Il y a, décidément, du rififi en Macronie. En 2017, l’euphorie régnait en cette contrée enchantée. Trois ans plus tard, le doute est roi, à tel point qu’Amélie de Montchalin, ministre de la Transformation et de la Fonction publique, finit par lâcher le morceau : « On n’est peut-être pas réélu avec un bilan, mais avec un bilan, on peut se représenter. »  Constat relayé par Le Monde du 21 décembre dernier, qui fait curieusement écho à cette phrase d’Emmanuel Macron, prononcée lors de son entretien fleuve (deux heures et vingt minutes, tout de même) au site Brut, et curieusement passée inaperçue : « Peut-être que je ne pourrai pas être candidat, je n’exclus rien. » Cela, même n’avait osé l’avouer en fin de mandat.

Alors, un bilan, oui ! Mais lequel ? Et un ministre anonyme, cité par le même quotidien vespéral, de reconnaître : « Ce sera quoi, la grande mesure du quinquennat ? Hollande avait le mariage gay, Sarkozy les heures supplémentaires. Et nous ? La taxe d’habitation ? Le prélèvement à la source ? » Il est vrai qu’à moins de concocter une nouvelle réforme d’envergure, gravée dans le marbre constitutionnel et visant à instaurer le prélèvement à la source de la taxe d’habitation des couples homosexuels, on ne voit pas trop bien.

Pas de grandes réformes à l’horizon, donc. Mais celles d’ampleur plus modeste semblent, elles aussi, avoir quelque mal à passer, Emmanuel Macron s’inquiétant, toujours selon les mêmes sources, que tant de lois peinent à influer sur le quotidien des Français. Là, il se fait du souci pour rien, sachant que la limitation à 80 km/h sur les nationales et la hausse du prix du diesel ont fort bien été comprises par le bas peuple ; la preuve par les gilets jaunes. Sans forcément y voir rapport de cause à effet, Amélie de Montchalin est donc, aujourd’hui, chargée de veiller sur les « OVQ », « objets de la vie quotidienne », selon la sémantique macronienne. Lesquels concernent « handicap, santé, éducation, sécurité, écologie et logement ».

Les « OVQ » ? Voilà qui devrait cartonner dans l’opinion publique et susciter, chez l’humoriste Laurent Gerra, les riches rimes qu’on imagine. Au rang de ces dernières, on notera que la migratoire fait figure de grande absente. Logique, pour un Président prétendant que « contrairement à ce que certains disent, nous ne sommes pas aujourd'hui confrontés à une vague d'immigration. […] De surcroît, l'immigration se révèle une chance d'un point économique, culturel, social. Dans toutes les théories de la croissance, elle fait partie des déterminants positifs. »

Si les « déterminants positifs » sont d’accord, le débat est donc clos sur cette question pourtant centrale. En effet, l’immigration de masse, si elle n’est évidemment pas la cause de tous nos maux, n’en finit plus d’aggraver ces mêmes maux, fussent-ils préexistants : baisse du niveau scolaire, surpeuplement carcéral, structurel, insécurité grandissante, explosion des déficits sociaux, perte d’identité, etc.

Enfin, que les Français se rassurent à l’approche des fêtes de fin d’année, l’incontournable Amélie de Montchalin, sorte de en version jupe plissée, étant désormais chargée de l’évaluation des ministres en titre : « C’est le SAV des réformes en même temps qu’une démarche de crédibilisation de la parole politique. » Le contrôle permanent et le respect des objectifs, entre salle de classe et gestion d’entreprise… Tout cela pour « freiner la montée du populisme », puisqu’à l’en croire, « il n’y a qu’en obtenant des résultats qu’on pourra répondre à la question : “À quoi vous servez ?” »

« À rien ou pas grand-chose », serions-nous tenté de répondre, face à des « VRP » persuadés que s’occuper des « OVQ » puisse faire figure d’Himalaya politique. Du coup, on comprend mieux les hésitations d’Emmanuel Macron.

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24 décembre 2020

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