Ceuta : derrière la vague migratoire, le jeu trouble du Maroc
« Ce qui s'est passé est une attaque contre l'intégrité territoriale de l'Espagne et mérite notre condamnation la plus ferme et la plus énergique. » Les mots sont forts. Ils ne sont pourtant pas ceux d'un dirigeant de Vox, le parti espagnol de droite nationale, mais de Pedro Sánchez, chef du gouvernement socialiste espagnol et l'un des responsables européens les plus favorables à une politique migratoire ouverte. Pourquoi le Premier ministre espagnol évoque-t-il une « attaque contre l'intégrité territoriale » plutôt qu'une simple crise migratoire ?
Lo que ha sucedido es un ataque a la integridad territorial de España y merece nuestra más rotunda y enérgica condena.
Toda España está con la ciudadanía de Ceuta. El Gobierno de España está con la Ciudad Autónoma.
Gracias por la cooperación que siempre hemos mantenido con el… pic.twitter.com/ZqKdUdu7Oy
— Pedro Sánchez (@sanchezcastejon) July 31, 2026
Depuis mercredi, près de 60.000 migrants ont tenté de rejoindre les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, seules frontières terrestres entre l'Union européenne et le continent africain. Un chiffre vertigineux, lorsqu'on sait que Ceuta ne compte qu'environ 83.000 habitants sur à peine 18,5 km². Face à cette pression sans précédent, le président de Ceuta a demandé au gouvernement espagnol de décréter l'état d'urgence national. Madrid s'y est refusé, tout en renforçant le dispositif de la Garde civile.
Pour Rocío de Meer, députée espagnole de Vox, il ne s'agit pas d'une simple poussée migratoire mais d'« une invasion ». « Ce ne sont ni des exilés, ni des réfugiés, ni des femmes, ni des enfants. Ce sont des hommes en âge militaire », affirme-t-elle à Boulevard Voltaire.
Un partenaire... mais un voisin ambigu
Depuis le début de la crise, plusieurs vidéos largement relayées sur les réseaux sociaux montrent des policiers marocains présents à proximité des franchissements sans intervenir. Des images qui alimentent les interrogations sur l'attitude de Rabat. Pour Fadila Maaroufi, directrice de l'Observatoire européen des fondamentalismes, interrogée par BV, cette situation est inhabituelle. « Il est assez étonnant que le Maroc laisse passer autant de personnes d'une manière aussi facile, alors que généralement, le Maroc est assez ferme », observe-t-elle, estimant qu'il existe au minimum une forme de laisser-faire des autorités marocaines.
🇲🇦 Today, thousands of migrants were literally brought in the backs of trucks and unloaded right at the Spanish border, all under the watch of the local police. pic.twitter.com/xZ1uETBtjP
— Visegrád 24 (@visegrad24) July 30, 2026
Cette attitude interroge d'autant plus que le Maroc est l'un des principaux partenaires de l'Union européenne dans la lutte contre l'immigration clandestine. Rabat bénéficie depuis plusieurs années de financements européens destinés à renforcer le contrôle de ses frontières et à limiter les départs vers l'Espagne.
Ceuta et Melilla, un vieux contentieux
Le contexte territorial éclaire aussi les événements actuels. Depuis son indépendance en 1956, le Maroc revendique officiellement la souveraineté sur Ceuta et Melilla. En décembre 2020, le Premier ministre marocain de l'époque, Saad-Eddine El Othmani, ravivait ce contentieux en affirmant que « Ceuta et Melilla sont marocaines comme le Sahara ». Quelques mois plus tard, en mai 2021, près de 10.000 migrants pénétraient à Ceuta en moins de quarante-huit heures après un relâchement des contrôles marocains, en pleine crise diplomatique liée à l'accueil en Espagne de Brahim Ghali, chef du Front Polisario.
Le constat est partagé jusque dans le débat politique espagnol. Selon Rocío de Meer, « le Maroc exerce une pression migratoire sur Ceuta et Melilla depuis des années » et utilise les migrants comme « boucliers humains contre l'Espagne ».
Une stratégie de pression ?
Pour Florence Bergeaud-Blackler, directrice du Centre européen de recherche et d'information sur le frérisme (CERIF), interrogée par BV, le royaume ne se contente pas de laisser faire : « Il encadre ce mouvement de population. » Elle établit un parallèle avec la Marche verte de 1975, lorsque le roi Hassan II avait mobilisé près de 350.000 civils marocains pour pénétrer dans le Sahara occidental alors administré par l'Espagne. Cette démonstration de force avait conduit au retrait espagnol. Sans assimiler les deux situations, la chercheuse évoque une « guerre de reconquête qui ne dit pas son nom ».
« L'Espagne sera forcée de céder Ceuta au Maroc. Les citoyens espagnols restants ne resteront pas à Ceuta et fuient probablement déjà.
C'est la raison pour laquelle cela se produit. Ceuta et Melilla font l'objet d'un différend depuis des siècles. Le Maroc reconquiert des terres… https://t.co/syr8YnOKVo
— Florence Bergeaud-Blackler 🎓 (@FBBlackler) July 31, 2026
L'utilisation des flux migratoires comme instrument de pression n'est pas inédite. La Turquie de Recep Tayyip Erdoğan a déjà utilisé cette menace pour peser sur Bruxelles. En 2021, la Biélorussie d'Alexandre Loukachenko était accusée d'avoir instrumentalisé les migrants à la frontière polonaise dans le cadre d'une « attaque hybride ».
Le cas marocain présente évidemment ses spécificités et rien ne permet d'affirmer que Rabat orchestre directement les franchissements observés ces derniers jours. Mais les revendications territoriales anciennes sur Ceuta et Melilla, les précédents de 2021 et les images diffusées depuis la frontière relancent une question que Pedro Sánchez lui-même semble avoir soulevée en évoquant une « attaque contre l'intégrité territoriale de l'Espagne » : derrière cette vague migratoire se joue-t-il aussi un rapport de force géopolitique entre Rabat, Madrid et l'Union européenne ?
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64 commentaires
Je dirais a madame Bergeaud-Blackler que les guerres de reconquête surviennent lorsqu’on tente de conquérir quelque territoire qui a appartenu à un pays para le passé mais qui a été perdu par la suite. C’est ne pas le cas pour Ceuta et Melilla. S’agissante de la première, il convient de noter qu’elle a été conquise par Portugal, en 1415, à une époque où le royaume de Maroc n’existait même pas; qui passa sous domination espagnole lorsque Felipe II hérita du Portugal; que en vertu du traité de Lisbonne, de 1668 – conclu après l’indépendance de Portugal – , Ceuta choisi de rester espagnole; que le traité de Wad-Ras, de 1860, entre Maroc y l’Espagne, reconnut la souveraineté espagnole sur Ceuta; et que ce n’est qu’en 1956 que le Maroc revendiqua ces territoires. Melilla, pour sa part, fut conquise para la Castille, en 1497, là encore, des siècles avant l’existence du Royaume du Maroc. C’est clair pour vous, madame Bergeaud-Blackler?
Aux dernières nouvelles, la France a proposé son aide à l’Espagne… Il faut comprendre que l’Etat, tel que nous le subissons, serai prêt à prendre sa part des migrants marocains…
Ne pas oublier que Le Maroc serait, selon les Nations unies, le premier producteur et exportateur mondial de haschich , après la drogue , ce sont les êtres humains car derrière ce déferlement il y a des réseaux diriger en sous main par des haut dignitaires du régime.
Le sud global a sa force de dissuasion: la multitude débordante. Par deux fois la Méditerranée a mérité le surnom de Mare Nostrum, avec l’empire romain et la fin du XIXème siècle. Aujourd’hui cet espace redevient hostile.
Si l’Espagne cède Ceuta et Melilla, elle perd le contrôle du détroit et nous avec. L’autre côté est Anglais, pas Espagnol. Il semble plutôt que ce soit le jeu US, consorts et Maroc pour avoir le contrôle de l’accès à la Méditerranéenne…
Un jeune de moins de 25 ans sur 4 , au Maroc, n’a ni formation, ni emploi, soit 1,5 millions de « jeunes » désoeuvrés et sans avenir à ce jour. Ils n’ont donc rien à perdre, sauf la vie éventuellement, ce qui leur importe peu. L’un m’a une fois dit, vivre une vie sans espoir ou mourir, où est la différence ?
Sanchez est une crapule comme son prédécesseur Zappatero . Comme un autre dirigeant que je connais, avant de partir il détruit ! Concernant le Maroc, est ce que l’Europe va encore se coucher devant un pays dont l’économie repose à 50% sur notre continent ?? Subventions en Plus …Ne parlons pas de la France Macroniste qui elle a l’habitude de s’aplatir face à tout le Magreb ..
« Depuis mercredi, près de 60.000 migrants ont tenté de rejoindre les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, » Rappel : en terre d’Islam, les manifestations populaires n’existent pas, tout est téléguidé +- directement par les autorités. Alors 60 000…
Pas faux. Cela sent le traquenard à plein nez et ce n’est pas une « vague migratoire » : c’est une invasion.
De même que nous subissons une occupation depuis les accords gaullo-fln de 68.
Je ne vois d’ailleurs pas quel est l’intérêt de l’Espagne de conserver ces bouts de terre : Ils ont déjà un accès à la mer, en face, à quelques kilomètres ; quant au profit économique, je ne suis pas spécialiste, mais je suppose que c’est peanuts. Reste peut-être le fait d’avoir, par ces enclaves, un pied en Afrique, mais bon…..Quant au Maroc, que l’on arrête de dire qu’il est un « bon » partenaire pour l’Europe : Le Maroc est dans les tous premiers producteurs mondiaux de cannabis, qu’il laisse volontairement se répandre sur la planète (voire qui y est partie pren…te)
Si nous étions plus fermes …
L’Espagne sera contrainte de céder Ceuta au Maroc comme cela a été le cas avec le Sahara Occidental, c’est maintenant évident.
Au lieu de jouer la vierge effarouchée l’Espagne ferait mieux de rendre au Maroc les enclaves qu’elle conserve en Afrique et qui nuisent à notre « tranquillité ». Nous avons déjà en Europe assez de problèmes sans que Pedro Macrolanchon nous en rajoute. Pour une fois il pourrait faire quelque chose d’utile
Si vous rencontrez un gauchiste proposant ou réalisant des choses utiles, SVP prévenez BV et d’autres médias, ils écriront des articles.
Question tranquillité, nous avons un souci supplémentaire : le tunnel sous le détroit de Gibraltar, préconnisé et financé par Bruxelles. Autant dire que les jeux sont faits.