Editoriaux - International - Politique - Réflexions - 2 février 2019

Amérique du Sud : le retour de Mister Monroe

La déstabilisation programmée du régime madurien au Venezuela et l’installation au pouvoir au Brésil de Jair Bolsonaro, le candidat des multinationales et lobbys évangélistes nord-américains, semblent présager le retour en grande force de la doctrine Monroe* sur le continent sud-américain qui, du reste, ne l’avait jamais quitté.

Les deux personnages – Juan Guaidó, président autoproclamé, et Jair Bolsonaro – tous deux sont issus du laboratoire américain de changement de régimes et n’ont rien de populiste ni de souverainiste, tout en étant le pur produit du clonage ultralibéral des nouveaux Chicago Boys de la deuxième génération. Les États-Unis étant devenus, récemment, l’un des premiers producteurs de pétrole de schiste difficilement utilisable, veulent absolument mettre la main sur les réserves pétrolières du Venezuela pour le compte de leurs entreprises pétrolières.

Affirmant son soutien inconditionnel à ces changements de régimes, le président Trump serait le fidèle et opiniâtre successeur et continuateur (deux siècles plus tard) du président américain James Monroe, qui fondait la diplomatie extérieure sur le principe « L’Amérique aux Américains », paradigme certes séduisant pour les souverainistes européens en quête de voie européenne souveraine et indépendante : « L’Europe au Européens. »

Faut-il rappeler que, selon cette doctrine, l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud devaient se fermer à la colonisation européenne et regardaient toute intervention européenne dans les affaires du continent américain comme une menace pour leur sécurité et pour la paix. En contrepartie, les États-Unis ne devaient plus jamais intervenir dans les affaires européennes. Cependant, la théorie étant le plus souvent éloignée de la pratique, la doctrine Monroe se transforma très vite en praxis stalinienne : « Ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est négociable. »

On se souvient aussi qu’en application de cette doctrine, les puissances de la Sainte-Alliance avaient renoncé à leurs projets d’intervention en Amérique du Sud, alors que la Russie signait un traité avec les États-Unis par lequel elle renonçait à toute revendication au sud de l’Alaska.

Malgré tout, ce sont les États-Unis qui, après avoir massacré les populations autochtones amérindiennes, ne tiendront pas parole et qui, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, détenant plus des deux tiers du stock d’or mondial représentant la moitié de la production mondiale, en quête de marchés, profiteront de leur engagement militaire pour asseoir, via le plan Marshall, leur hégémonie économique, géopolitique et culturelle en Europe.

Depuis la guerre froide, que ce soit sous la forme de “gendarme du monde” ou d’« empire bienveillant », les États-Unis instrumentaliseront pour leurs intérêts géostratégiques, tour a tour, le droit d’ingérence humanitaire et l’impératif de lutte contre l’« axe du mal » et le terrorisme, en tant qu’illustrations pratiques de la doctrine Monroe sous sa forme la plus machiavélique et dévoyée. C’est ce qui explique le retour en force de cette doctrine au Venezuela, au Brésil et dans le reste de l’Amérique du Sud en tant que chasse gardée des USA où toute forme d’indépendance énergétique et agricole, toute forme de souveraineté géopolitique continentale se doivent d’être bannies, soit par le jeu d’ingénierie électorale ou, tout simplement, par la voie manu militari.

Les États-Unis n’ont jamais été absolument isolationnistes, et l’isolationnisme déclaratif tout comme le paradigme trumpien « Make America Great Again » se fera toujours au détriment et sur le dos des autres peuples et nations souveraines.

* NDLR : James Monroe (1758-1831), 5e président des États-Unis, de 1817 à 1825.

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