflit régional – changeassent.

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