Entretien - PMA-GPA

Jean-Marie Le Méné : « La PMA est le revers de la médaille de l’avortement »

Alors que le décès de Simone Veil a remis sur le devant de la scène le sujet de l’IVG, Jean-Marie Le Méné revient sur ce qui représente, pour lui, le symbole du XXe siècle finissant : l’œuvre de destruction de ce siècle s’est terminée par la destruction ultime de l’être humain.

Simone Veil a fait l’objet de louanges unanimes depuis quelques jours. Vous avez dit : « Non, je ne rendrai pas hommage à Simone Veil. » Pourquoi refusez-vous cet hommage ?

D’abord, il faut distinguer l’œuvre et la personne. On peut se permettre de critiquer de manière radicale l’œuvre politique ou législative d’un homme politique sans pour autant tenir des propos désobligeants à son endroit. Je crois que cela a été mon cas. Personne ne peut me le reprocher.

Cela fait plus de vingt ans que j’étudie cette question. Il faut bien se rendre compte que l’avortement voté en 75 à l’initiative de Chirac, Giscard et Simone Veil représente peut-être le symbole de ce XXe siècle finissant. Cette œuvre de déconstruction de tout ce XXe siècle s’est terminée par la déconstruction ultime de l’être humain.

Au début du XXIe siècle, on reconstruit une société après avoir détruit l’être humain, la famille, les valeurs judéo-chrétiennes. La clef de voûte de cette reconstruction post-humaniste et transhumaniste, c’est l’avortement. Je crois que c’est une triple rupture. C’est ce que j’ai voulu exprimer dans cette tribune.

Beaucoup de gens disent que les intentions de Simone Veil étaient bonnes. Ses mises en garde répétées contre la possibilité de beaucoup de débordements en seraient la preuve. Est-ce quelque chose que vous refusez de défendre ?

C’est un raisonnement qui ne tient pas. Il ne suffit pas de savoir si c’est une dérive ou non. C’est évidemment une dérive.
Mais ce qui arrive aujourd’hui n’est pas une dérive par rapport à la loi qui était votée il y a quarante ans. La question est de savoir quelle est la réalité de l’acte. La réalité de l’acte, c’est la suppression d’un enfant dans le ventre de sa mère.

Si l’avortement n’est pas mauvais en soi, alors rien n’est mauvais.
C’est la rupture de l’amour d’une mère avec son enfant.
C’est la rupture du lien de confiance du médecin avec ses patients.
C’est la rupture de la solidarité de la société vis-à-vis des plus démunis et de ceux qui sont fragiles, etc.
C’est une vraie rupture civilisationnelle et philosophique très grave.
Je l’ai montré dans cette tribune.
Je rappelle que cet acte était considéré comme totalement immoral depuis 400 ans avant Jésus-Christ. Hippocrate, c’était avant le christianisme.
La possibilité même qu’on ait pu réussir à le légaliser malgré cela indique qu’il a fallu mentir.
Toute la question de l’avortement repose sur un mensonge depuis 42 ans.
On a menti sur le nom même de l’avortement puisqu’on lui a donné un autre nom.
On n’a pas le droit de le montrer.
On n’a pas le droit d’en apprécier les conséquences.
On n’a pas le droit de dire que cela cause un traumatisme.
On n’a pas le droit de dire que cela entraîne des mauvais souvenirs.
On n’a pas le droit de dire que c’est une trahison.
On n’a le droit de rien dire.
Cela s’est traduit, récemment, par le délit d’entrave qui met en prison les gens qui disent ce qu’on ne doit pas dire sur l’avortement.
Cette rupture politique est extrêmement grave.

Parmi les hommes politiques, très peu osent parler du sujet. Très peu osent dire ce qu’est l’avortement, ne serait-ce que de le décrire. L’année dernière, le ministre de la Santé disait que ce n’était pas l’interruption d’une vie, en répondant à Jean-Frédéric Poisson. Qu’est-ce qu’on pourrait faire politiquement aujourd’hui ? Est-ce qu’il faut revenir sur cette loi après 42 ans de légalisation ?

C’est absolument impossible. Ce qui est grave, c’est le changement de vision philosophique que nous avons de l’être humain, de la famille, de la société, du monde, de l’homme d’une manière générale.
Nous sommes passés d’une philosophie réaliste à une philosophie totalement idéaliste qui fait qu’au fond, la vie, l’homme, la femme, l’enfant, la nature, la loi naturelle n’existent pas en eux-mêmes.
Ce qui existe, ce que je veux, c’est le contrat que je passe avec les concitoyens, c’est la loi positive que je vote. C’est cela qui compte. Mais la réalité de ce que nous sommes n’existe pas.
L’enfant n’existe pas tant qu’il n’a pas été adopté par sa mère.
Si sa mère n’a pas de projet sur lui, il n’existe pas.
Si la médecine n’a pas de projet sur un enfant handicapé, il n’existe pas, donc on ne tue personne.
De ce fait, on est dans une médecine, un monde, une société du désir, du vouloir, du paraître et de l’illusion. Cela est extrêmement grave.
Tant que nous ne serons pas revenus sur les fondamentaux qui structurent cette déstructuration, ce n’est pas la peine de songer à une modification législative. On est encore très loin du compte.

Un sujet anime davantage les débats, qui est celui de la PMA et de la GPA. Dans votre tribune, vous expliquez qu’à partir du moment où on accepte de pouvoir tuer un enfant, on peut aussi le choisir. Est-ce que, pour vous, les GPA et PMA sont aussi des conséquences anthropologiques de cette loi de 75 ?

La PMA est le revers de la médaille de l’avortement.
La PMA n’aurait jamais été possible si l’avortement n’avait pas été voté quelques années plus tôt.
L’avortement, c’est un enfant à aucun prix ; la PMA, c’est un enfant à tout prix.
Tout peut être mis en œuvre pour avoir cet enfant du désir, cet enfant absolument choisi, conforme au canon de la mode et du souhait des parents. C’est exactement ce qu’on voit aujourd’hui.
D’ailleurs, vous remarquerez qu’au cours des différentes lois bioéthiques – les trois principales lois bioéthiques plus toutes les autres qui ont été votées par le quinquennat précédent -, aucune de ces transgressions ne s’est dispensée d’un référencement explicite à l’avortement.
Et la PMA est particulièrement liée à la question de l’avortement, puisque c’est la face optimiste, positive, constructive de l’avortement.
Si on est capable de détruire l’enfant dont on ne veut pas, alors on peut bien construire un enfant de nos rêves que l’on va aimer à la folie.
Parmi tous les débordements qu’on connaît aujourd’hui sur la PMA pour tous, la GPA dans son sciage, plus toutes les autres transgressions, l’ectogenèse, etc., il n’y a pas une seule transgression qui n’ait été justifiée par le recours à l’avortement.
Un transhumaniste patenté comme le docteur Laurent Alexandre ne cesse à la radio, à la télévision, à chacune de ses interventions, de reprendre l’exemple de la trisomie 21 dont tous les porteurs sont avortés systématiquement et dit : « Vous voyez bien, on est capable d’aller jusque-là. Pourquoi n’irait-on pas aussi encore un peu plus loin ? »
Il y a donc un effet cliquet posé par l’avortement qui fait que tout est possible.

Encore une fois, si l’avortement n’est pas mauvais intrinsèquement, alors rien n’est mauvais.

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