Editoriaux - Entretiens - Politique - Videos - 27 septembre 2019

Guillaume Bernard : « Jacques Chirac était une girouette politique ! »

Au lendemain de la mort de Jacques Chirac, le politologue Guillaume Bernard revient sur le bilan politique de l’ancien président de la République.

Au micro de Boulevard Voltaire, il souligne les contradictions d’un « homme politique extrêmement habile » qui, selon lui, n’était pas de droite, même s’il se positionnait à droite.

Jacques Chirac nous a quittés hier. Il fut président de la République pour deux mandats.
Il a laissé un grand souvenir, voire un bon souvenir dans l’esprit de nos concitoyens.
Que retenez-vous du président Chirac ?

Je dois avouer que je n’ai pas tout à fait le même sentiment que ce que les médias mainstream laissent entendre.
Jacques Chirac incarne quand même la girouette politique par excellence. C’est celui qui fait l’appel de Cochin en 1978 contre une Europe déracinée, mais qui en même temps est capable en 1992 d’appeler à voter pour ratifier le traité de Maastricht. Il avait une telle avidité du pouvoir qu’il fait élire Valérie Giscard d’Estaing en 1974 contre son propre parti, le parti gaulliste, contre Jacques Chaban-Delmas. En 1976, il le trahit en partant de Matignon. Il crée ensuite un parti politique en virant les vieux caciques gaullistes pour avoir quelque chose à sa main. Dans le fond, Jacques Chirac a travesti les institutions de la Ve République puisqu’il a accepté la cohabitation. Il est le premier à accepter de devenir le Premier ministre de François Mitterrand, alors qu’il n’était pas du même camp que lui.
Je crois sincèrement qu’on est en face d’un homme politique extrêmement habile qui peut avoir une affabilité et une présence physique agréable. En revanche, du point de vue de l’œuvre politique, il ne me semble pas que ce soit quelqu’un d’extrêmement satisfaisant.

Aux yeux de certains, Jacques Chirac a été le principal artisan du démembrement de la droite. Partagez-vous ce sentiment ?

Oui, absolument ! Il ne faut pas oublier que Jacques Chirac a œuvré pour que le cordon sanitaire fonctionne autour du Front national. Il a véritablement empêché les droites d’essayer de trouver un modus vivendi pour exercer le pouvoir.
Après le 21 avril 2002, il a voulu créer l’UMP. Il voulait réunir le centre et la droite et donc permettre au centre de coloniser intellectuellement la droite. On voit aujourd’hui ce qu’elle est devenue. Jacques Chirac, alors qu’il revendiquait un positionnement à droite, n’était en aucune manière un véritable candidat de droite.

Le chiraquisme est-il mort aujourd’hui ?

Oui ! Le temps faisant son œuvre et la classe politique se renouvelant, des enjeux et des personnalités différentes ont émergé. Le fait que nous n’ayons plus beaucoup d’hommes politiques qui aient connu la guerre d’Algérie et l’accession au pouvoir de la gauche avec François Mitterrand, ou même d’hommes politiques qui n’ont peut-être pas connu la chute du mur de Berlin le 09 novembre 89, fait que, malheureusement, on assiste à un déracinement vis-à-vis de l’Histoire. Mais la vie continue. Et justement, débarrassée de ces vieux caciques de la vie politique, la droite pourrait peut-être se recomposer plus rapidement.

Quelques jours après le décès de Jacques Chirac se tient la Convention de la droite, qui a pour ambition de redéfinir ce qu’est la droite. On peut y voir comme un clin d’œil du destin…

Il est sûr que la Convention de la droite qui va se tenir le samedi 28 septembre à Paris est dans la continuité de ce qui a déjà été fait. On peut citer Les rendez-vous de Béziers de Robert Ménard, les Amoureux de la France, l’opération Vos Couleurs lors de la présidentielle de 2007, et l’appel d’Angers.
Tout cela est dans la continuité. Chacun avec son propre charisme, son propre talent et son propre positionnement. Toutes ces initiatives-là et toutes les personnes qui y contribuent sont les bienvenues. Il faut donner un coup de pied dans la fourmilière. Il va falloir que le peuple de droite s’attaque à la clarification doctrinale et à la réorganisation partisane. Si la Convention de la droite peut y contribuer, alors il faut la souhaiter.

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