Editoriaux - Politique - 11 septembre 2018

Mélenchon et l’immigration : du populisme au nationalisme ?

Quelle est la position de Jean-Luc Mélenchon sur l’immigration ? La question agite à la fois le monde politique et son proche entourage.

Certes, Mélenchon vient du trotskisme. Mais pas n’importe lequel. Pour résumer, Lutte ouvrière mise de côté, il y a, en France, deux tendances principales. Au NPA, l’ex-LCR fondée par Alain Krivine, le Trotski qu’on admire est l’intellectuel internationaliste. À l’OCI (l’Organisation communiste internationaliste), l’organisation rivale de Pierre Lambert, on y révère un tout autre personnage, le militariste qui réorganise l’Armée rouge, y réintroduit les grades, le salut aux officiers, et qui défait les armées blanches.

Jean-Luc Mélenchon vient de cette dernière école, à l’instar de Lionel Jospin. Au contraire des frères ennemis de la Ligue, les lambertistes ont donc toujours pratiqué une forme de culte de l’État ; voire, de la nation. Rien d’étonnant, alors, d’avoir vu certains de ses membres frayer avec la droite de la droite. Rien d’illogique, non plus, à ce qu’un Mélenchon puisse cultiver une forme d’amitié particulière avec un Éric Zemmour ou un Patrick Buisson.

De Mélenchon, Buisson assurait ainsi au Point, lors de la dernière élection présidentielle : « En 2012, Mélenchon s’est posé comme le chantre d’une France multiculturelle. Or, aujourd’hui, il se positionne davantage comme le candidat d’une France multi-ethnique, évacuant ainsi la dimension multiculturelle. Cette évolution est le résultat d’une vieille interrogation de sa part. » Si la France « multi-ethnique » est un fait avéré, la France « multiculturelle » demeure, elle, un objectif idéologique. Qui est peut-être celui de plusieurs de ses proches, mais manifestement pas le sien.

Et le même d’affirmer, le 9 septembre dernier, lors de son discours de Marseille : « Oui, il y a des vagues migratoires. Oui, elles peuvent poser de nombreux problèmes aux pays d’accueil. Elles posent de nombreux problèmes quand certains s’en servent pour faire du profit sur les dos des malheureux. » À quelques nuances près, Marine Le Pen ou Nicolas Dupont-Aignan ne disent pas autre chose. Mieux encore : « Les gens ne partent pas par plaisir, l’exil est une souffrance et le pied-noir qui vous parle le sait. […] Je n’ai jamais cru à la liberté d’installation, c’est une fausse liberté. »

Le trouble est tel que, le même jour, Libération se fend d’un long article sur la question. David Cormand, secrétaire général des Verts, y précise : « Je n’ai aucun doute sur les valeurs de Jean-Luc Mélenchon. […] Mais j’ai le sentiment qu’il refuse de brusquer une partie de son électorat qui est contre l’accueil des migrants alors qu’il devrait être plus ferme, il ne doit pas laisser transparaître des ambiguïtés. En faisant ça, il ouvre une boîte de Pandore dangereuse. »

Nous y voilà. Car si l’électorat mélenchoniste est effectivement divisé sur le sujet, il en va de même de ses cadres. D’un côté, sa fraction « bourgeoise », Clémentine Autain en tête, plus préoccupée de sociétal que de social et encore moins de national. De l’autre, la tendance « populaire », entre autres incarnée par le député du Nord Adrien Quatennens ; lequel n’ignore pas, de par ses origines modestes, que son parti ne pourra plus longtemps passer la question identitaire par pertes et profits, au risque de se couper définitivement de ce qui lui reste d’électorat populaire. Cela, l’Insoumis en chef le sait mieux que personne. Mais comment trancher le nœud gordien sans provoquer une scission en interne ?

En attendant, il n’est pas interdit d’envoyer des signes. Ainsi, Djordje Kuzmanovic, ancien officier de l’armée de terre, conseiller de Jean-Luc Mélenchon pour les affaires de politique étrangère, qui se définit comme « patriote », vient-il de lâcher une petite bombe dans L’Obs, en stigmatisant « la bonne conscience de gauche » qui « empêche de réfléchir concrètement » aux problèmes causés par l’immigration. Voilà qui aura au moins le mérite de faire causer dans les chaumières de la bien-pensance tout en permettant au débat d’avancer, à quelques mois des prochaines échéances européennes.

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