8 août 1868: le caporal François Thibault, pompier et héros

La bravoure et de la force de nos chers soldats du feu ne datent pas d'hier.
Par Brigade de sapeurs-pompiers de Paris — https://allo18-lemag.fr/histoires-de-pompiers-des-faits-divers-tout-lete-1-caporal-thibault-super-star/, Domaine public
Par Brigade de sapeurs-pompiers de Paris — https://allo18-lemag.fr/histoires-de-pompiers-des-faits-divers-tout-lete-1-caporal-thibault-super-star/, Domaine public

Il n’a pas fallu attendre les incendies de Gironde pour se rendre compte de la bravoure et de la force de nos sapeurs-pompiers. Ces derniers, aujourd’hui sujets de toutes les attentions des Girondins, suivent l’exemple de leurs pairs, de ceux qui les ont précédés dans le combat contre les flammes et dans le sauvetage des vies humaines. Parmi ces héros oubliés, un homme se distingue : le caporal François Thibault, qui, le 8 août 1868, au péril de sa propre existence, sauva dix âmes, hommes, femmes et enfants.

Un enfant du terroir

Avant d’être un soldat du feu, François Thibault était un soldat de la terre. Né le 9 février 1835 à Saint-Aignan, dans le Loir-et-Cher, il est issu d’une famille de petits agriculteurs auprès de laquelle il apprend le métier de laboureur. Cependant, à l’âge de 21 ans, son destin change. Le 1er mai 1866, il entre au 96e régiment de ligne. Il troque ainsi sa charrue contre le fusil. Néanmoins, François demande trois ans plus tard à changer de corps d’armée et, le 1er mai 1868, il rejoint le bataillon des sapeurs-pompiers en qualité de sapeur de deuxième classe.

Son premier fait de bravoure connu des Français survient le 27 septembre 1865. Ce jour-là, un effroyable brasier, déclaré au 2, rue du Marché-des-Blancs-Manteaux, dans le 4e arrondissement de Paris, ravage un magasin de produits chimiques. François Thibault, devenu caporal de première classe le 26 février 1865, « trois fois au péril de sa vie », selon Hippolyte Durand, qui écrivit la biographie du pompier de son vivant, « s’élança au milieu des flammes et parvint à sauver plusieurs objets précieux ». En remerciement de son acte, le général Soumain, commandant de la place de Paris, le désigna pour recevoir, le 4 novembre 1865, la médaille militaire. Ce geste de bravoure n’allait néanmoins pas être le dernier de notre jeune pompier, qui venait tout juste d’atteindre la trentaine.

L’été 1868

L’été 1868 fut déterminant pour le caporal François Thibault. Le 15 juillet, il dut effectuer un premier sauvetage, celui d’un chien coincé sur un toit. L’animal, craintif et furieux, mordit la main de notre pompier, qui dut être rapidement cautérisé, car l’on craignait que la bête n’ait la rage. C’est ainsi, la main encore pansée, que François fut appelé, le 8 août, pour un nouvel incendie. Celui-ci se déclara au 134, rue Saint-Antoine, dans le 4e arrondissement, non loin de la splendide église baroque Saint-Paul-Saint-Louis. L’immeuble comptait alors six étages. Au rez-de-chaussée, la boutique d’un marchand de beurre, Monsieur Lemesnil, devint, le samedi soir vers 23 heures, pour une raison inconnue, le berceau du brasier. Ce dernier, alimenté par la paille, le bois et d’autres matériaux combustibles, gagna rapidement du terrain et s’engouffra dans la cage d’escalier desservant tous les logements. Les résidents des premiers étages réussirent à s’échapper à temps, tandis que ceux vivant au sommet de l’immeuble s’enfuirent par les toits. Les autres, malheureux, se retrouvèrent prisonniers des flammes, promis à une mort suffocante, atroce et certaine.

La bravoure d’un homme

Les pompiers de la caserne de la rue de la Culture-Sainte-Catherine, aujourd’hui connue sous le nom de caserne Sévigné, arrivèrent rapidement et s’attaquèrent aux flammes. Cependant, ils comprirent qu’ils n’arriveraient pas à bout du feu à temps pour sauver les malheureux bloqués aux étages supérieurs, criant désespérément à l’aide. Le caporal François Thibault, presque instinctivement, saisit alors une échelle et la plaça contre la façade de l’immeuble en proie aux flammes. Malgré sa blessure à la main, il réussit à grimper d’étage en étage. Il sauva d’abord les habitants du troisième étage, « les époux Jacob et leur enfant », puis ceux du quatrième étage, « les époux Jourdain, les époux Genly et deux enfants ». Cependant, le cinquième étage posa un plus gros problème. En raison des difficultés rencontrées pour placer correctement l’échelle, François Thibault eut du mal à grimper. Arrivé tant bien que mal à l’étage, il ne trouva que « Dame Folias », âgée de 60 ans, à secourir. Il l’attacha à son dos à l’aide d’un drap pris sur son lit et redescendit par l’échelle, « qui pliait sous le poids de son fardeau ». Arrivé sur le trottoir, il fut accueilli sous les applaudissements des Parisiens, témoins de son sauvetage héroïque. Au terme de l’incendie, on déplora néanmoins cinq victimes, issues d’une même famille.

Conscient que, sans François Thibault, le bilan aurait été bien plus lourd, « Sa Majesté l’Empereur [Napoléon III], qui sait toujours récompenser le vrai courage, que l’on rencontre si souvent dans le corps des sapeurs-pompiers », nomma, le 14 août 1868, « l’intrépide caporal Thibault » chevalier de la Légion d’honneur. On ne peut qu’espérer qu’Emmanuel Macron aura le même geste pour les milliers d’hommes et de femmes engagés cet été contre les flammes.

Quant à François Thibault, il quitta les sapeurs-pompiers en 1869 avant de devenir gardien à la Banque de France. Il fonda une famille en 1870, mourut le 22 mai 1881. Il repose aujourd’hui au cimetière de Montmartre.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

10 commentaires

  1. Il sera difficile de récompenser individuellement tous les acteurs de cet effroyable tragédie en revanche il est possible de le faire à travers les associations, SDIS, AGRICULTEURS, et plus FACILEMENT pour les pompiers auprès de leurs casernes, ainsi chacun aura été remercié de leur engagement et courage.

  2. Aujourd’hui on les applaudit, demain s’ils manifestent pour réclamer plus de moyens, on enverra les Force de l’ordre qui les matraqueront sans état d’âme, comme elles l’ont fait pour les Gilets Jaunes ou les agriculteurs. On n’a pas d’argent pour acheter des Canadair, mais on en a pour doter la gendarmerie de Centaure a envoyer contre les manifestants… Et encore pas tous parce qu’avec les blacks blocks et les racailles elle sont beaucoup plus mesurées, les Forces de l’Ordre…

  3. Article intéressant qui met en valeurs nos pompiers.
    Juste une petite question : pourquoi le RN n’a pas voté en novembre 2025 la loi qui auraient permis une augmentation des SDIS ?
    Que pense les nombreux pompiers sympathisants du RN, notamment à Toulouse ?

    • Il semblerait que vous ayez raté un épisode de ce feuilleton. Le RN n’a pas voté contre un projet de financement des SDIS mais sur l’augmentation d’une taxe sur les assurances permettant de l’assurer.

    • Parce qu’au RN, plus ils montent dans les sondages, plus ils abandonnent leurs idées pour ratisser plus large. Il deviennent de plus en plus Europhiles et Macron compatibles. Si la campagne devaient durer un an de plus, ils finiraient par appeler à voter Philippe ou Attal… A l’approche de la soixantaine, Marine commence a perdre ses dents.

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