Alexis Poulin : « Un préfet qui parade expliquant qu’il se bat pour un camp ! »

Au lendemain des manifestations des gilets jaunes, le journaliste Alexis Poulin apporte son éclairage personnel sur ce phénomène social. Il revient aussi sur les propos du préfet de police de Paris, Didier Lallement, qui, interpellé par une gilet jaune, lui a répondu : « Nous ne sommes pas dans le même camp, Madame. »

 

Ce week-end, vous avez suivi la mobilisation des gilets jaunes. Qu’en avez-vous retenu ?

Ce qui a été retenu par tout le monde, c’est l’affrontement entre des Black Blocs et les compagnies républicaines de sécurité. Ils ont envahi la place d’Italie, qui est devenue un amphithéâtre romain, une sorte de nouveau cirque. Beaucoup de manifestants qui venaient manifester de manière pacifique ont expliqué qu’il leur a été impossible de sortir de la nasse.
Le lendemain, le préfet Lallement a paradé et expliqué qu’il se battait pour un camp et certainement pas pour la République.
Il y a une volonté d’empêcher ce mouvement de prendre la parole et de fêter correctement son premier anniversaire. L’idée est de favoriser l’amalgame pour que, dans la tête des gens, « Black Blocs » soit égal à « gilets jaunes ». Or, c’est beaucoup plus complexe que cela !
C’est finalement tout ce qu’une majorité de Français va retenir, par paresse, par facilité ou par stupidité.

Tout le focus a été fait sur Paris. Comme si les Black Blocs manifestaient à Paris et les gilets jaunes en province. Y a-t-il un problème de traitement d’information ?

C’est du jamais vu dans un mouvement comme celui des gilets jaunes. Les gens sont extrêmement différents. Ils n’ont pas le même parcours familial et la même culture politique. Ils se retrouvent, à un moment, à enfiler un gilet jaune pour dire « J’ai l’impression qu’on est tous perdants dans le miracle de la mondialisation qu’on nous a vendu. Il nous pousse vers plus de précarité, de pauvreté et vers une incertitude pour l’avenir de nos enfants. »
Beaucoup de retraités et de personnes en situation précaire avaient mis un gilet jaune. Ils comprenaient qu’il y avait une arnaque et un truc qui n’allait pas. On a voulu discréditer ces gens-là dès le début. Tous les mots leur sont tombés dessus, les séditieux, les factieux et les antisémites.
Un an après, ils sont encore là tous les samedis, alors que beaucoup de manifestants ont été mutilés en manifestant. Rappelez-vous Zineb, cette Marseillaise de 80 ans qui a été tuée à son balcon. Comme si tout cela était de maintenir l’ordre…
Il y a quelque chose de profondément grave à ne pas vouloir voir au-delà de cette partie visible que sont les gilets jaunes. Ce malaise de la société française n’est pas neuf. C’est la sécession des élites, la France des périphéries, c’est bloc contre bloc. Ce principe explique que nous arrivions davantage à faire masse. Notre Président répond dans l’urgence d’une manière maladroite, voire extrêmement déplacée, et ne saisit pas la profondeur de la crise actuelle.

On ne sait pas si les gilets jaunes sont les perdants de la mondialisation. En tout cas, ils ne sont pas dans le camp du préfet Lallement. Il a déclaré à une gilet jaune : « Nous ne sommes pas dans le même camp, Madame ! »

On va dire que c’est le camp de l’ordre et de la République. Je me pose des questions, quand le camp de l’ordre utilise la force brute et oublie la justice. Il est fonctionnaire de police et payé par nos impôts. Il ne représente qu’un camp, celui de la République.

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