Editoriaux - International - 13 novembre 2019

Bombe à retardement djihadiste en Bosnie : qui veut arrêter le tic-tac ?

Le Président Macron a récemment déclaré : « Je crois beaucoup à la géographie .» (1). Il ferait bien de s’intéresser aussi à l’histoire. Celle de la France, qu’il prétend réécrire, mais aussi des Balkans, si proches et pourtant si loin de l’Hexagone. Rappelons qu’il avait fait, en juillet dernier, une leçon de morale politique déplacée au sujet du Kosovo à la Serbie, pourtant alliée objective de la France.

Non content de cet impair arrogant, il humilie à distance la République (voisine) de Bosnie-Herzégovine (RBIH, Bosnie) lors d’une interview à The Economist, publiée ce 7 novembre, en évoquant la « bombe à retardement » du retour de Syrie de djihadistes, qui « fait tic-tac à côté de la Croatie ». Par là, Macron, qui a pourtant raison sur le fond, crispe inutilement ses interlocuteurs et manque une occasion de contribuer à désamorcer une réelle menace islamiste au cœur de l’Europe.

Car la protestation de façade d’une ingérable présidence bosnienne tricéphale et tournante, assortie d’une demande d’explication à l’ambassadeur de France à Sarajevo, est à interpréter dans son contexte socio-politique, explosif. Celui-ci découle des désastreux accords de Dayton de 1995, autre bombe à retardement armée par les États-Unis grâce aux tergiversations de l’Union européenne ; il libère des tensions communautaires intenables en Bosnie. L’enfer des citoyens étant souvent pavé des meilleures intentions des politiciens, il est décidément de mauvais accords de paix qui font finalement plus de victimes que les guerres qu’ils croient étouffer. Par manque de lucidité, de courage ou par cynique calcul politique. Ici, les trois ont joué.

En réalité, il s’agit, pour les représentants des communautés bosniaques (musulmanes), croates et serbes de Bosnie, à couteaux tirés, de défendre les chances de leur pays d’intégrer au plus vite l’Union européenne. En attendant, après vingt-cinq ans et des milliards d’euros de gabegie sans suite d’argent public européen et international englouti par un système mafieux de corruption généralisée en RBIH comme au Kosovo, les États musulmans du Golfe raflent actuellement la mise en investissant massivement dans cette tête de pont commerciale, politique et islamique abandonnée à ses démons fratricides nourris par des influences étrangères. Le président de la Bosnie en exercice en juillet, fils de l’ex-président islamiste Alija Izetbegović, a d’ailleurs fait allégeance au président turc Erdoğan, avide de vengeance contre une Europe qui ne veut pas intégrer une Turquie national-islamiste : « Je te confie mon pays, c’est à toi de le protéger », lui a-t-il déclaré. Imaginez combien cette déclaration unilatérale bosniaque satisfait les représentants de ses cogérants serbes orthodoxes et croates catholiques de la Bosnie.

Ainsi, comme il vient de le montrer en déclarant l’OTAN en état de mort cérébrale, le Pandore Macron est à lui tout seul une bombe à fragmentation socio-politique à retard court mais effets nocifs durables, succédané de doctrine de la fuite en avant propre à La République en marche (LREM). Il exaspère les autres chefs d’État européens, à pérorer sans proposer de mesure politique concrète pour arrêter le tic-tac de cette bombe islamiste. Douterait-il comme nous de l’efficacité du dispositif Schengen, faute de réelle volonté politique bien davantage que de moyens ? Les dirigeants bosniens seraient fondés à lui rappeler ses propres échecs à contenir un islamisme rampant qui désagrège la France.

Faisons en sorte que Sarajevo, qui a inauguré le tragique XXe siècle par une guerre mondiale et l’a clôturé par un autre conflit international, ne soit pas le théâtre de la première déflagration intercommunautaire du XXIe siècle au cœur de l’Europe. On recommandera à notre Gaston Lagaffe présidentiel la lecture de Tintin dans Le Sceptre d’Ottokar comme introduction sur les Syldaves (Serbes) et les Bordures (Bosniens).

(1) Valeurs actuelles, n° 4327 du 31 octobre 2019

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