Dans un contexte de , le déroulé des obsèques est très réglementé en raison de la pandémie de Covid-19.

Boulevard a recueilli le témoignage de Brigitte A., une habitante de Ronchin (Nord), qui a perdu son fils Cyril. Il s’est suicidé à l’âge de 34 ans. Elle manifeste son incompréhension et sa souffrance face aux règles fixées pour l’organisation des enterrements.

Brigitte A., vous venez de perdre votre fils de 34 ans et la façon dont s’est déroulé son enterrement a suscité votre mécontentement et rajouté à votre tristesse. Pouvez-vous nous dire pourquoi ?

Je suis choquée de l’enterrement, car déjà, là où a été déposé son corps, les pompes funèbres nous ont fait patienter près de quatre jours avant de pouvoir le voir, soi-disant une recherche de Covid-19. Cela est faux car, selon le médecin légiste et la gendarmerie, il n’y avait aucune objection pour se recueillir auprès de lui et poursuivre les démarches pour les obsèques, car mon fils s’est suicidé. Le jour de la mise en bière, seules trois personnes pouvaient être présentes. Une heure après, nous avons suivi le convoi avec le cercueil et nous sommes arrivés au cimetière !

Ils ont sorti le cercueil, l’ont posé sur des tréteaux. Nous avons entendu le discours habituel fait par le maître de cérémonie, un instant de recueillement, puis j’ai fait passer deux morceaux de la musique de mon fils. Ensuite, moins de vingt minutes après, il était descendu dans la fosse. Nous sommes passés devant pour nous recueillir quelques instants, puis direction la sortie, où le gardien qui vit sur place nous a pressés vers la sortie.

Le maître de cérémonie nous a dit que l’on pourrait revenir dans l’après-midi pour se recueillir sur la tombe refermée, mais le gardien du cimetière l’a interrompu brutalement et nous a interdit de revenir.

Pensez-vous qu’il y aurait une façon plus humaine de procéder sans contrevenir aux règles du confinement ? 

Je ne comprends pas pourquoi on laisse rentrer 21 personnes relativement regroupées pour leur interdire ensuite de venir dire un dernier adieu au défunt et se recueillir. Heureusement, j’avais acheté des fleurs artificielles aux pompes funèbres, car je peux vous dire que sans , c’est vraiment triste… enterré à la va-vite, et hop, dehors, plus rien à voir ! Je suis meurtrie, je pleure tous les jours d’avoir été contrainte d’abandonner mon fils de cette façon et de ne pas pouvoir le voir.

Le cimetière est très grand, il n’y a pas de confinement dans un cimetière, très peu de personne se croisent, pourquoi faire autant souffrir les gens quand ils perdent un être cher ? Par contre, on peut aller faire des courses où l’on croise des personnes dans les rayons étroits, on peut aller acheter des cigarettes, des marchés restent ouverts ; où est la logique ?

Ces nouvelles règles sont-elles écrites et les mêmes dans toutes les de ?

Je ne sais pas comment cela se passe sur les autres communes et dans la région, on n’avait aucune information, jusqu’à la dernière minute. Les pompes funèbres nous permettaient de venir avec un certain nombre de personnes.

Je vais devoir supporter la double peine, car dans quelques semaines, quelques mois, quand ce confinement sera terminé, nous ferons dire une messe et nous nous recueillerons avec tous les amis, ses amis, la famille, et nous revivrons donc une deuxième fois ce deuil !

2 avril 2020

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