Editoriaux - Justice - 12 janvier 2020

Carlos Ghosn n’est pas Robin des bois

Non, n’est pas Robin des bois ou le comte de Monte-Cristo qui serait redevenu d’actualité.

Il est riche et l’argent, il le garde pour lui, il ne le donne pas aux pauvres. Ou il s’en sert pour s’évader et fuir la Justice japonaise.

Je n’ai jamais beaucoup aimé cet homme. Quand je le voyais et que je l’entendais parler, s’il était légitimement fier de la réussite qu’on lui prêtait et du caractère international de son pouvoir de grand capitaine d’industrie, l’arrogance suintait à chaque mot, le mépris et la certitude que jamais rien ne pourrait lui advenir et contrarier son imperium. J’entends bien qu’il s’agit d’une approche purement subjective qui a sa limite.

Il n’empêche que je l’imaginais courageux et homme incapable de fuir ses responsabilités avec une épouse très présente à ses côtés et qui, à l’évidence, n’était pas séparée par un mur d’airain de ses activités, quelle que soit leur nature. Elle aurait, par exemple, soudoyé un témoin, l’ex-épouse de Carlos Ghosn (Les Échos).

Celui-ci, après avoir été durement traité par une procédure pénale japonaise avec une interminable garde à vue – appliquée à n’importe quel citoyen -, a profité d’une relative mais certaine liberté de mouvement pour organiser son évasion avec l’aide de deux mercenaires américain et libanais en ayant pu dépenser, à cette fin, une vingtaine de millions de dollars. Peu importent les modalités – probablement dans une immense malle et le détournement de deux avions – puisque l’essentiel, pour lui, était de se retrouver au Liban, pays qui, apparemment, le porte aux nues et, surtout, n’extrade pas ses ressortissants.

Cette évasion est une fuite qui a trahi la confiance que cette « épouvantable » Justice lui avait pourtant octroyée. Les autorités japonaises ont réagi vivement. Le pays est très sûr sur le plan de la sécurité et il est évident que cette stratégie assumée de l’aveu, sur le plan pénal, n’entraînant quasiment que des condamnations, est étrangère à notre culture qui, de manière hypocrite, ne fait plus de l’aveu la reine des preuves mais ne le rejette pas pour autant.

Au Liban, une conférence de presse, le 8 janvier, sous l’égide d’Anne Méaux, avec beaucoup de journalistes triés sur le volet et une aptitude qu’il a fait admirer à pouvoir manier plusieurs langues. Mais une volonté claire d’éluder l’essentiel de ce qui lui était reproché, au Japon comme en France, où deux procédures le concernant sont engagées. Comparaison avec Pearl Harbor !

Contre le Japon, la seule thèse du complot organisé contre lui par Nissan est un peu courte.

De même que son leitmotiv sur l’horreur de la Justice japonaise ayant contraint le parfait honnête homme qu’il est à rechercher sous d’autres cieux une Justice acceptable. À la rigueur, à certaines conditions, pourquoi pas la France ? On a compris que Carlos Ghosn était demeuré le même : hier comme aujourd’hui. Dans la gloire comme dans le soupçon. Il était hors de question qu’il ne choisisse pas ses juges ou même, à la rigueur, qu’il soit jugé.

Comme il a dû jouir en constatant l’aura qui était la sienne avec cette foule médiatique qui espérait obtenir de lui la vérité et qui n’a rien eu, puisqu’elle n’était là que pour satisfaire une incontestable vanité !

Comme cette révérence curieuse et empressée a dû le combler, comme le honteux entretien qu’il a eu avec Léa Salamé et qui m’a rappelé, dans un autre registre, le déplorable précédent de Claire Chazal questionnant, il y a des années, Dominique Strauss-Kahn.

Mais la réalité vient rapidement, brutalement, déchirer le mythe.

Il a menti sur la fête organisée au château de Versailles.

Il ment quand il affirme n’être pas un homme épris de faste.

Il ment quand il déclare que le déclin commercial de Renault a commencé depuis ses déboires.

Il ment quand il se présente comme un citoyen épris de justice quand sa principale préoccupation est de récupérer, auprès de Renault, la pension qu’il avait négociée quand il était aux manettes mais que le constructeur lui refuse.

Derrière la frime, le souci des intérêts.

Derrière cette personnalité qui, sans doute, s’est perdue parce qu’elle a cru qu’elle pouvait tout se permettre et que tout lui était permis, un homme qui n’a pas assumé. Mais a fui hardiment ! Une évasion luxueuse. Aucune raison que l’argent ne serve pas aussi à des abandons de poste et de justice.

Placer du romantisme dans cette misérable et somptuaire aventure serait faire à Carlos Ghosn beaucoup d’honneur.

Il paraît qu’il a passé un contrat depuis plusieurs mois avec Netflix.

Il n’est vraiment pas Robin des bois.

Extrait de : Justice au Singulier

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