« Zones grises de l’information » : entre « fake news » et censure, comme un air de panique
Mais qu’allait donc faire Agnès Evren dans cette galère ? La sénatrice LR de Paris est très critiquée sur les réseaux sociaux après la présentation, ce 13 juillet, de la mission qu'elle a diligentée avec Laurent Lafon (centre) et Sylvie Robert (PS) sur « les zones grises de l’information ».
Encore une fois, les conclusions de cette mission appellent à brider allègrement la liberté d’expression, comme nous le constations (citations en main), le soir même de la présentation dans BV. Un chiffre a frappé la sénatrice et la mission, celui de 15 milliards de vues pour les « fake news » et les théories du complot, en cinq ans, sur le réseau X - anciennement Twitter. Agnès Evren le reprend pour insister sur la nécessité d’un tour de vis supplémentaire. D’où sortent ces 15 milliards de vues ?
Ce chiffre a été évoqué lors de l’audition du 14 avril 2026 par les sénateurs responsables de la mission. L’un des spécialistes auditionnés, Thomas Huchon, enseignant à Sciences Po, se présente comme journaliste spécialiste des « fake news ». Le fils de l’ancien président socialiste de la région Île-de-France Jean Paul Huchon a écrit deux ouvrages sur la question, dont Résister aux fake news (First). Il y décrypte « vingt théories du complot les plus répandues, du réchauffement climatique au Covid en passant par le 11 septembre, les Illuminatis ou le Grand Remplacement ». Accessoirement, il indique, lors de son audition, qu’il a réalisé 500 interventions en douze ans auprès des jeunes… Ce qui pose à nouveau la question de la perméabilité des écoles à des auteurs, thèses et théories auxquels on donne ainsi une autorité sans débat.
Une étude sujette à caution
Le 14 avril 2026, Thomas Huchon s’exprime abondamment, sans la moindre contradiction et sans que les sénateurs n’exigent de lui la production des études qu’il cite. Très remonté contre les grandes plates-formes en général, et X en particulier, il évoque une étude qu’il a produite lui-même, donc sans la certification d’un institut d’études reconnu.
À ce sujet — Avant les présidentielles, trois sénateurs veulent créer un « Observatoire de la désinformation interne »
« J’ai deux chiffres à vous donner qui essayent d’objectiver un peu le phénomène, explique Thomas Huchon. J’ai essayé de mesurer avec des outils de "social listening" la diffusion des fake news en langue francophone depuis cinq ans, sur la période 2020-2025 : cela représente 15 milliards de vues pour les fake news et les théories du complot, pour les 20 principales, sur le réseau X anciennement Twitter. »
Le chiffre pose questions… « Il faut savoir, pour comprendre ce chiffre, que nous sommes 15 millions de Français à être inscrits sur ces plates-formes, ce qui fait qu’en moyenne, un Français inscrit sur ces plates-formes aurait vu passer 1.000 fake news au cours des dernières années. Si vous n’en avez vu passer que trois, c’est que quelqu’un en a vu passer 10.000. » Il faut donc le croire aveuglément, par un acte de foi pur, loin de la déontologie journalistique qui exige de vérifier les faits et les chiffres. Le journaliste comme la mission en tirent pourtant des conclusions radicales sur la liberté d’expression, considérant ouvertement qu’il est urgent de museler les réseaux sociaux et les grandes plates-formes. Indispensable pour contrer les ingérences extérieures et aussi les ingérences intérieures, via un Observatoire de la désinformation interne.
La liberté d'expression par pertes et profits
Que les réseaux sociaux ne véhiculent pas seulement des vérités éternelles, c’est une évidence. Que certaines théories loufoques aient du succès, c’est certain : une enquête du Réseau contre la radicalisation violente dans les villes (PRACTICIES) en 2018, menée dans douze pays européens auprès de 12.000 personnes âgées de 14 à 24 ans, révélait que 7 % croient que la Terre est plate. Que les réseaux sociaux accélèrent la circulation des fausses informations qui ont toujours existé (on ne reviendra pas sur les « fake news » concernant Marie-Antoinette avant la Révolution), c’est évident encore. Les vraies questions sont différentes : pourquoi les médias ont-ils perdu la confiance des Français ? Jusqu’où peut-on brider la liberté d’opinion dans une démocratie, pour quels objectifs et avec quelles garanties ? Et, surtout, qui dira la vérité pour condamner les « fake news » ? Thomas Huchon ? Les juges ? Le Sénat ? L'Arcom ? Mission délicate. « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà », disait Pascal. La loi de 1881 avait répondu à cette question, aussi vieille que la rumeur, en installant la liberté de la presse, soumise à recours devant les tribunaux. Sans cela, l'arbitraire n'est pas loin.
La liberté d'opinion fait l'objet de l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Sans référence à ce qui est vrai ou faux. L'article 100 de la Constitution dispose aussi que « la liberté d'expression, y compris le droit d'obtenir, de conserver et de distribuer des informations et de manifester ses opinions, est garantie à tous ». C'est-à-dire toutes les opinions. Des principes fondateurs en recul rapide : la France de gauche et du centre grouille d’apprentis censeurs. À un an de l'élection présidentielle, l'élite autoproclamée doute de la perspicacité et de la légitimité démocratique du peuple de France, traité en troupeau abruti et moutonnier, qu'il faut garder des fausses nouvelles. Il y a comme un air de panique.
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69 commentaires
Bonne analyse.
Le sieur Thomas Huchon est remarquable à plus d’un titre. « 15 milliards de vues pour les fake news et les théories du complot » un chiffre qui semble tiré de son chapeau. Bon, admettons que cette estimation soit solide, mais où est le mal ? Que les infos soient fausses, jusque là, aucune conséquence. Mais quelles ont été les répercussions sur nos vies respectives et communes ? Nous restons face à un profond vide.
Par ailleurs, les têtes bien faites admettent que la vérité est une notion à prendre avec des pincettes. Ce qui est vrai à l’instant T peut ne plus l’être à l’instant T+ x. Et réciproquement. Ce qui parait faux peut ne plus l’être après explorations. Donc s’attarder sur cette notion du vrai et du faux revient à tenter de rechercher une aiguille dans une meule de foin. Une spécialité du monde macronien pour contourner l’essentiel. Pour en arriver à ce besoin de surveillance qui ne peut que s’accompagner d’une nécessité de censurer de sanctionner ?
Admettons que les outils souhaités soient mis en place, Quelle en sera l’exploitation par un régime totalitaire qui viendrait à prendre le pouvoir ? Nos apprentis sorciers jouent avec le feu.
Serait ce la « zone » dans la matière grise de ces sénateurs ?
Cela pourrait expliquer la copie qu’il ont rendu.