[EXPO] Art sacré : les sculptures d’Henri Charlier à l’honneur à Saint-Pair-sur-Mer

Porté par sa foi et une philosophie de l'art exigeante, Charlier a marqué l'histoire de l'art religieux au XXe siècle.
Henri Charlier, Christ en croix, église de l'Haÿ-les-Roses. D.R.
Henri Charlier, Christ en croix, église de l'Haÿ-les-Roses. D.R.

Henri Charlier, Christ en croix, église de l'Haÿ-les-Roses. D.R.

Jusqu’au 16 août, le Carmel de Saint-Pair-sur-Mer (tout près de Granville dans la Manche) accueille une exposition Henri Charlier. Ce sculpteur est un des grands noms de l’art sacré du XXe siècle. Il a été une cheville ouvrière du renouveau d’art sacré entre les deux guerres, formant avec Valentine Reyre, Fernand Py, Dom Bellot, une équipe de choc qui voulait donner à l’art sacré une réelle vitalité loin, très loin des moulages en plâtre peint de l’art sulpicien. Après la Seconde Guerre mondiale, les clercs s’enivrent d’art abstrait puis d’iconoclasme liturgique et ce mouvement est mis sous le boisseau. Mais Charlier continue de sculpter dans son atelier champenois du Mesnil-Saint-Loup (Aube), jusqu’à mort à la Noël 1975, à 92 ans.

Le Carmel, qui a accueilli précédemment des expositions Philippe Lejeune, Xavier de Langlais, Augustin Frison-Roche, etc., a réuni 30 sculptures et 90 peintures et dessins, des aubes aussi dont Charlier avait dessiné les motifs. Un tel rassemblement de sculptures est exceptionnel, car cela ne s’organise pas d’un claquement de doigt. Taillées dans le bois et la pierre, les œuvres, quand elles se transportent, ne sont pas aussi aisées à déplacer que des bibelots. On peut admirer à Saint-Pair-sur-Mer Saint Louis échangeant sa couronne contre la couronne d’épines (Boussergues) ; le Saint Joseph de la Bourboule, qui guide l’Enfant Jésus dans ses premiers pas tandis que lui lui montre son Sacré-Coeur ; le superbe Christ à la colonne de l’église de Chaource ; le noble Saint Rémi recevant d’une Colombe la Sainte Ampoule.

Un aperçu de l'exposition. D.R.

« L’art est une parabole »

Élevé dans une famille où sévissait l’athéisme propre au XIXe siècle, Henri Charlier s’est converti à l’âge adulte et a dédié son talent à l’art sacré. La philosophie de l’art qui a conduit son inspiration est aussi riche que structurée. On la trouve dans un livre, L’Art et la Pensée, et, sous une forme pamphlétaire, dans L’Art livré aux bêtes (les deux aux éditions DMM). Lors du vernissage, Dom Henri (auteur de la biographie Henri Charlier, peintre et sculpteur, éditions Sainte-Madeleine), a présenté cette philosophie.

Un axiome en éclaire la portée : « L’art est une parabole ». La proposition situe l’art en dehors de la psychologie et du naturalisme, le hausse au rang d’une pensée et d’une métaphysique – au-dessus de l’art vu comme une activité ludique soumise aux modes. Parallèlement s’élabore « l’esprit d’une technique » : toutes les techniques ne se valent pas suivant ce qu’on attend de l’art. En peinture, Charlier proscrit la peinture à l’huile, comme trop sujette à raffinements, sensualismes et repentirs. En sculpture, il promeut et pratique la « taille directe » comme seule capable d’incarner une pensée dans les matières difficiles que sont la pierre et le bois.

« Une sorte de Maillol chrétien »

Henri Charlier, Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus. D.R.

Avec sagesse, Henri Charlier ne prétend pas découvrir la lune. Il observe dans l’histoire « les grandes constantes de l’art », meilleures guides selon lui dans une époque où le relativisme sévit. « La technique de la taille directe est aussi ancienne que le monde et n'appartient à personne. Elle n'est qu'un outil, non suffisant, mais à peu près nécessaire, pour traduire un certain esprit plastique », écrit-il en 1928.

Le peintre Maurice Denis caractérisera Henri Charlier comme « une sorte de Maillol chrétien ». Grand lecteur de Péguy, de Bergson, de Claudel, Henri Charlier était ami avec la poétesse Marie-Noël, l’écrivain Henri Pourrat – et quelques autres. Il a eu des élèves et compagnons de route de grande valeur : le sculpteur Fernand Py, le peintre Bernard Bouts, le sculpteur québécois Marius Plamondon, Charles Jacob… Son œuvre est colossale, 260 sculptures dont certaines de grandes tailles (les Apôtres en bois de la basilique de l'Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal à Montréal font près de cinq mètres chacune – cette précision n’est qu’indicative : Charlier avait horreur du règne de la quantité, lui préférant la qualité, la « qualité de la forme »).

Henri Charlier, Jeanne d'Arc. D.R.

On ne peut que conseiller à nos lecteurs de chercher si, dans la région où ils vivent ou passent, il n’y a pas quelque chose de Charlier à voir. Il serait surprenant qu’il n’y ait rien – cf. la carte ci-dessous ! Les Auvergnats sont gâtés, avec les chapiteaux de La Bourboule. Il en a également sculpté à Prunay-Belleville (Aube) et à Paray-le-Monial (église de saint Claude la Colombière). À Troyes, il y a la chapelle des oblates. Çà et là des monuments aux morts de la guerre de 1914… Et donc, jusqu’au 16 août, c’est au Carmel de Saint-Pair-sur-Mer qu’on peut revoir ou découvrir le grand talent d’Henri Charlier.

Ancien Carmel, 213, Route de Lezeaux 50380 Saint-Pair-sur-Mer.
Jusqu’au 16 août 2026 (fermé le 15 août).
Ouvert de 10h à 12h30 du mercredi au samedi et de 15h à 18h du mardi au dimanche.
Participation libre.

 

 

Les oeuvres d'Henri Charlier en France.

 

Vos commentaires

6 commentaires

  1. Merci Cher Samuel pour cet excellent commentaire de l’oeuvre de Charlier. Il serait intéressant pour les nouvelles générations d’y ajouter Albert Gérard qui a préfacé le Martyre de l’art et qui a joué un rôle majeur dans la diffusion de la pensée de Charlier… Merci aussi à l’abbé Vallançon pour cette belle initiative!

  2. Merci
    j’ai vécu au Mesnil st Loup de 1964 a 1976 et j’ai eu la chance de voir Monsieur Charlier
    il y a à Troyes plusieures églises avec ses oeuvres en particiler Notre Dame des Lumières
    votre article m’émeut …j’ai 63 ans

  3. Si Jesus n’a pas interdit la représentation de l’humanité, c’est il me semble pour que l’artiste la sublime et amène le regardeur vers l’idéal que le Messie nous a transmis. On ne peut y arriver que par la beauté. Merci M.Charlier

Laisser un commentaire

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Eliot Deval encense le travail de BV !
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois