Restrictions d’eau : que pensent donc les agriculteurs du “street pooling” ?

S’il est une catégorie socio-professionnelle sensible aux sujets environnementaux, ce sont bien les agriculteurs. De bon ou mauvais gré, ils se plient à une législation devenue très contraignante. Les économies d’eau tiennent, dans ce domaine, une place prépondérante qui n’est pas sans incidence sur leur travail quotidien : les variétés culturales doivent être choisies en fonction de leur consommation d’eau, les eaux de pluie doivent être récupérées, les conditions d’irrigation optimisées, le matériel vérifié régulièrement. À ces efforts s’ajoutent les décisions préfectorales saisonnières dues aux aléas climatiques.

En ce début d’été, une quarantaine de départements ont pris des arrêtés allant de la simple vigilance à l’interdiction totale de consommation d’eau : arrêt des prélèvements à des fins agricoles, interdiction de manœuvre de vanne, d’activité nautique, d’arrosage des jardins, espaces verts, golfs, de laver sa voiture… Seuls ceux permettant d’assurer l’exercice des usages prioritaires sont autorisés (santé, sécurité civile, eau potable, salubrité).

Pour veiller au respect de ces principes, la “police de l’eau” est là. Elle vérifie les installations, ouvrages, travaux ou activités ayant un impact sur la santé, la sécurité, la ressource en eau et les écosystèmes aquatiques. En la matière, dans nos campagnes, tolérance zéro !

On aurait aimé qu’il en soit de même dans les départements plus urbanisés de l’Est parisien où l’explosion des “incivilités anti-canicule” voit jaillir, à chaque poussée du mercure, de nouveaux geysers et s’étendre de nouvelles inondations. Les observateurs ont baptisé cette forme de gaspillage le street pooling.

Apparu à Aubervilliers en 2015, ce vandalisme s’est, depuis, étendu à la Seine-Saint-Denis, au Val-de-Marne et aux banlieues de grandes métropoles comme Lille et Lyon. Avec l’avènement des réseaux sociaux et des smartphones, le phénomène chez les 12-25 ans s’est popularisé. Les jeunes gens se mettent en scène, prennent des photos, font des films. L’interdit est devenu ludique. Le 21 juin dernier, 1.000 bornes et poteaux incendie ont été ouverts. Ce triste record a généré des pertes en eau estimées à 500.000 mètres cubes coûtant 3 millions d’euros aux collectivités. 500.000 mètres cubes d’eau, ce sont les deux tiers de la production journalière du Syndicat des eaux d’Île-de-France. Ces chiffres seront certainement pulvérisés au prochain épisode de chaleur.

Emblématique de l’état de déliquescence des services de l’État, ces incidents rappellent la réalité d’une ligne de fracture qui se creuse de plus en plus entre ceux qui respectent et ceux qui cassent, ceux qui sont assujettis à la loi et ceux qui transgressent tous les interdits, ceux qui connaissent le prix des choses et ceux qui n’en ont cure…

Jusqu’à quand ?

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