Mais quel est donc ce scotch de déménagement autour de Carcassonne ?

Mais quel est donc cet étrange scotch de déménagement tout autour des remparts de Carcassonne ? Ces cercles concentriques jaunes, comme une cible de mauvais goût en ces périodes de menace terroriste ? De l’art contemporain, bien sûr. Dont Le Point nous dit qu’il fait « polémique ». Forcément, puisque c’est son fonds de commerce.

La France périphérique est sympathique. Sauf lorsque, voulant se faire grenouille aussi grosse que le bœuf de grande métropole, elle revêt les ridicules atours du bourgeois gentilhomme, avec ses rubans en satin noués sur ses gros mollets. On se perd en conjectures, on voudrait percer ce mystère insondable : à quel moment les élus du coin, ces notables de province désireux par-dessus tout de passer pour des esthètes éclairés, ont-ils trouvé que financer ce projet avec l’argent de leurs administrés était une bonne idée ?

C’est que tout le monde veut son vagin de la reine, son plug anal de sous-préfecture. Il y a quelques mois, l’association Contribuables associés a fait pouffer de rire la Toile en faisant élire le rond-point le plus laid de France. La concurrence était rude. Pas une ville moyenne qui n’ait son plat à tarte giratoire, garni, au centre, comme la cerise sur le gâteau du mauvais goût, de son improbable œuvre d’art contemporain, parfois dédiée à la gloire locale (gastronomique, agricole, industrielle, politique). Dans ce concours des horreurs, c’est le « Masque d’André Malraux » de Pontarlier, semblable à un gigantesque totem vaudou de dessin animé, qui a fini sur le podium. Pour le ci-devant ministre de la Culture qui voulait rompre avec l’esthétique académique, c’est une franche réussite, un couronnement dans l’au-delà, une consécration posthume : Mister Ronpouinmoche.

Au moins ces « œuvres » ont-elles le mérite d’être autonomes, d’avoir une existence propre, de tenir debout sans s’adosser à l’art classique qu’elles conspuent, sans s’en servir comme d’un indispensable contre-écrin. Quand l’œuvre de Felice Varini – c’est le nom du « papa » – sans les remparts de Carcassonne, comme celles de Jeff Koons sans la place Vendôme ou le château de Versailles, ne serait rien. Toutes n’existent que par la transgression qu’on leur prête. Et leur valeur augmente avec celle-ci. Force est de reconnaître que nous sommes donc, mes vitupérations et moi, avec tous ceux qui s’attristent de ces bandes d’aluminium – dont le coût reste secret mais dont on nous dit (Le Point) qu’il constitue « un budget important pour un artiste important » -, des idiots utiles.

La cote est en effet proportionnelle à la polémique, comme l’illustrait en 2015 Aude de Kerros (auteur de L’Imposture de l’art contemporain) dans L’Express par un exemple parlant : « La célèbre sculpture de Maurizio Cattelan représentant le pape Jean-Paul II écrasé par une météorite a d’abord été exposée à Londres, dans une certaine indifférence. Qu’à cela ne tienne, les agents de l’artiste l’ont montrée en Pologne – pays très catholique, dont la population a manifesté sa réprobation. Les médias s’en sont saisis et l’œuvre est passée de un à trois millions d’euros. Opération de subversion réussie. Ainsi, les opérations blasphématoires se multiplient et se monnaient très bien. »

Les pétitions, les indignations et même les dégradations sont « tout bénef ».

Alors, que faire ? Attendre.

« L’art contemporain fonctionne comme une pyramide de Ponzi, où la pointe est artificiellement maintenue grâce à l’argent des autres. Ce genre de montage finit toujours par s’effondrer », affirme Aude de Kerros. « Finalement, la vulnérabilité de ce segment artistique repose sur le risque d’effondrement de la foi plutôt que sur celui de la finance. Si un jour les enfants de ces grands spéculateurs ne veulent plus investir sur les Koons, Hirst ou Richter, mais se tourner vers d’autres passions… »
Comme, soyons fous, le patrimoine lui-même, plutôt que les oripeaux dont on l’affuble.

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