« La visite d’Emmanuel Macron au Vatican s’inscrit dans deux dimensions : une dimension tactique et une plus intemporelle »

Emmanuel Macron devrait se rendre, fin juin, au Vatican pour rencontrer le pape François et, vraisemblablement, prendre officiellement possession de son titre de premier chanoine de la basilique du Latran.

Laurent Dandrieu analyse ce déplacement et ce geste officiels au micro de Boulevard Voltaire.

Emmanuel Macron va rendre visite au pape François au mois de juin et se fera remettre à l’occasion son titre de chanoine de Saint-Jean-de-Latran. En quoi cela consiste-t-il ?

Assez curieusement, c’est un héritage de la monarchie d’Ancien Régime qui remonte à Henri IV. Il avait fait donation des bénéfices d’une abbaye française aux chanoines du Latran. Pour le remercier, les chanoines du Latran lui avaient accordé le titre de chanoine honoraire. Ce titre s’est transmis à tous ses successeurs, y compris après la chute de la monarchie.
Ce titre était un peu tombé en désuétude. C’est René Coty qui a relevé l’habitude dans les années 50 d’aller prendre possession solennellement de ce titre de chanoine honoraire du Latran.
Sous la Ve République, suivant leur sensibilité personnelle, les présidents de la République ont fait le choix ou non de prendre possession de ce titre. Par exemple, Georges Pompidou, François Mitterrand et François Hollande n’ont pas pris possession de ce titre. Tous les autres l’ont fait à un moment ou à un autre.

Avec quelle idée en tête va-t-il rendre cette visite?

Je pense qu’elle s’inscrit dans deux dimensions de son quinquennat.
La première dimension est tactique et consiste à apaiser les relations avec les catholiques de France. C’était déjà le but de son discours aux Bernardins devant les évêques de France. Je pense qu’il y a cette volonté de se concilier l’opinion catholique quelques mois avant les lois de révision de la bioéthique, dont on a de bonnes raisons d’imaginer qu’elles n’iront pas dans le sens souhaité par les catholiques. Il faut noter que le timing n’est pas innocent. Emmanuel Macron a choisi d’aller rendre visite au pape avant la révision des lois de bioéthique de manière à ce que cette visite se passe dans un climat non conflictuel. Le pape ne serait ainsi pas dans une position de devoir lui remonter les bretelles sur ce sujet.
La seconde dimension est plus intemporelle. On note depuis le début de ce quinquennat qu’Emmanuel Macron a la volonté de restaurer une forme de verticalité du pouvoir. Dans ce cadre, une visite au Vatican et un dialogue de confiance établi avec le pape ne peuvent pas nuire.

Le pape François est argentin. Quelle image a-t-il de la France?

C’est difficile de répondre. On sait qu’il est familier d’un certain nombre d’auteurs de la littérature française. Il cite souvent Léon Bloy ou un auteur un peu oublié comme Joseph Malègue. Je pense qu’il a en règle générale une très mauvaise connaissance de l’Europe, et probablement de la France en particulier.
Il a probablement l’idée de sociétés qui sont pour ainsi dire sorties de la religion et dont la rechristianisation apparaît pour le moins problématique. À chaque fois qu’il aborde ce sujet, il ne paraît pas très optimiste sur l’avenir chrétien de l’Europe.
Étant extra-européen, il a tendance à voir plus volontiers que ses prédécesseurs l’avenir du christianisme en dehors de l’Europe. Cela peut expliquer en partie ses positions sur l’immigration extra-européenne.

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