Perturbateurs endocriniens

Perturbateurs endocriniens : l’Europe freine l’élan français

Médecin

Médecin urgentiste et généraliste

 

En août 2017, le gouvernement a demandé à trois organismes (l’Inspection générale des affaires sociales, le Conseil général de l’environnement et du développement durable et le Conseil Général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux) un rapport visant à évaluer la stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens.

Ce rapport, qui vient d’être publié, était très attendu car c’est un des rares documents officiels traitant du problème ; peu de pays s’en préoccupent réellement et l’Union européenne est particulièrement absente sur ce sujet.

Les perturbateurs endocriniens regroupent une vaste famille de produits que l’OMS a définis en 2002 comme étant « des substances exogènes ou un mélange qui altère les fonctions du système endocrinien et, par voie de conséquence, cause un effet délétère sur la santé d’un individu, sa descendance ou des sous-populations ».

Mais où placer le curseur, et à partir de quand peut-on considérer qu’une substance modifie le fonctionnement physiologique de l’organisme au point d’en altérer gravement le fonctionnement ? C’est bien là que se situe la difficulté : comment évaluer de manière précise une perturbation, étant donné la multiplicité des substances concernées, les différentes voies de pénétration dans le corps et la faiblesse des doses ingérées à chaque exposition. Ce n’est qu’en regroupant différentes études que les chercheurs sont arrivés à affirmer la nocivité de certaines substances sur la santé humaine et animale.

Historiquement, c’est dans les années 70 que ce problème est vraiment apparu, avec l’affaire du Distilbène®. Depuis, les scientifiques se sont aperçus que de nombreuses substances pouvaient perturber le fonctionnement du système hormonal, soit en modifiant la production naturelle de nos hormones en interférant sur leur mécanisme de synthèse, d’excrétion ou de transport, soit en mimant l’action de ces hormones ou en se substituant à elles, soit en empêchant leur action en se fixant sur les récepteurs avec lesquels elles interagissent habituellement.

C’est ainsi que les pathologies les plus fréquemment retrouvées dans une population donnée sont des pubertés précoces, des anomalies de développement, des baisses de la qualité du sperme ou encore l’apparition anormale de certains cancers, de diabète ou d’autres troubles métaboliques.

La liste est longue et presque impossible à établir de manière formelle car la causalité directe est difficile à établir, mais en recoupant diverses études portant sur des populations bien individualisées, on peut sans trop de risques affirmer la pathogénicité de certaines substances, comme celle du chlordécone, pesticide maintenant interdit, mais largement utilisé pendant des années en Martinique et qui semble bien être à l’origine d’une hausse anormale de puberté précoce chez de nombreux enfants de l’île.

La France a mis en place, dès 2014, une stratégie de recherche sur le sujet, comme le Danemark et la Suède, mais hélas, le reste de l’Europe ne semble pas particulièrement concerné et la Commission européenne, gangrenée par les lobbies industriels, a accumulé des années de retard sur la définition de ces substances, préalable nécessaire à toute réglementation. Sans la liste de ces toxiques (présents dans l’air que nous respirons comme dans notre alimentation), il est impossible de réglementer leur usage, il est donc quasiment impossible de leur échapper !

Alors, souhaitons, comme l’espère aussi ce rapport, que le gouvernement, avec ou sans l’Europe, saura prendre les mesures nécessaires pour protéger la population de ce qui risque devenir un grave problème de santé publique.

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