Audio - Entretiens - 13 novembre 2019

Noam Anouar : « Le soir du 13 novembre 2015, j’ai vu des scènes cauchemardesques »

Noam Anouar était présent au Stade de France, le soir du 13 novembre 2015, lorsque l’attentat s’est produit.

Au micro de Boulevard Voltaire, il se souvient de cette soirée d’attentats islamistes sans précédent qui ont touché Paris et rapporte, notamment, le témoignage d’un collègue commissaire de police présent au , parlant d’« une horreur absolue ».

Nous sommes le 13 novembre 2019. Il y a quatre ans, un triple attentat frappait Paris. Vous étiez au Stade de France lorsque l’attentat s’est produit. Pouvez-vous revenir avec nous sur cette journée ?

Je le raconte dans mon livre La France doit savoir. Pendant cette journée, nous avions eu un certain nombre d’alertes à la bombe dont on soupçonne, aujourd’hui, qu’elles avaient été organisées pour divertir les services de police et dissiper leur attention sur les attaques. Les deux explosions au Stade de France ont signé le départ d’une série meurtrière. Les choses se sont enchaînées. Les forces de l’ordre, les services médicaux et l’ensemble des services publics ont été dépassés par ces événements sans précédent dans l’histoire de la Ve République.

Vous aviez foncé au Stade de France. Quel souvenir avez-vous de cet épisode ?

C’est un souvenir assez confus puisque ce n’est pas une situation très banale. Les spectateurs étaient confinés à l’intérieur du Stade de France. On pouvait donc supposer que le travail de filtrage avait été bien fait pour ce qui était de l’accès aux tribunes. Les spectateurs étaient en sécurité.
Quand il a fallu se rendre sur les scènes de crime, c’était un souvenir plutôt cauchemardesque. Ces scènes avaient lieu à quelques kilomètres de Paris. Des dépouilles de personnes explosées et des pièces de quincailleries étaient encastrées un peu partout. On a plutôt l’habitude de voir ce genre de scènes à la télévision, à Kaboul ou à Bagdad plutôt qu’en France.
S’en est suivi l’affaire du Bataclan. Je n’y étais pas du tout, mais je recevais des informations de la part de collègues. C’était relativement cauchemardesque. Je me souviens que l’attentat du Bataclan a duré extrêmement longtemps. Dans mon livre, je raconte que lorsque je suis rentré chez moi et que je me suis endormi, l’affaire du Bataclan n’était pas encore finie. L’intervention était toujours en cours.
Le lendemain, j’ai reçu un appel d’un commissaire de police de l’état-major opérationnel chargé de l’antiterrorisme. Il m’a dit qu’il était entré dans les locaux du Bataclan et que c’était une scène d’horreur absolue. Des cadavres étaient entassés les uns sur les autres, des traces d’explosion et de tirs un peu partout. À ce moment-là, nous avions réussi à identifier la nature de l’explosif. Ce début d’enquête avait donné des résultats assez rapides sur l’identification des auteurs.

Dimanche dernier a eu lieu une manifestation contre l’islamophobie, antiraciste pour les uns, très politique dans le mauvais sens du terme pour d’autres. Marwan Muhammad va donner une conférence à Magnanville en novembre. Vous avez suivi cette manifestation, son évolution et ses raisons. Qu’en pensez-vous ?

C’est sans surprise et conforme à ce que j’avais prédit au moment de notre interview, en début de semaine. Les politiques se sont rapidement désengagés de la signature de cet événement. Naturellement, on ne peut pas contester l’existence d’un racisme anti-musulman et de la montée du racisme, mais la façon dont il est traité ou non traité n’est pas convenable et à la hauteur de l’enjeu.
Il y a nécessité de poser un vrai débat. Quatre ans après les attentats de Charlie Hebdo et du 13 novembre, on se rend compte que l’islam de France est toujours aussi déstructuré et que nous n’avons pas de réelle politique publique à destination des quartiers sensibles. Que ce soit sur le plan sécuritaire et éducatif, les services publics sont en déliquescence totale. Nous n’avons pas beaucoup avancé. Pour le moment et à court terme, cela ne me laisse pas très optimiste.

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