L’avantage, quand on est président de la République sortant et qu’on aspire à ne pas sortir, c’est qu’on dispose d’un nombre incalculable d’occasions, de commémorations, de tribunes et de symboles historiques que l’on peut exploiter à l’envi pour se construire une stature de commandeur au-dessus de la mêlée, de gardien des « valeurs » historiques de la France. Chez de Gaulle, l’exercice sonnait juste car l’Histoire ou les guerres donnaient du crédit à sa personne et à ses mots. Chez Mitterrand, même si le mot « France » était sur les affiches, les valeurs étaient celles de la gauche. Il y avait déjà tromperie sur la marchandise. Mais ça marchait. Chirac, quant à lui, avait trouvé le filon de la repentance. Emmanuel Macron, face à l’ascension d’un Éric Zemmour qui assume sans complexe son positionnement à droite, a décidé de réactiver deux grands symboles de la gauche mitterrandiste : l’abolition de la peine de mort et, à Montpellier, sa version de « l’immigration, une chance ». L’exercice est poussif car le réel apporte tous les jours de cinglantes réponses à ces incantations pleines de bons sentiments.

L’Afrique, donc. Et cette phrase historique : « Notre diaspora est une chance. » J’ai d’abord été heurté par le mot « diaspora ». Je sais bien que le mot n’est plus réservé à la dispersion des Juifs après la destruction du temple de Jérusalem en 70, mais nommer l’immigration africaine « diaspora », c’est déjà tout mélanger. Les pays d’émigration africains ont-ils été rayés de la carte comme le pays des Hébreux le fut par les Romains ? Les Maliens n’ont-ils pas un État et une terre à faire fructifier ? Et puis pourquoi « notre » diaspora ? Ce n’est pas une diaspora française à l’origine, mais africaine. Certes, évoquait les binationaux : « C’est un plus pour vous et pour la France. Notre diaspora est une chance pour ce qu’on a à faire en France et pour nous aider à réussir cette aventure avec l’Afrique. » Derrière la belle phrase, beaucoup de Français voient des chiffres et peinent à trouver la « chance » : coût de l’immigration, dans tous les domaines (sécurité, éducation, logement, etc.). Pire, cet éloge forcené de l’immigré, du binational dit, en creux, au Français corse, limousin, breton ou auvergnat que lui n’est pas « une chance ». Il est prié de laisser la place, et pas seulement dans les publicités, à la diversité. Dernier exemple : avec l’immigration d’intellectuels afghans, beaucoup d’universités vont réserver des postes à ces nouveaux venus (contrats doctoraux, etc.). Mesure-t-on la rancœur qui monte ?

Emmanuel estime, lui, qu’on n’en fait toujours pas assez : « On n’est pas parfait. La réalité, c’est que notre représentation nationale, comme notre administration, n’est pas encore au vrai visage de la France. » Il se trouve que je suis allé voir les ressources pédagogiques proposées par l’Éducation nationale pour commémorer l’assassinat de et j’ai été frappé de constater que les lecteurs de ces textes étaient quasiment tous issus des minorités et de la diversité : Muriel Robin lisant George Sand, Oxmo Puccino la lettre de Jaurès et Abd al Malik « la Marseillaise ». Outre le choix réducteur des supports, comme toujours, on se dit : ces interprètes ont-ils été sélectionnés pour leur talent ou pour leur appartenance aux minorités ? Emmanuel Macron nous donne la réponse.

Sur la peine de mort, on peut être philosophiquement contre ou estimer que son abolition fut une bonne mesure et trouver… complètement décalée la célébration macronienne. Car cela fait plusieurs années que l’on nous répète que « nous sommes en guerre » et que l’on sait que le Président Hollande a ordonné de ne pas s’embarrasser de la vie des terroristes. Ce n’est pas la même chose, me direz-vous, mais cela change quand même les données du problème. Le contexte de 2021 n’est plus celui de 1981. La célébration macronnienne apparait décalée, aussi, quand on a suivi la prise d’otages de cette semaine à la prison de Condé-sur-Sarthe et le CV de Sofiane Rasmouk, « le monstre de Colombes ». Le réel est venu questionner le principe. Comme sur notre part d’africanité, Éric Zemmour a répondu à notre Président : « Pendant qu’Emmanuel Macron se soucie du sort des criminels du monde entier, je voudrais que l’on s’intéresse à la sécurité de tous les Français. »

10 octobre 2021

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