25 mai 1846 : Alerte ! Napoléon s’est évadé !
Depuis 1830, la France vit sous la monarchie de Juillet du bon roi des Français, Louis-Philippe. Pourtant, malgré l’apparente stabilité du régime, le souvenir de l’Empire demeure puissant et tenace. En effet, le nom de Bonaparte continue de fasciner une partie du peuple et de l’armée. C’est ainsi que, fort de ce nom empli de gloire, Louis-Napoléon Bonaparte, le neveu de l’Empereur et futur Napoléon III, tente de se construire un destin politique. Cependant, ses débuts de conspirateur maladroit le font rapidement passer, aux yeux du pouvoir, pour une menace qu’il convient d’écarter. Emprisonné, le prince Bonaparte va pourtant transformer sa captivité en une rocambolesque évasion qui constituera l’une des premières étapes décisives de son irrésistible ascension vers le pouvoir.
Le prisonnier du fort de Ham
Louis-Napoléon Bonaparte est enfermé au fort de Ham, dans la Somme, à partir d’octobre 1840. En effet, quelques semaines plus tôt, le 6 août, il a tenté un coup de force à Boulogne-sur-Mer afin de renverser Louis-Philippe. Déjà compromis dans une première tentative à Strasbourg en 1836, il espérait rallier les soldats à la cause bonapartiste et effectuer un nouveau « vol de l’Aigle » jusqu’aux tours de Notre-Dame, mais l’opération tourne rapidement au fiasco. Jugé par la Chambre des pairs, il est condamné à la détention perpétuelle. Le gouvernement préfère l’enfermer plutôt que d’en faire un martyr. Cependant, au fort de Ham, sa captivité reste relativement confortable. En effet, il dispose d’un valet, d’un cuisinier et peut même profiter de la présence de son chien, baptisé Ham. Il possède également plusieurs pièces, reçoit des visiteurs et peut consacrer son temps à la lecture et à l’écriture. Il publie notamment des textes politiques et sociaux, dont L’Extinction du paupérisme en 1844, où il défend l’idée d’un État attentif à la cause ouvrière. Pour autant, Louis-Napoléon refuse de voir son ambition politique s’éteindre derrière les murs de la forteresse. Ce lieu ne sera pour lui que l’antichambre de son avenir politique, un véritable laboratoire où il prépare patiemment son retour.
Une évasion préparée avec minutie
Au printemps 1846, plusieurs travaux sont entrepris dans le bâtiment où il est détenu. Des ouvriers circulent alors quotidiennement dans la forteresse. Louis-Napoléon comprend immédiatement l’occasion qui s’offre à lui. En effet, depuis plusieurs mois, déjà, il souhaite quitter Ham, notamment parce que son père, l’ancien roi de Hollande Louis Bonaparte, est mourant en Italie. Le refus du roi Louis-Philippe de lui accorder une permission de voir une dernière fois son père achève de le convaincre de fuir.
Le matin du 25 mai 1846, vers 7 heures, il met son plan à exécution. Aidé de son fidèle médecin Henri Conneau et de quelques proches, il se déguise en ouvrier maçon à l’aide d’une blouse, d’un pantalon grossier, de sabots et d’une casquette. Pour achever le tout, il rase également sa célèbre moustache et ses favoris afin de devenir méconnaissable. Le futur empereur traverse ensuite la cour du fort au milieu des ouvriers, prenant soin de dissimuler son visage derrière une planche de bois qu’il porte sur l’épaule. Une fois hors du fort, Louis-Napoléon rejoint rapidement la ville de Saint-Quentin avant de gagner la Belgique puis Londres, qu’il atteint le 27 mai.
Pendant ce temps, le jour de l’évasion, nul ne se doute de ce qui se trame. Le commandant du fort, Demarle, vient néanmoins rendre visite à son prisonnier pour s’assurer que tout va bien. Le médecin de Louis-Napoléon lui annonce alors qu’il est indisposé et qu’il ne peut donc pas le recevoir. Cette mise en scène se prolonge tout au long de la journée. Enfin, vers 17 heures, lorsque le commandant se voit enfin ouvrir la porte de l’appartement de son prisonnier, le médecin lui déclare : « Maintenant vous pouvez entrer, le prince est sorti. »
De la prison à l’Élysée
L’évasion du fort de Ham change profondément l’image de Louis-Napoléon Bonaparte. Celui que beaucoup considéraient comme un aventurier ridicule acquiert soudain une réputation d’homme déterminé et audacieux. Installé à Londres, il observe alors attentivement la crise politique qui secoue la France. Lorsqu’en février 1848, la révolution renverse Louis-Philippe et proclame la Seconde République, Louis-Napoléon comprend immédiatement que son heure est venue. Il rentre en France et se lance dans la conquête du pouvoir, non par la force mais par les urnes.
À peine élu député, il se lance dans la campagne présidentielle, qu’il remporte le 20 décembre 1848. Il est élu président de la République avec plus de 74 % des voix. Dès lors, Louis-Napoléon Bonaparte peut se prévaloir d’une double légitimité : celle, historique et dynastique, héritée de son oncle Napoléon Ier, et celle, démocratique, que lui confère désormais le suffrage universel. C’est précisément cette force, à la fois héritée du sang et octroyée par le peuple, qui lui permettra, quelques années plus tard, de rétablir l’Empire et de devenir Napoléon III.
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11 commentaires
Défaite de Sedan : sera suivie par la boucherie de 14-18 et enfin 39-45 !!
Sera-t-il nécessaire de rappeler au fidèles lecteurs de BV le magnifique ouvrage de Philippe Seguin : Louis Napoléon le grand
Rappelons que c’est la réflexion urbanistique, condensée dans » De l’extinction du paupérisme » (1844), qui est à l’origine du Paris haussmannien: hygiène omniprésente, vastes avenues pour mater les rébellions, intégration verticale (les ouvriers habitant les étages supérieurs, au lieu d’être relégués en banlieue).
Merci pour ce rappel. C’est étonnant le peu de rappel historique qui est fait quant à ce personnage ( V. Hugo y est pour quelque chose : ( » Napoléon le petit » dixit ). Il serait long de lister tout ce qu’à fait Napoléon III ! _ lignes de chemins de fer, industrialisation, Paris , forêt des Landes, Institut Pasteur , textile, vies fluviales, mesures sociales ( insuffisantes ) etc Puis vint la guerre de 1870…
Je suis étonnée que nous fassions si peu cas de ce personnage et surtout de cette époque qui a été formidable jusqu’à la guerre de 1870. Quand on voit la floraison de peintres, musiciens, écrivains et l’essor extraordinaire de la France à cette époque on ne peut que regretter de ne pas l’avoir connue. D’ailleurs, dans son livre « Le voyage des Innocents » Mark Twain, à la dent plutôt dure, est émerveillé par la France où il fait escale en 1867. Quelle belle époque !
Bon rappel historique.merci
Il a modernisé la France comme personne. Mais pourquoi diantre s’est-il laissé piégé par Bismmarck et sa dépêche d’EMS ? La guerre de 1870 fut une catastrophe absolue dont la France ne s’est jamais vraiment remise, en particulier à cause de la Commune.
Beau récit d’une évasion réussie. « Badinguet », pourtant, n’a pas tenu ses promesses. Mitterrand était subjugué par ce « carbonariste », et nous promettait une bio qui n’a jamais vu le jour. Moi aussi, j’ai été un temps séduit par les « séries « de Compiègne, Offenbach et le reste. Mais je rejoins Hugo dans la déploration du personnage, il faut bien le dire neurasthenique. J’imagine que s’il était venu au secours de l’Autriche, la bataille de Sadowa, Bismarck, d’une autre envergure, ne l’aurait pas piégé, et, sans la débâcle de Sedan, nous n’aurions pas eu Hitler. On ne refait pas l’Histoire, mais elle nous refait.
Rien n’a change en fait, les prisons sont des centres de vacance d’où il est aisé de s’évader
La prison tu connais pas moi SI et il est très difficile de s’évader, faut les moyens.
On l’a vu, pendant d es sorties récréatives par exemple