Depuis Juvénal, on n’a pas trouvé mieux pour s’attirer la bienveillance du peuple que « du pain et des jeux ». Ajoutez le papier hygiénique et ce trépied devrait suffire à nous faire supporter ces temps difficiles que France 2, bouleversant son programme, se propose d’égayer en diffusant de grands films du patrimoine français, juste après le journal de 13 heures.

Pauvre Faustine Bollaert, sommée de remballer ses récits lacrymogènes de fiancées abandonnées par leurs promis le matin du mariage ; et place au rappel consternant du « monde d’avant », de la France moisie des Trente Glorieuses, sans téléphones portables, sans éoliennes et sans Anne Hidalgo : une horreur !

Au fond de cette poubelle cinématographique, deux films commis par un certain Yves Robert, Un éléphant, ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis, rappellent douloureusement ce que les Français appréciaient en ces temps obscurs, une « chronique très agitée des démêlés de certains hommes avec certaines femmes qui ne sont pas nécessairement les leurs », comme l’avoue sans vergogne le scénariste Jean-Loup Dabadie. Pitoyable !

D’ailleurs, pas l’ombre d’une préoccupation sociétale chez ces quatre copains mâles blancs (ça commence bien !), à peu près sans difficultés financières (ben voyons !), travaillés par le démon de midi et tentant, tour à tour, de fournir des alibis à celui que sa testostérone a mis dans un mauvais pas. Heureusement, ce n’est plus sous Marlène Schiappa qu’on oserait proposer un thème aussi consternant… Tout comme la scène du faux aveugle qui ravage un restaurant des moulinets de sa canne blanche, véritable insulte aux personnes « en situation de handicap »… Dire que ça faisait rire !

Quant au tableau de mère juive abusive brossé par Marthe Villalonga… n’y retrouve-t-on pas tous les stéréotypes de l’antisémitisme le plus éculé ? Il n’y avait donc pas de censure, en ce temps-là ? Ni de chief diversity officer pour encadrer le directeur de casting ? Pas l’ombre d’un·e racisé·e ou d’un·e migrant·e dans le tableau ! Il est vrai que Rokhaya Diallo n’était pas née et Aïssa Maïga encore dans les langes à Dakar…

Ces temps franchouillards sont heureusement derrière nous. On rit sainement, aujourd’hui, et nos acteurs sont devenus des garçons enfin sensibles aux questions de genre, contrairement à la palanquée de machos qu’on nous imposait jadis. Plus questions de revoir de tels films !

Je vous quitte, je vais revoir Portier de nuit en streaming.

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