Affaire Lyhanna : ces ministres qui ne savent pas démissionner
L’affaire Lyhanna a relancé un débat ancien sur la responsabilité politique en France. En effet, lorsque l’on a appris que le principal suspect avait déjà fait l’objet de plusieurs signalements et procédures impliquant des mineurs, la question des défaillances de l’institution judiciaire s’est imposée au cœur du débat public. Dans ce contexte, plusieurs responsables politiques, parmi lesquels Marion Maréchal, Jordan Bardella ou encore Mathilde Panot, ont demandé la démission du garde des Sceaux Gérald Darmanin.
« Je n’attendais pas des excuses de @GDarmanin, j’attendais une démission. Après le meurtre de la petite Lyhanna, une question demeure : dans notre pays, sommes-nous encore capables de protéger nos enfants ? » pic.twitter.com/9PnXknvkBH
— Marion Maréchal (@MarionMarechal) June 8, 2026
Face à la polémique, le ministre de la Justice a présenté ses excuses tout en refusant de tirer les conséquences politiques de cet échec. Une attitude qui rappelle l'insupportable formule du « responsable mais pas coupable », devenue au fil des décennies le symbole d'une responsabilité politique sans sanction, au point d'être parodiée par Les Inconnus dans leur célèbre sketch Le Jeu de la vérité vraie.
Darmanin assume la responsabilité mais refuse la démission
Le 5 juin 2026, Gérald Darmanin a reconnu publiquement les défaillances de la Justice dans le traitement des plaintes visant le principal suspect. « Nous avons failli », a-t-il déclaré, sur TF1, avant de présenter « ses excuses au nom de la Justice » à la famille de Lyhanna.
Affaire Lyhanna : "L'institution judiciaire n'a pas su protéger cette petite fille, j'en tirerai toutes les conséquences", @GDarmanin qui "au nom de la Justice, comme ministre" présente ses "excuses à cette famille et aux Français"
📺 #LE20H avec @ACCoudray pic.twitter.com/DUwEU2vwPQ
— TF1Info (@TF1Info) June 5, 2026
Il a également qualifié l’affaire d’« immense » et de « terrible échec de l’action de l’État ». Pour autant, face à cette avalanche de mea culpa, le ministre a rejeté toute idée de démission. Selon lui, la question de son maintien ne se poserait que s’il refusait d’assumer sa responsabilité. Sa position repose sur une distinction classique du droit public français entre la responsabilité politique d’un ministre et la faute personnelle directement imputable à celui-ci. En d’autres termes, il reconnaît une défaillance de l’institution qu’il dirige sans considérer avoir commis lui-même une faute justifiant son départ.
L’héritage du « responsable mais pas coupable »
Cette logique renvoie alors inévitablement à l’affaire du sang contaminé au cours de laquelle, en novembre 1991, l’ancien ministre des Affaires sociales Georgina Dufoix prononça devant les caméras cette phrase appelée à devenir célèbre : « Je me sens profondément responsable ; pour autant, je ne me sens pas coupable. » Une formule critiquée par beaucoup mais qui n’empêcha pas la Cour de justice de la République de relaxer Georgina Dufoix en 1999, considérant qu’aucune faute pénale personnelle ne pouvait lui être reprochée. La distinction entre responsabilité politique et culpabilité juridique se trouvait ainsi consacrée par la Justice elle-même.
Cependant, sous l’Ancien Régime, la responsabilité des serviteurs de l’État pouvait être extrêmement sévère. Dans un article publié en 2014 concernant l’affaire Louvois, notre cher confrère Georges Michel rappelait une formule attribuée à Louvois, adressée au directeur général des vivres de Grenoble dans le cadre de la préparation d’une campagne militaire de Louis XIV : « Il me faut au 1er avril 30.000 sacs de farine dans les magasins de Pignerol et votre tête en répond. » Par ces mots simples et clairs, « votre tête », le directeur général des vivres de Grenoble comprenait qu’il serait jugé responsable et tenu pour coupable si ses devoirs n’étaient pas respectés, quoi qu’il arrive, quelles que soient les excuses trouvées. Aujourd’hui, à l’inverse, l’État tend à diluer les responsabilités dans la complexité administrative. Les ministres, qu’importe les appréciations portées sur leur bilan, et à l’instar des juges en France, savent qu’ils ne risquent rien.
La tradition de la démission par faute personnelle
L’histoire politique française montre que notre nation a pris certaines habitudes et que les démissions ministérielles interviennent principalement lorsqu’une faute personnelle, un scandale financier ou une mise en cause judiciaire touchent directement le ministre concerné, et non le bilan de l’administration dont il a la charge.
Bruno Le Roux quitte ainsi le ministère de l’Intérieur le 21 mars 2017 après les révélations sur l’emploi de ses filles comme collaboratrices parlementaires. Jérôme Cahuzac démissionne le 19 mars 2013 en raison des soupçons de fraude fiscale. Thomas Thévenoud quitte le gouvernement dès septembre 2014 pour ses problèmes avec l’administration fiscale. Dominique Strauss-Kahn, Gérard Longuet, Michel Roussin, Alain Carignon, Bernard Tapie ou encore Pierre Bédier ont également quitté leurs fonctions à la suite d'affaires personnelles ou judiciaires. La pratique n'est d'ailleurs pas nouvelle : sous la IIIe République, les scandales de Panama et du trafic des décorations avaient déjà conduit plusieurs membres du gouvernement à démissionner.
Une exception française
Pourtant, dans plusieurs démocraties européennes, la responsabilité ministérielle peut conduire à une démission, même en l’absence de faute personnelle. La culture politique y valorise davantage l’idée selon laquelle un ministre doit assumer moralement les conséquences des défaillances de son administration.
La Lettonie en a fourni un exemple récent, flagrant et magistral, lorsqu’en mai 2026, le ministre de la Défense, Andris Sprūds, a démissionné de ses fonctions après des intrusions répétées de drones sur le territoire letton, alors même qu’aucune faute personnelle directe n’était démontrée. Cette conception repose simplement sur une responsabilité institutionnelle plus exigeante que celle que l’on observe en France.
L’affaire Lyhanna rappelle ainsi un débat récurrent de la vie publique française. Elle pose la question de la responsabilité des ministres, mais également celle du président de la République, régulièrement appelé à démissionner. Ainsi, à mesure que s’est imposée la distinction entre responsabilité et culpabilité, c’est une certaine conception de l’honneur politique qui semble s’être effacée. Or, dans de nombreuses démocraties, la grandeur d’un gouvernant ne se mesure pas seulement à ses succès, mais aussi à sa capacité à assumer les échecs de l’institution qu’il dirige.
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60 commentaires
Sa demission n’avancerait à rien à par mettre encore pire à sa place. Le problème n’est pas là.
pour trouver pire il faudra se lever de bonne heure
La déesse GAMELLE ordonne à nos politicouards de s’accrocher à leur poste et fait du morpion leur emblème. Ils commentent, ils se situent, ils se dedouannent, par de longs discours pour prouver que les vrais responsables ce sont les autres, c’est la méthode Ponce Pilate de Macron.
Je n’arrive pas à comprendre cette bienveillance servile envers ce ministre, le macroniste jusqu’au bout des orteils, un des premiers à avoir rejoint macron et qui s’accroche à son siège macroniste. Qu’a t’il fait pendant pendant toutes ses années , RIEN , comment peut on oublier aussi vite les kévin et matéo, les supporters anglais etc… et surtout son bilan , immigration record , laxisme judiciaire, chaos sécuritaire, jamais nous n’avons connu une telle déliquescence que depuis qu’il est passé par 3 ministères. Il faut être aveugle pour ne pas voir l’état du pays après 14 ans de hollande macron ou être d’une parfaite mauvaise foi. Certains disent si il démissionne ça ne changera rien, mais si ça nous débarrassera d’un incompétent, qui gesticule en ce moment car les élections approchent, il ne faut pas lui faire de cadeau, le pays, la sécurité, il s’en fiche, ce qu’il vise c’est l’ELYSEE. On voit qu’actuellement devant les affaires aussi graves et la colère des français il palabre beaucoup et s’agite élections obligent, mais ne nous laissons pas duper, macroniste il est, (sinon il y a longtemps qu’il aurait démissionner) macroniste il restera.
Nous sommes loin de la culture politique de certains pays anglo-saxons où la remise d’une démission équivaut à un baroud d’honneur de la part de celui qui le décide.
Un exemple typique me revient en mémoire.
Je suis anti-européiste,pourtant,je me remémore le fait que le premier ministre britannique David Cameron,très déçu de la victoire du non au référendum de 2016 a aussitôt remis sa démission,laissant le soin à son successeur de signer l’acte de rupture.
En dépit du fait que j’étais heureux de voir le peuple britannique refuser le diktat européiste,j’ai admiré le geste extrêmement élégant et respectable de Monsieur David Cameron.
Si cela pouvait inspirer certains élus ou ministres de notre pays.
Mais ça date de 2016!Il y aurait dû en avoir un paquet.
Et depuis l’eau a coulé sous les ponts de la Tamise et de la Seine…
Je ris. La fierté passe après la gamelle. Et même P.Praud trouve Darmanin courageux. Lui aussi déborde de courage…
LA maladie de ce pays et le changement de gouvernement tout les 4 matins , de ce faite aucunes reformes ne peux être faite jusqu’au but , du fait que chaque ministre veux laisser sa marque , c’est d’autant plus important en ce qui concerne l’intérieur, la justice et les finances ; résultat c’est un bateau qui fait des boucles, des marches arrières, du stationnaire au lieu d’avancer droit.
Cela devrait être inscrit dans notre constitution. Au même titre qu’un personnage politique faisant l’objet d’une condamnation à partir de la cordectionnelle, devrait être interdit à vie de se présenter aux suffrages.
Quant à Darmanin, il est bien trop imbu de sa petite personne pour envisager de partir ! La soupe est trop bonne.
C’est tout de même extraordinaire alors que ce dernier drame soulève de graves disfonctionnements dans nos institutions toutes les excuses sont bonnes pour dédouaner le ministre de ses responsabilités. Si factuellement cela ne fonctionne pas comment peut on imaginer que d’ici le 14 juillet 70000 plaintes pour agressions d’ enfants soient réexaminées, il y a de quoi être dubitatif devant une telle proposition.
Les ministres sont choisis par Macron.. donc il peut faire encore pire…
Darmanin se voit un destin national et estime que démissionner le desservirait en le privant de la tribune médiatique. En déviant les feux sur la gendarmerie et en laissant la proc d’Auch seule à assumer il tente de sauver ce qu’il peut. Pas convaincu qu’il soit l’homme de la situation pour réformer en profondeur l’autorité (et non le pouvoir) judiciaire, un chantier gigantesque qui concerne en particulier la procédure pénale devenue absconse.
Que vous êtes dur avec Darmanin !
Depuis 2017, il a été successivement ministre du Budget, de l’Intérieur et de la Justice. Avouez que tout va mieux depuis qu’il est passé par ces postes !
Ce macroniste aurait dû démissionner… Dix ans qu’il est là ce monsieur…dix ans qu’il » s’est roulé mes pouces » alors que la pays sombré. Il y a des gens et des médias ( cnews. Europe 1) encore aveugle ; qui font mine de croire que ce ministre est sincère… Qu’il a fait ce qu’il pouvait… C’est lamentable et ça laisse présager le combat solitaire que le camp national devra mener pour décrocher la victoire.
je suis d’avis que la démission de Darmanin ne changerait rien et qu’il est bien plus intéressant de le laisser en place pour voir si OUI ou NON il est capable d’imposer les réformes indispensables à une meilleure action de la Justice.
Macron serait bien capable de rappeler Taubira..ou puisqu’il se prend pour dieu essayer de ressusciter Badinter…
Il n aura pas le temps en quelques mois. Mais voyons voir s il prendra les sanctions pour les magistrats qui auront failli.
Si c’est pour remettre la même chose comme Ministre, je n’y vois pas l’intérêt à part redonner une pension de plus à un nouveau Ministricule !!!
De plus, Darmanin, même si je ne l’aime pas, est le seul à monter au créneau pour excuser tant de faillites ( que l’on connaissait déjà ) donc ce n’est pas à lui qu’il faut en vouloir mais à toute cette justice rouge à 80% qui détruit la confiance du peuple avec des gens au dessus de tout !!!!
Pire, ce ministre « instrumentalise » cette tragique affaire pour 2027 ! Il est dans l’attente d’un « événement chasse l’autre » ! Quant à nunez il se fait oublier malgré les « ratés » de ses gendarmes !
En 2027 , ils devront rendre des comptes.
Et vous pensez qu’en remettant à sa place un Dupont Moretti le schmilblick va avancer ? Il y a 10 ans un candidat à la présidence se faisait fort de ramener les électeurs du RN à la portion congrue. Bravo, résultat écrasant de nullité malgré une majorité absolue et des rafales de 49.3. Alors, celui-ci est moins pire que beaucoup d’autres.
@Wasp
Que voulez-vous dire avec « Alors, celui-ci est moins pire que beaucoup d’autres »? « Celui ci », cela concerne qui? » « Beaucoup d’autres », vous pensez à qui? Vous, vous comprenez ce que vous voulez dire, mais ceux qui vous ont lu, ne peuvent pas lire dans vos pensées…
Ma pensée, certes un peu confuse ,est que Darmanin est moins pire que Taubira et Dupont Moretti, et que dans la situation actuelle, un président nocif et capable de rien pourrait choisir Pap n’Diaie par exemple.