Vœux officiels de l’Élysée : Dalil Boubakeur excommunié !

Au sens figuré, bien sûr ! Emmanuel Macron, tout Jupiter qu’il est, ne se prend pas encore pour le pape. N’empêche, en excluant le recteur de la Grande Mosquée de Paris des vœux du président de la République aux autorités religieuses, les responsables de cette cérémonie ont commis une gaffe, non seulement diplomatique, mais aussi politique. Résultat : Dalil Boubakeur, en signe de protestation, se retire du CFCM (Conseil français du culte musulman).

L’Élysée soulignera sans doute que l’usage veut que chaque culte soit représenté par deux personnes. Le recteur de la Grande Mosquée n’étant plus président du CFCM depuis 2015, le culte musulman sera représenté par Ahmet Ogras, proche de l’AKP, parti islamo-conservateur du président Erdoğan, et son prédécesseur, Anouar Kbibech, de sensibilité marocaine. Adieu, le représentant de la Grande Mosquée de Paris !

Car le CFCM, créé en 2003 par Nicolas Sarkozy (alors ministre de l’Intérieur), censé être l’interlocuteur du gouvernement pour tous les problèmes liés à l’exercice du culte, outre qu’il est peu représentatif, subit les courants qui traversent l’islam et les rivalités politiques entre pays. Ils sont tous d’accord sur un point, cependant : le rejet du droit à changer de religion – ce qui serait la moindre des choses dans une République laïque.
Il ne sert à rien de refaire l’Histoire, mais on peut se demander si Nicolas Sarkozy fut bien inspiré en créant cette institution qui donnait à l’islam, sans contrepartie, la protection de l’État. Ne lui faisons pas l’injure de penser qu’il succomba à des arrière-pensées électorales.

On peut comprendre que Dalil Boubakeur soit meurtri de ne plus faire partie des invités officiels. Il est difficile de renoncer aux honneurs quand on les a connus. Sur le plan politique, son éviction est cependant maladroite. L’Élysée met ainsi en avant l’actuel président du CFCM, un admirateur d’Erdoğan, un militant de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne et, dit-on, un sympathisant des Frères musulmans. Il est vrai qu’il se définit lui-même comme le « Macron des musulmans ».

Les services protocolaires de l’Élysée eussent pu faire preuve de plus de diplomatie en invitant le recteur de la Mosquée de Paris, fût-ce en surnombre, pour éviter cet incident regrettable. Il est pour le moins étrange qu’un gouvernement, qui prétend incarner le renouveau, se laisse contraindre par des usages.

Mais Dalil Boubakeur avait un autre moyen d’attirer l’attention sur le manque de courtoisie dont il estime faire l’objet : prendre ses distances avec ces cérémonies officielles où, dans un décor monarchique, l’on est obligé de serrer des mains et de dire des amabilités à des personnes pour lesquelles on n’a guère d’estime. Considérer les honneurs comme des vanités éphémères et les remettre à leur juste place, plutôt que de les réclamer comme un dû.

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