Je n’ai pas de sympathie particulière pour Jean-Michel Aphatie, « un journaliste aux basques du système », comme l’a si cruellement égratigné Aristide Leucade sur Boulevard Voltaire… si ce n’est que le bougre incarne l’un des rares journalistes à faire carrière à la radio et à la télévision « malgré » son accent basque. Un exploit qu’Aphatie nous conte dans un livre, J’ai un accent, et alors ?, qu’il cosigne avec Michel Feltin-Palas, sur cette discrimination méconnue qui concernerait, selon eux, près de trente millions de personnes.

Qu’ils soient toulousain, alsacien, ch’ti, guadeloupéen, breton, il existe une multitude d’accents en France provenant des anciennes langues ou dialectes régionaux. Mais ces particularités de notre langue sont parfois source de difficultés, parfois par l’incapacité d’accéder à certains postes, que ce soit dans l’audiovisuel ou le cinéma, véritable tropisme français consistant à imposer aux apprentis journalistes de la presse audiovisuelle d’abandonner au plus vite leur accent pour adopter le parler « pointu ».

C’est ce que dénonce un député de l’Hérault, Christophe Euzet, qui a déposé une proposition de loi pour que la discrimination liée à l’accent soit reconnue, au même titre que pour la couleur de peau ou le pays d’origine. Une proposition qui a également pour but de promouvoir la France des accents : « Au moment où on parle de respecter les territoires, ce serait un signe fort », argumente l’élu de Perpignan. Selon lui, le combat est légitime : « Ce n’est pas anecdotique, c’est très sérieux ! », se défend-il face aux railleries qu’il essuie fréquemment en évoquant son cheval de bataille. « À l’Assemblée nationale, le français est décliné sous toutes ses formes et porté par des accents très différents mais il y a un accent unique dans la sphère publique, dans l’expression publique : les grands médias, le cinéma, le théâtre, les grands barreaux… Là, il n’y a plus de disparité du tout », se désole l’élu.

À propos, l’accent corse, breton ou alsacien n’a jamais empêché quiconque d’être un « excellent Français », comme le chantait Maurice Chevalier. Et n’est-ce pas Napoléon qui disait, de ses généraux baragouinant l’alsacien, « Pourvu qu’ils sabrent français ! » ?

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