Les temps sont durs et, vaille que vaille, tout le monde participe à l’effort de guerre en ces temps de pandémie. Les chaînes de télévision, publiques ou privées, remontent le moral de la nation. À TF1, les films de Louis de Funès et du Splendid, à Arte les soirées consacrées à Jean-Pierre Melville. L’Élysée, qui ne pouvait décemment demeurer en reste, contribue aussi à déplomber l’ambiance en relayant les communiqués de sa porte-parole, , décidément imbattable dans ces registres si délicats que sont l’humour involontaire et le comique de répétition.

Signe des temps, même des organes de presses aussi divers que Mediapart et Gala saluent l’exercice.

Pour le bulletin d’Edwy Plenel : « Sibeth Ndiaye est la matérialisation de l’humour d’État en Macronie. Toujours méprisant, toujours hautain, toujours présent lorsqu’on pense avoir touché le fond. » Il est vrai que la « meuf qu’est dead » – c’est ainsi qu’elle évoquait la défunte Simone Veil – laissait entendre, récemment, que le corps enseignant n’en fout pas une rame. Propos, d’ailleurs, commentés par l’ami Jean-Paul Brighelli sur ce site : « Elle est faite pour être porte-parole comme vous et moi sommes faits pour être pape. »

Pour Gala, magazine de l’actualité heureuse, entre Jours de France et Le Figaro Économie : « En pleine crise sanitaire, chaque mot compte. Alors qu’elle dénonçait, dans Le Parisien, les sceptiques qui comparaient le coronavirus à une “grosse grippe”, Sibeth Ndiaye a sans le vouloir, mis en lumière ses propres paroles, énoncées quelques semaines plus tôt. »

Et cet hebdomadaire de délaisser le shopping pour le fact checking, en citant la pythie élyséenne : « On peut s’étonner de voir certaines personnes parler en ce moment de la gravité de l’épidémie, alors qu’elles se gaussaient il y a encore quelques semaines de cette grosse grippe. » Pour ensuite pointer du doigt, sorti de la manucure et assorti de l’idoine vernis, les errements plus anciens de la dame en question : « Le problème, c’est que la porte-parole du gouvernement avait certainement oublié son intervention sur LCI, le 5 mars dernier : “Il faut avoir conscience que 80 % des malades ont un gros rhume, une grosse grippe au maximum. Il y a 20 % des cas qui sont compliqués. On ne va pas arrêter le pays. […] Aujourd’hui, on a plus de décès en France de la grippe que dans le monde du coronavirus”. »

C’est donc Sibeth qui contredit Ndiaye. Comme autrefois doctoresse Jekyll et Miss Hyde, ou Roger Pierre et Jean-Marc Thibault. Devant la vilaine « grippe » en passe de devenir tsunami sanitaire, notre Jeanne d’Arc à dreadlocks ne pouvait donc faire moins que de prendre les mesures s’imposant.

Elle a donc viré une partie de son staff, virant ses deux plumes, Siane de Camas et Miléna Munoz, issues de l’univers de la communication, pour les remplacer par Robin Gastaldi et Pierre Pélissier, eux aussi venus du même demi-monde.

À en croire Le Figaro de ce jeudi 2 avril, les deux nouveaux arrivants auraient grave les patates au fond du sac : « En ce moment, on est en mode “warrior”, Sibeth est très exposée, il faut diffuser plus d’éléments de langage, il y a plus de réunions, de conseils des ministres à débriefer. » Pour tout arranger, une nouvelle venue devrait arriver en renfort : une certaine Marie Quinette, issue du groupe Publicis.

Si l’on résume, comparé à cette horde de têtes pensantes tamponnées du sceau des grandes écoles, Jacques Séguéla, du temps de Mitterrand, c’était Machiavel.

Cela écrit, Sibeth Ndiaye n’a pas tort de renouveler ses équipes. Notre cher Laurent Gerra fait souvent de même, afin de ne pas trop lasser son public.

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