En matière de ministères durables, le moins qu’on puisse prétendre est que l’Élysée ne donne pas vraiment l’exemple, étant la quatrième à hériter du très délicat maroquin de la Transition écologique. À la décharge d’, on reconnaîtra qu’il n’est pas toujours facile de recycler ces Verts, perpétuels énervés, à des postes nécessitant calme et pondération.

En ce sens, Barbara Pompili est censée incarner une sorte de mesure : « Je ne serai jamais la ministre qui parle des “méchants chasseurs” et des “gentils écolos” », tel qu’annoncé sur France Inter, le 8 septembre dernier. Dans le même temps, Yannick Jadot, pourtant pas le plus furieux du troupeau, estime que « tuer des animaux ne doit plus être un plaisir ». Ça commence mal.

Pourtant, le nouveau ministre donne des gages, annonçant le 29 du même mois l’interdiction des animaux sauvages dans les cirques, mais sans préciser quand et comment : « Je suis bien placée pour vous dire que mettre une date, ça ne résout pas le problème. » Surtout quand le problème ne se pose pas, serions-nous tentés d’ajouter, ces animaux n’ayant de sauvage que le nom, puisque domestiqués dès la naissance.

Et Barbara Pompili de constater : « Le monde n’est pas parfait aujourd’hui [Il ne l’était guère plus hier, NDLR] Mais moi, je vis dans le monde tel qu’il est, pas dans celui des Bisounours. » Pourquoi une telle déclaration ? Tout simplement pour se faire pardonner vis-à-vis de EELV de proroger l’usage des néonicotinoïdes, insecticides mortels pour les abeilles, alors que, députée sous le gouvernement de François Hollande, elle en avait fait voter l’interdiction. Cela ne saurait évidemment suffire. Et les noms d’oiseaux (protégés ou non) de voler bas. Éva Sas, porte-parole de EELV : « Barbara fait des choix de carrière qui correspondent plus à des opportunités qu’à des convictions. » Julien Bayou, secrétaire national du même mouvement : « Cruelle ironie, ils confient à Barbara Pompili le soin de défaire “sa” mesure de 2016. »

Tout cela n’est pas fondamentalement faux et les lobbies de l’agroalimentaire ne sont pas que vue de l’esprit. Il n’empêche qu’un fait essentiel demeure : le vice de fond de l’écologie politique. Au lieu de la tenir pour symbiose entre l’homme et la nature, ces gens diabolisent l’un tout en divinisant l’autre. Pour eux, l’activité humaine est une sorte de péché originel, tandis que nos lointains ancêtres qui chassaient pour se nourrir seraient coupables de tous les maux actuels et à venir. Bref, dans leur panthéon, nous sommes de trop.

Pourtant, il est des activités humaines qu’ils se refusent à condamner, ou alors seulement du bout des lèvres. Le libre-échange, par exemple, sachant que pour en finir avec ce mal, bien réel celui-là, il conviendrait de rétablir souveraineté nationale et remise à l’honneur des frontières. C’est, bien sûr, trop demander à des internationalistes reconvertis dans l’écologie messianique.

Pareillement, s’ils nous assurent, non sans raison, que le scarabée pique-prune a le droit de s’épanouir en son milieu naturel – en 1996, on fit ainsi stopper la construction d’un tronçon de l’A28, entre Alençon et Le Mans –, rien n’est prévu dans leur bréviaire pour le milieu naturel de l’homme, ouvert aux quatre vents de l’immigration de masse.

Cela peut créer de l’insécurité pour les autochtones ? Pas du tout, ne s’agissant, à les en croire, que d’un simple « sentiment d’insécurité », à ne pas confondre avec l’insécurité autrement plus objective du lapin devant le chasseur, on imagine.

Toujours dans le même registre, s’il convient de sanctuariser l’animal, l’être humain pourrait, lui, être le terrain de toutes les expérimentations : ce n’est donc pas par simple distraction qu’en 2014, Barbara Pompili a signé un manifeste autorisant la PMA à toutes les femmes.

Décidément, l’écologie est un sujet trop sérieux pour être abandonné aux écologistes.

À lire aussi

Macron contre Erdoğan : le jeu de dupes

Erdoğan ne raisonne pas autrement : mobiliser le monde musulman pour mieux mobiliser son é…