Combien sont-ils à avoir quitté le sol français et à avoir rejoint l’Angleterre avant l’appel du général de Gaulle et juste après avoir entendu l’appel à « cesser le combat » du maréchal Pétain ? À vrai dire, une poignée. Quelques-uns et, pour la plupart, des aviateurs. C’est le cas, notamment, d’Yves Ezanno (1912-1996), Henri Gaillet (1911-1948), Robert Moizan (1912-1942), Albert Prezosi (1915-1943) et Jacques Soufflet (1912-1990), [1] qui sont alors à Royan, où s’est repliée, quelques semaines auparavant, l’École de pilotage 101 de Saint-Cyr-l’École. Les cinq hommes, qui avaient senti le vent de la défaite venir après que Paris fut déclarée ville ouverte, préparent leur envol. Deux destinations sont possibles : Alger ou Londres. La première option est la meilleure parce qu’Alger est française. Mais elle est difficile à concrétiser. Le vol serait trop long et se ravitailler en serait compliqué, voire impossible à réaliser.

Cinq premiers aviateurs s’envolent de Royan-Médis le 17 juin, vers 13 heures. « Gaillet et Ezanno sautent dans des Simoun, enlèvent, comme passagers, le lieutenant Moizan et le sous-lieutenant Préciosi (sic) et décollent rapidement. Un troisième Simoun prend l’air quelques minutes plus tard, piloté par le capitaine P.[2] Il est 13 h 15 », indique Jacques Soufflet dans ses mémoires [3]. Lui est encore à Royan, en train de discuter avec son supérieur hiérarchique, le commandant Pallier. Ce dernier tente de dissuader Soufflet de partir. Il n’y parviendra pas. Soufflet s’envole. Trois de leurs mécaniciens les rejoindront le lendemain, au péril de leur vie, car aucun d’entre eux n’avait le brevet de pilote…

D’autres aviateurs et mécaniciens les imitent. C’est le cas de Louis Ottensooser (1895-1968), alias « Commandant Charles », qui décolle lui aussi, le 17 juin 1940, de Bordeaux-Mérignac en compagnie de neuf militaires : le lieutenant Charbonneau, les sous-lieutenants Foucher, de La Brière, Malbrancque, l’élève-officier Stoloff, le sergent-chef Hahn et les sergents Bentley, Bachy et Leclerc.

Tout de suite après l’appel du général de Gaulle, les défections se font plus importantes dans les rangs de l’armée française. Le 19 juin, 108 pilotes et élèves pilotes conduits par le lieutenant Édouard Pinot (1891-1984), surnommé « Bouboule », s’embarquent à Douarnenez sur le langoustier Le Trébouliste en direction de la Grande-Bretagne. L’aviateur James Denis (1906-2003)[4], breveté pilote de chasse en 1929 et instructeur à l’École des radios-navigants de Saint-Jean-d’Angély, décide de partir, le 20 juin, à bord d’un Farman 222 tout juste sorti des ateliers de réparation de La Rochelle. Il décolle de Saint-Jean-d’Angély avec 19 passagers à bord, dont quatre deviendront compagnons de la Libération : le capitaine Georges Goumin (1905-1941), les adjudants-chefs André Cantès (1906-1982), Roger Speich (1910-1984) et Louis Ferrant (1908-1979). Le 21 juin, c’est au tour de dix-sept pilotes de chasse de la base d’Avord de s’embarquer à Bayonne sur un bateau suédois en partance pour le Maroc. Le 27 juin, c’est le capitaine aviateur de réserve Jean Astier de Villatte[5] qui réussit à prendre place dans le dernier navire anglais transportant des rescapés polonais, au départ de Bordeaux. Il remonte par l’estuaire de la Gironde, croise au large de Royan et arrive, trois jours plus tard, à Liverpool.

La plupart de ces soldats qui rejoignent l’Angleterre sont jeunes. Ils n’ont qu’une envie : poursuivre le combat contre l’ nazie. Et sauver l’honneur de la France défaite. Certains reviendront. D’autres pas.

[1] Yves Ezanno et Jacques Soufflet sont compagnons de la Libération.

[2] Le capitaine P. fera finalement demi-tour.

[3] Jacques Soufflet – Un étrange itinéraire. Londres, Vichy, Londres 1940-1944 – Éditions Plon.

[4] Lui aussi compagnon de la Libération.

[5] Jean Astier de Villatte (1900-1985), compagnon de la Libération, est le frère de Louis Astier de Villatte (1897-1936) qui a donné son nom à la deuxième promotion de l’École de l’air.

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