Les Bourbons ne sont pas des étrangers à l’histoire de France
Les joutes parlementaires produisent souvent des formules destinées davantage à faire sourire qu’à éclairer le débat. C’est exactement ce qui s’est joué ce 25 juin 2026, lors de l’examen de la proposition de loi visant à renforcer la lutte contre les mariages simulés ou arrangés, en particulier ceux entrepris par des étrangers cherchant avant tout à obtenir des papiers. Le député LFI Paul Vannier a alors choisi l’ironie pour attaquer le RN, en convoquant la relation entre Jordan Bardella et Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles : « Jordan de Monaco peut-il se marier avec une princesse étrangère ? ». Une pique qui prétend ainsi mettre sur le même plan une union entre un Français et une Italienne issue d’une lignée dont la valeur et l’ancrage historique en France est parfaitement incontestable, contrairement à bien d’autres destins venus outre méditerranée.
Jordan de Monaco peut-il se marier avec une princesse étrangère ?
Je pose la question aux députés d’extrême droite qui veulent empêcher nos concitoyens de se marier avec des personnes n’ayant pas la nationalité française. pic.twitter.com/CfmLKP7F7z
— Paul Vannier (@PaulVannierFI) June 25, 2026
À ce sujet — 2027 : la revanche des Bourbons ?
Retour aux origines d’un patronyme
L'ironie employée par LFI repose sur l'idée que Maria Carolina de Bourbon serait d'abord une étrangère, qu’importe son nom. Pourtant, malgré le fait qu’elle soit juridiquement italienne, son nom est pourtant l'un des plus français qui soient.
La maison des Bourbon des Deux-Siciles n'est en effet qu'un rameau d'un arbre généalogique bien plus ancien : celui de la maison capétienne de Bourbon. Cette dernière ne naît pas avec Henri IV mais plus de trois siècles auparavant. Son auguste fondateur n’est autre que Robert de Clermont, né en 1256, sixième et dernier fils du roi Louis IX. C'est d'ailleurs cette filiation directe qui explique la célèbre phrase attribuée à l'abbé Edgeworth lorsque Louis XVI gravit l'échafaud le 21 janvier 1793 : « Fils de Saint Louis, montez au ciel ! »
Revenons cependant au Moyen Âge. En 1272, Robert de Clermont épouse Béatrice de Bourbon, héritière de la seigneurie de Bourbon. Située au cœur de l'actuel département de l'Allier, cette terre tire son nom de Bourbon-l'Archambault, une cité renommée depuis l'Antiquité pour ses sources thermales. Les Gaulois attribuaient alors les vertus curatives de l’or bleu au dieu Borvo, une divinité des eaux bouillonnantes, dont le nom fut ainsi à l'origine de celui de Bourbon. Si les ancêtres de la maison de Bourbon ne sont pas gaulois, ils en portent en tout cas bien le nom.
Un titre et un nom
De l’union de nos deux jeunes tourtereaux naît ainsi une nouvelle branche du robuste chêne capétien. Leur fils aîné, Louis Ier, devient le premier duc de Bourbon lorsque Philippe VI érige la seigneurie en duché-pairie en 1327 lui assurant une place de choix parmi les plus grands princes du royaume. Il est essentiel ici de distinguer la maison de Bourbon, qui désigne la lignée dynastique, et le titre de duc de Bourbon porté à certaines époques par certains membres de cette même famille. En effet, ce dernier, porté aujourd’hui comme titre de courtoisie par le prétendant légitimiste au trône de France, Louis de Bourbon, depuis 1984 après avoir été relevé en 1950, doit être distingué de la continuité dynastique elle-même. Le dernier détenteur historique du titre, issu de la branche des Bourbon-Condé et descendant du Grand Condé, Louis VI Henri de Bourbon-Condé, s’est éteint sans héritier vivant en 1830, marquant ainsi la disparition du titre dans son acception nobiliaire traditionnelle.
De la guerre de Cent Ans à Henri IV
La disparition de Charles IV en 1328, dernier roi capétien en ligne directe, ouvre une crise de succession qui débouche sur la guerre de Cent Ans. Les Bourbons choisissent sans hésiter de soutenir leur cousin Philippe VI de Valois et sa descendance contre les prétentions du trône d’Angleterre. Pierre Ier, fils de Louis, meurt ainsi à la bataille de Poitiers en 1356 en combattant aux côtés du roi Jean II le Bon.
En 1514 naît Antoine de Bourbon, descendant à la 8eme génération de Robert de Clermont, devenu duc de Vendôme puis roi de Navarre par son mariage avec Jeanne d’Albret, elle aussi descendante à la 8eme génération du dernier fils de Saint Louis. Par cette double filiation, leur fils Henri de Navarre hérite ainsi d’un héritage unique : celui des rois de Navarre et celui de la maison capétienne de Bourbon. Lorsque le roi Henri III est assassiné le 2 août 1589 sans laisser d’enfant, les règles de succession conduisent naturellement à Henri de Navarre, devenant Henri IV. 317 ans après le mariage fondateur de 1272, la branche issue du Bourbonnais accède ainsi enfin au trône de France, avant que, sous les règnes qui suivront, d’autres branches bourbonnaises ne voient le jour, dont celle des Deux-Siciles.
Dès lors, réduire la princesse Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, dont l'amour envers Jordan Bardella n'est pas calculé, à la seule qualité d’« étrangère » revient à effacer une réalité historique bien plus dense. Son nom ne désigne pas une famille récemment immigrée en France, mais bien l’une des branches les plus anciennes de la dynastie capétienne, issue directement du plus pieux de tous les rois : Saint Louis. La question de l’union avec Jordan Bardella ne se pose pas car elle se dissout d’elle même face à cette histoire. Par son enracinement capétien, par sa continuité dynastique et par son rôle constitutif dans l’histoire monarchique de la France, tout membre de la maison de Bourbon, qu’importe sa nationalité juridique, reste français grâce à cette famille dont le destin, les réussites et les échecs se sont confondus pendant des siècles avec celui de la France elle-même.
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48 commentaires
Cette « histoire d’amour » m’inquiète, elle est mal venue dans cette période pré-électorale où la concurrence farouche, dans comme en dehors de son parti, l’oblige au sans-faute ! C’est tout de même maladroit et peu républicain de fréquenter une certaine jet-set « royale » de façon trop voyante, quand on part déja avec des handicaps comme un jeune âge et l’inexpérience qui en découle. Même si je comprends que présenter un couple est plus rassurant qu’un célibataire pour le poste, il pouvait mieux faire. Quant aux Bourbons, à part Henri IV, leur bilan est plus que mitigé …
Oui mais on n’enseigne plus l’histoire de France .