Selon un sondage de l’Institut Montaigne, une majorité de Français souhaitent le retour de la peine de mort. Une majorité a-t-elle toujours raison ? Là est la question. Essayons de nager à contre-courant, même si c’est épuisant mais aussi rafraîchissant. Pourtant, n’ayez crainte, vous n’y trouverez aucun rapport (à l’exception d’un seul) avec le plaidoyer de Robert Badinter, bien au contraire.

Guillotiner un homme, c’est séparer le chef du corps à l’aide de la chute véloce d’un couperet bien aiguisé, ce qui entraîne une mort indolore. Ce décolletage, un brin sanglant, ne m’empêcherait pas de dormir si c’est la tête d’un chien enragé ou d’une hyène perverse qui tombe dans le panier en punition d’un crime odieux, en compensation de la douleur des victimes et en protection de la société. C’est ce que l’instinct me chuchote à l’oreille. En revanche, ne comptez pas sur moi pour actionner le levier de l’échafaud. Il suffirait, pour assumer cette tâche ingrate, de retrouver les descendants de l’ancienne dynastie des Sanson qui détenait le monopole de la profession de bourreau (qui a parlé de l’abolition des privilèges ?). Quant au mode opératoire, je préfère à la froideur de l’acier du docteur Guillotin l’allure et le panache d’un peloton d’exécution : un verre de cognac (à consommer avec modération), une cigarette (le cancer attendra), une dernière déclaration.

D’un autre point de vue – et c’est une question de civilisation -, il faut s’obliger à renoncer aux coutumes barbares ; inutile de torturer le condamné, même pour distraire ou éduquer la foule massée sur la place de l’Estrapade. Au contraire, la grande tradition exige de lui offrir un dernier repas bien roboratif, à la carte… et même végan, s’il le souhaite. Diantre, un peu de grandeur d’âme dans ces circonstances exceptionnelles !

Donc, ma position n’est pas une question d’évangiles, d’humanisme ou de morale laïque. C’est uniquement une question de raison : la possibilité d’exécuter un innocent… Après l’heure, c’est trop tard ! Tout le monde sait que la mort est un processus irréversible – tout au moins ici-bas – et, en cas d’erreur judiciaire, il sera inutile d’établir un barème d’indemnités en guise d’excuses ou de compensations sans intérêts.

Un exemple récent suffit pour illustrer ces propos : l’affaire Patrick Dils. Cet individu à l’apparence simplette d’un Forrest Gump à demi-autiste fut accusé, jugé puis condamné pour le double assassinat de deux gamins dans la ville de Montigny-lès-Metz, le 28 septembre 1986. Quinze années après, le prisonnier est définitivement acquitté ; le tueur en série Francis Heaulme étant reconnu comme le véritable coupable. Nul ne doute que l’innocent Patrick serait passé à la trappe si la peine de mort n’avait été abolie en 1981. Et qu’on ne me raconte pas que cela n’aurait été qu’un malheureux dommage collatéral bien regrettable.

Exécuter un innocent est l’injustice ultime. Rappelez-vous la série Le Fugitif, où le docteur Richard Kimble fuyait en hurlant dans la nuit : « Je n’ai pas tué ma femme ! » Alors, farouches lecteurs, avant de me fusiller sans autre forme de procès, et si vous daignez respecter ma dernière volonté, avouez que vous, aussi, étiez touchés, émus et révoltés par ce conte.

Pour nous rabibocher, il faut que nous trouvions le nécessaire équilibre entre force et justice… car la force sans la justice n’est que dictature, tandis que la justice sans la force n’est que faiblesse.

Faute d’être pondérés, attendons-nous à entendre que la rénovation de l’ascenseur pour l’échafaud sera traduite aussitôt par ascenseur pour les fachos.

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