Une forteresse croisée au cœur des objectifs d’Israël contre le Hezbollah
Depuis plusieurs décennies, le sud du Liban constitue l’un des principaux théâtres d’affrontements entre Israël et le Hezbollah. Dans ce contexte de tensions récurrentes, la prise de la forteresse de Beaufort par l’armée israélienne, le 31 mai 2026, marque une nouvelle étape symbolique et stratégique. En effet, au-delà de son intérêt militaire immédiat, ce site renvoie à une histoire pluriséculaire et ravive la mémoire des conflits qui ont façonné le Proche-Orient, des croisades médiévales aux affrontements actuels.
Une position stratégique
Aujourd’hui, Beaufort, malgré ses neuf siècles d’existence, conserve toujours une valeur militaire importante en raison de sa position géographique exceptionnelle. En effet, perché sur une crête rocheuse dominant la vallée du Litani, il offre un vaste champ d’observation sur le sud du Liban et jusqu’aux abords de la frontière israélienne. Contrôler cette hauteur permet ainsi de surveiller les mouvements, notamment militaires, et de disposer d’un avantage tactique majeur. Conscient de cela, Israël avait pris le château lors de son invasion du Liban en 1982 avant que la forteresse ne soit intégrée à la zone de sécurité maintenue par Tsahal jusqu’à son retrait total en 2000. Durant cette période, les combattants du Hezbollah multiplièrent les attaques contre les positions fortifiées par Israël sur le site. La route menant à la citadelle acquit notamment le sinistre surnom de « route sanglante », tant les combats meurtriers y furent nombreux.
Le 31 mai 2026, l’armée israélienne a ainsi annoncé officiellement avoir repris Beaufort lors de son avancée la plus profonde au Liban depuis plus d’un quart de siècle. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a alors qualifié cette conquête de « tournant décisif » dans la lutte contre le Hezbollah, estimant qu’elle permettrait de renforcer le contrôle israélien sur une zone considérée comme essentielle pour la sécurité de l’État hébreu. De son côté, le Hezbollah accuse Israël d’occuper illégalement le territoire libanais.
À ce sujet — Hezbollah : les Israéliens « ont l’intention de régler le problème une fois pour toutes »
Beaufort, une forteresse héritée des croisades
Dominant les collines du sud du Liban, le château de Beaufort est l’un des monuments médiévaux les plus emblématiques de la région. Le site est cédé par les Arabes aux Francs du royaume de Jérusalem vers 1139. Ceux-ci y édifient alors une puissante forteresse dont la splendeur, la robustesse et la solidité lui valent son nom. Sa position dominante en fait rapidement l’un des principaux bastions chrétiens du Levant.
La forteresse résiste ainsi pendant plusieurs décennies aux offensives musulmanes avant de subir le siège des armées de Saladin. Ce dernier, après une année de combats, finit par faire céder les derniers défenseurs de la citadelle en 1189. Plus d’un demi-siècle plus tard, profitant des divisions qui secouent alors la région et par un accord avec le sultan de Damas, les croisés reprennent possession du château vers 1240. En 1260, la citadelle est vendue à l’ordre des Templiers, qui en assure la défense jusqu’à sa conquête par les Mamelouks du sultan Baybars en 1268. Au XVIIIe siècle, de nouveaux combats provoquent de sérieux dégâts réduisant presque Beaufort en un tas de ruines. Il faut attendre le mandat français sur le Liban entre 1920 et 1943 pour que des travaux de consolidation et de restauration soient entrepris afin de préserver cet important témoin de l’histoire des croisades. Le site figure aujourd’hui sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO et demeure l’un des symboles les plus remarquables de la présence franque et chrétienne au Proche-Orient.
Réactions internationales et nationales
Face aux nouvelles tensions provoquées par la conquête de Beaufort mais aussi d'autres attaques menées contre le Hezbollah au Liban, les États-Unis peinent encore à relancer des discussions diplomatiques avec l’Iran. Donald Trump aurait alors exprimé sa colère lors d’un échange téléphonique avec Benyamin Netanyahou après de nouvelles frappes israéliennes susceptibles, selon Washington, de compromettre les négociations en cours avec Téhéran. Le président américain aurait ainsi déclaré à son homologue israélien : « T'es complètement cinglé. » Il lui aurait également reproché de fragiliser la position internationale d’Israël en affirmant : « Tout le monde te déteste, maintenant. Tout le monde déteste Israël à cause de ça. » En France, la guerre au Liban a également provoqué des échanges houleux. À l’Assemblée nationale, un échange particulièrement vif a opposé le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, aux députés de La France insoumise. Défendant l’action des soldats français engagés au sein de la Force intérimaire des Nations unies au Liban, Jean-Noël Barrot, a vivement pris à partie les députés de La France insoumise, qui reprochent au gouvernement son manque de fermeté à l'égard d'Israël. Rendant hommage aux deux militaires français morts en opération au Liban, il a déclaré : « Alors que vous dénoncez une supposée inaction de la France dans une question qui ne fait pas mention ni de l'adjudant Montoriot, ni du caporal-chef Girardin, vous insultez tout simplement leur mémoire et vous crachez au visage des militaires français. » Le chef de la diplomatie française a également critiqué la condamnation à sens unique du conflit par LFI, ajoutant ainsi : « Si vous soutenez sincèrement le Liban, alors cessez d’exploiter les souffrances de son peuple et sachez condamner dans un même souffle les attaques du Hezbollah et celles d’Israël. »
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17 commentaires
Voilà qui plaira aux chrétiens maronites. Tout un symbole !
Je suis né quand Ben Gourion présidait. Et depuis, ça ne s’arrête pas. ET ça ne s’arrêtera ja-mais !
Trump change souvent d’avis, et a donc très souvent raison. C’est encore une fois le cas, les USA et Istrael sont déjà pratiquement unis dans la même détestation par une bonne partie du monde.
Eh bien cette « bonne partie du monde » qui déteste les USA et Israël a tort, voilà tout.
De tout temps le public s’entiche ou prend en grippe n’importe-qui et n’importe-quoi, et avec d’autant plus de fougue que l’idée qu’il s’est fait de l’objet de cette affection/désaffection lui a été imposée par la presse pour des raisons qui n’ont en fait rien à voir avec la réalité.
Heureusement, ces fluctuations affectives sont éphémères d’une part, et d’autre part leurs objets s’en soucient de colin-tempon.
Au temps des satellites d’observation, les collines restent vraiment un » avantage tactique majeur »?
Ne comprennent ils pas qu’il faut à tout prix éradiquer les terroristes islamistes où qu’il se trouve ? Il en va de notre survi .
Vous mettez dans le même sac les terroristes qui viennent faire des attentats chez nous et les combattants qui se battent chez eux pour leur terre. Vous le faites évidemment exprès mais vous avez tort !
Tsahal qui a pris Beaufort, grâce à ses brigades Golani, n’aura d’autre solution que de restituer cette place forte dont vous avez rappelé l’histoire. Quand tout autour d’Israël tous les pays arabes lui étaient hostiles, il était coutume de dire que le premier pays (arabe ?) qui reconnaitrait Israël serait le Liban. Mais alors le pays n’était pas colonisé par l’Iran et l’Iran du shah entretenait les meilleures relations avec Israël. On sait les facéties de l’Histoire et comment tout se retourne et surtout les accords d’Abraham ont changé la donne. Mais on dirait que le Quai d’Orsay reste loin de l’actualité qui se fait et campe dans l’illusion de l’influence française que Macron a davantage accrue. On ne peut à la fois déclarer le Hezbollah terroriste et retenir le bras d’Israël qui vit sa survie à chaque guerre qui lui est imposée. La reconquête de Beaufort devrait nous réjouir comme la fin du régime des mollahs. Après tout, c’est la France qui a remis sur pied khomeiny, qui pour la remercier a décimé des centaines de nos soldats. Elle porte une responsabilité évidente. Si les soldats français pouvaient prendre pied au Liban pour éradiquer le Hezbollah dans une mission qui lui serait confiée par ce qui reste d’ONU et entraîner avec elle l’Europe, le Liban recouvrerait son prestige étatique. Macron a réuni quelques dizaines de pays récemment mais dans une fanfaronnade de plus, ses mots sont sans portée. On ne verra donc pas flotter les couleurs françaises sur la citadelle de Beaufort quand, par la force des choses, Israël la quittera. Mais il faut se souvenir que les deux armées ont mené un combat commun dans une entente parfaite en 1956, peut-être plus entière et plus saine que celle des USA et Israël aujourd’hui. Il est vrai que de plus en plus Israël s’est affranchi de ses parrains et sa politique volontariste sur tous les plans l’a émancipé. On est un peu triste de voir que rien n’est fait à ce jour pour enrayer le déclin français.
Merci pour ce beau partage mais malheureusement, il est certaines histoires que plus personne n’accepte ou ne veut entendre..
Beaufort, cela rappelle ma jeunesse. Les avions israéliens straffaient cette position de l’OLP, les chéris de nos gauchistes. Bref, je ne comprends pas que l’armée libanaise ait laissé cette position primordiale au hezb. Anguille sous roche.
« Si les soldats français pouvaient prendre pied au Liban pour éradiquer le Hezbollah dans une mission qui lui serait confiée par ce qui reste d’ONU et entraîner avec elle l’Europe, le Liban recouvrerait son prestige étatique. » Méconnaissance de l’état de notre Pays! La France n’a plus un rond et nos soldats sont déjà impliqués dans le Liban avec la FINUL avec le résultat nul que l’on connait : l’Armée est incapable de tirer les leçons de cette interminable guerre civile. Quand au déclin français, juste s’occuper de nos fesses ce que visiblement nos yakas ne savent pas faire.
Le Liban retrouvera son « prestige étatique » si « le drapeau français flotte dessus »???
Il faudrait déjà y trouver des francophones. Je regarde la carte du Liban sur google, tout est en arabe ! Et c’est aussi les mosquées partout.
La Palestine avait été envahie par les Perses de Cyrus le Grand et ce grand roi a ramené, dans a foulée, les Juifs qui avaient été déportés, à Babylone je crois, ramenés dans l »actuel Israël et il m’a été exposé que les Juifs et les Perses se vouent un sentiment d’amitié plutôt prononcé. Mais il n’y avait pas de mollahs en Iran à cette époque…
Superbe victoire d’Israël à Beaufort et l’armée du sud Liban était la bonne solution .
En 82 ou 83, Israel avait déjà investit ce fort.
Cette prise de Beaufort ravive l’époque et l’épopée des croisés au royaume franc de Jérusalem, lieux de la Passion et des passions, et, en même temps met en lumière la similitude géographique, géopolitique de l’Etat d’Israël face au même adversaire millénaire.
Sauf que Israël est juif alors que l’Occident était chrétien, vous vous en souvenez ?