Bryan Johnson cherchait la jeunesse éternelle, il se découvre une maladie incurable

Oubliées, les « transfusions de plasma intergénérationnelles », le milliardaire veut désormais supprimer toutes les maladies.
Bryan Johnson (Photo by Nitin Sonawane / The Times of India / The Times of India via AFP)
Bryan Johnson (Photo by Nitin Sonawane / The Times of India / The Times of India via AFP)

Fin juin, Bryan Johnson a annoncé une mauvaise nouvelle à ses 1,7 million de followers sur X. « Je souffre d'une maladie auto-immune. Mon estomac se détruit lui-même. (…) On appelle cela une gastrite auto-immune (GAI). » Il précise que « La GAI provoque des dommages irréversibles : carences nutritionnelles, anémie et, à long terme, un risque accru de cancer. »

La quête de la fontaine de Jouvence

Un comble, pour ce milliardaire américain qui poursuit depuis des années le rêve de la fontaine de Jouvence. Une chimère que ce « Projet Blueprint » ? Pas pour lui. Rassemblant des médecins et des scientifiques, il consacre 100 % de ses journées à cette quête, retrouver un organisme de 18 ans (il en a 48). Son mode de vie est millimétré : sport, alimentation à base de légumes et de graines, ingestion d’une cinquantaine de pilules chaque jour, examens médicaux variés… Pendant un temps, il a pratiqué les « transfusions de plasma intergénérationnelles » entre son père, son fils et lui, avant de s’apercevoir qu’elles n’apportaient aucun bénéfice. Ne l’invitez pas à boire une bonne bière : Bryan Johnson ne s’accorde aucun écart.

Un fou ? C’est vite dit. Selon les mesures qu’il rend publiques – car il rend tout public –, son cœur, sa prostate et ses reins seraient trentenaires, sa thyroïde aurait la vingtaine, sa peau dix ans de moins que son âge réel. Bien que les « âges d’organe » soient une notion mal établie et contestée, les médias ont un respect infini pour la démarche du bonhomme. Ils considèrent avec d’avantage de bienveillance sa quête de l’éternelle jeunesse que la volonté d’Elon Musk d’aller coloniser la planète Mars.

Un « Bébé-Bryan » en stock

Avoir une maladie grave ne faisait pas partie du projet. Bryan Johnson a remercié les internautes qui l’ont assuré de leurs encouragements. Il a aussi répondu à ceux qui ont tourné en dérision le fait qu’il tombe malade. Non pas en les appelant à la bienveillance, mais sous le seul angle qui est le sien pour aborder toutes choses dans la vie : l’angle hygiéniste. « Une seule interaction hostile : + vous enferme dans une pénalité de cortisol pendant 60-90 min. + supprime votre capacité de récupération. + élève votre rythme cardiaque ». Conclusion : « Être méchant est mauvais pour votre santé. La gentillesse préserve vos ressources énergétiques. » Un adage populaire veut que « la méchanceté conserve », Bryan Johnson n’y croit pas, pas plus qu’à la charité. Il croit aux taux et aux battements.

L’arrivée d’une maladie auto-immune aurait pu le mettre à terre. Elle le laisse digne comme un Romain. Mais là où un Romain aurait argué de son stoïcisme, Bryan Johnson invoque… les biotechnologies et la guérison des maladies : la quête de la panacée ! Il a en réserve un clone de lui-même, dit-il, en réalité des cellules souches pluripotentes induites : « Ce bébé-Bryan vit pour l'instant dans une boîte de Petri. » Grâce à lui, il peut se donner du sang, tester des thérapies, cultiver des organes pour la transplantation… Une mentalité de pièces de rechange. « Cela peut sembler effrayant à certaines personnes, reconnaît-il… un avenir dystopique. Mais, pour d'autres, ils le verront comme l'avenir inévitable de la santé. » Outre les questions éthiques que cet ancien mormon évacue d’un revers de manche, c’est la froideur matérialiste avec laquelle il envisage la vie qui est effrayante. Sa femme Kate ayant peut-être une endométriose, il met en ligne une publication sur les examens qu’elle subit, avec cette phrase : « 6 personnes ont vu le vagin de Kate aujourd’hui. » Malaisant.

44 battements par minute !

Le rajeunissement le plus palpable, dans cette aventure, est que Bryan Johnson est une espèce de positiviste du XIXe revivifié par l’IA du XXIe et les biotechnologies. Il se complaît dans les mesures infinitésimales de ses fluides les plus minimes. L’humanité, dans tout ça ? Le plaisir d’un filet mignon accompagné d’une purée maison, accompagné d’un vin rouge ? Non. Suivi d’une bonne sieste ? Non plus. « Quand je finis de manger à 14 h plutôt qu'à midi, mon rythme cardiaque pendant le sommeil passe de 42 à 44 bpm [battements par minutes] », note cet infatigable mesureur. Si vivre auprès de la fontaine de Jouvence ressemble à une existence d’hypocondriaque, on se demande quel est l’intérêt.

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Samuel Martin
Journaliste

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