Paris a été déclarée ville ouverte dès le 10 juin. Elle a été livrée sans combat à l’ennemi pour éviter le funeste sort de Varsovie et de ses habitants. Après la Touraine, le gouvernement a refait ses bagages et s’est dirigé vers Bordeaux. Les Allemands sont aux portes de la capitale française. Viols et tueries sont redoutés. Les autorités militaires, sous couvert de Berlin et d’Hitler, font savoir qu’ils ne reconnaîtront à Paris le statut de ville ouverte que si toute résistance militaire française cesse au nord d’une ligne passant par Saint-Germain, Versailles, Juvisy, Saint-Maur, Meaux. Sous la menace d’un bombardement de la capitale, les autorités signent un cessez-le-feu à 7 h 30 du matin. Paris est déclaré ville ouverte. Les restes des forces françaises battent en retraite dans la confusion au sud de la Seine et de la Marne. La Wehrmacht entre à Paris. Elle arrive par la porte Maillot, contourne l’Arc de Triomphe et se dirige vers la Concorde. Les rues sont désertes. Fenêtres et devantures sont closes. Un petit détachement de motocyclistes avec leurs side-cars et leurs longs manteaux de cuir s’engage dans l’avenue Kléber. Le chirurgien Thierry de Martel, qui nourrissait une haine viscérale vis-à-vis des Allemands qui lui avaient enlevé son fils unique à Douaumont, préfère mettre fin à ses jours plutôt que le déshonneur et la contrainte de l’occupation.

Pour mieux asseoir son autorité, l’autorité allemande multiplie les mesures dès son arrivée dans la Ville lumière : tous les drapeaux français sont décrochés des bâtiments publics, y compris ceux, historiques, des Invalides, et remplacés par l’emblème infamant du IIIe Reich. Sur l’Arc de Triomphe, toute la journée durant, flotte une immense croix gammée. Mais après une protestation des conseillers municipaux de Paris, ce drapeau géant est retiré dans la soirée. Pour informer les quelques Parisiens encore présents en ville, des voitures diffusent des messages par haut-parleur. Le message commence ainsi : « Les troupes allemandes occupent Paris. » La capitale est contrainte à se mettre à l’heure allemande, à celle de Berlin. Ainsi, le Bulletin municipal officiel de la ville de Paris du 15 juin invite ceux qui sont restés « à avancer d’une heure les horloges, pendules et montres le 14 juin à 23 h 00, de façon à les porter à minuit ». Toute circulation est désormais interdite dans Paris entre 21 heures et 5 heures du matin. À peine arrivés, les soldats allemands défilent sur l’avenue Foch puis sur l’avenue des Champs-Élysées. C’est un rituel qui sera désormais quotidien afin de bien rappeler aux Parisiens qu’ils sont occupés. La conséquence directe de cette occupation est que Paris cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. De nombreux hôtels sont réquisitionnés. Ainsi l’hôtel Majestic, avenue Kléber, devient le siège du Militärbefehlshaber, le haut commandement militaire allemand en France ; l’hôtel Lutetia celui de l’Abwehr ; le Ritz celui de la Luftwaffe ; le Meurisse devient le siège du commandant du Gross Paris, etc.

En contrepartie, et parce que Paris devient allemand, la ville va devenir la cible de la Résistance. En attendant, la vie quotidienne des Parisiens sera centrée sur le ravitaillement, rythmée par les réquisitions, les interdictions qui s’accumulent, par les déplacements, les nouvelles des soldats prisonniers en Allemagne. La population devra vivre avec les lois antisémites de 1940 et 1941, les arrestations, les représailles, la désignation d’otages. Quatre ans de souffrance commencent.

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