Brexit, Cour suprême, Parlement : comment Boris Johnson fait-il face ?

Quand un socialiste crée une nouvelle institution, ça finit toujours par servir contre son pays ou contre la volonté du peuple. Le plus falot de nos Présidents semblait avoir créé le Parquet national financier inopinément, de même le socialiste Tony Blair (un Macron anglais) créa une « Cour suprême » – institution peu British au pays de la common law. Le diligent Parquet national financier permit de torpiller la candidature du conservateur libéral Fillon, nous privant d’une véritable alternative. Quant à la récente « Cour suprême » britannique, elle vient de frapper.

Le bon vieux cuir vert anglais des bancs du Parlement britannique n’a guère eu le temps de respirer. Ouverte en 2017, c’est la plus longue session tenue à Westminster depuis l’époque de la guerre civile au XVIIe siècle, comme le rappelait le quotidien The Telegraph – grand journal conservateur, fondé en 1855 –, qui reprend. Une session parlementaire s’étend, en général, sur une année civile, la reine prononçant son discours au mois de mai.

D’où venons-nous ? L’attente d’une nouvelle session place le Parlement britannique dans une situation inédite, dénonçait déjà le Telegraph en mai dernier. Le Parlement « ne fait rien. Aucun vote serré n’a eu lieu depuis un mois. Les dossiers nationaux définis dans le dernier discours de la reine ont été traités. Lundi 13 mai, la séance a été levée quatre heures plus tôt que d’habitude, à 18 heures, et les députés bénéficieront d’une nouvelle pause à compter du 23 mai. » Westminster était monopolisée par le Brexit, mais pour faire quoi ? Le Telegraph parle d’un « Parlement zombie » : « Il existe toujours, mais il n’est pas très vivace. Il est incapable d’accomplir sa dernière mission : venir à bout du Brexit. »

Le fait que la « Cour suprême » ait estimé que la suspension avant une nouvelle session ne relevait pas uniquement de la sphère politique – ce que conteste formellement Johnson – pourrait créer un important précédent, estiment certains. Au-delà de savoir si la suspension est illégale, il faut voir « si la Cour suprême britannique devient un arbitre, une sorte de cour constitutionnelle dans un pays sans Constitution écrite ». Le ministre des Relations avec la Chambre des communes, Jacob Rees-Mogg, a dénoncé un coup d’État constitutionnel (constitutional coup) faisant écho au « Stop the coup » scandé, il y a quelques semaines, sur College Green Park.

« Nous ne vous aimons pas ! », titrait The Sun à l’encontre de la présidente de la Cour suprême, Lady Brenda Hale. À l’évidence, conclut le Daily Telegraph, « Boris Johnson est vu comme le défenseur du peuple contre un establishment déterminé à stopper le Brexit ».

Boris Johnson avait expliqué à la BBC que même s’il n’était pas du tout d’accord avec cette décision, il la respecterait. « La chose évidente à faire est d’organiser des élections », a-t-il encore affirmé. Car si les élites utilisent les institutions pour mettre des bâtons dans les roues de son célèbre vélo, il garde l’équilibre grâce au soutien populaire. Les sondages lui restent très favorables (32 à 35 %) alors qu’ils sont mauvais pour les travaillistes (22 à 25 %), dont la position sur le Brexit reste ambiguë.

D’ailleurs ce ne sont pas des élus de l’opposition mais une gestionnaire de fonds, Gina Miller, qui est à l’origine de cet arrêt de la Cour. « Les dindes voteraient-elles pour Noël ? », titrait, sarcastique, Breitbart.com, sous-entendant que les députés d’opposition n’étaient pas suicidaires. Mais le report sans fin du Brexit rappelle le supplice de Prométhée, et BoJo se vit en Héraclès, héros grec qui le sauva. Come on ! lance-t-il face à un Parlement paralysé. « Je veux faire le Brexit. »

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