Editoriaux - International - Polémiques - 26 septembre 2018

Macron à l’ONU : la France, ce pays qui a fait beaucoup de mauvaises choses…

« Je viens d’un pays qui a fait beaucoup d’erreurs, beaucoup de mauvaises choses » : Emmanuel Macron vient de remettre une pièce dans le nourrain du dénigrement national alors qu’il est à l’étranger et qu’il s’exprimait devant les Nations unies. C’est plus fort que lui. Une manie, une habitude, un tic, un TOC. On ne sait pas exactement. Mais ça devient lassant. Alger, Salzbourg, Bucarest, Athènes, Copenhague et maintenant New York. Après une tournée européenne, Emmanuel Macron monte en gamme en s’offrant la tribune de l’ONU pour dézinguer la France au détour d’une phrase. Pas certain que le monde lui en demande autant. D’autant que c’est pour mieux s’ériger en donneur de leçons universel : une sorte de tartuferie qui ne semble pas convaincre grand monde, du reste.

On ne sait pas s’il s’est inspiré des paroles d’une chanson de Jean-Pax Méfret : « Je viens d’un pays qui n’existe plus, je viens d’un paradis perdu ». Ou bien du livre de l’ancien mannequin Adriana Karembeu dans lequel elle évoque sa Tchécoslovaquie natale et intitulé Je viens d’un pays qui n’existe plus. Ou encore, peut-être, des paroles de Dominique de Villepin, le 14 février 2003, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, lorsque ce dernier, au nom de la France, s’opposa à la guerre contre l’Irak : « Et c’est un vieux pays, la France, d’un vieux continent comme le mien, l’Europe, qui vous le dit aujourd’hui, qui a connu les guerres, l’occupation, la barbarie… »

Certes, la France a sans doute commis des erreurs et de mauvaises choses dans son histoire. Cela dit, s’il est facile, après coup, d’identifier des erreurs – politiques, stratégiques, diplomatiques, etc. -, il est plus délicat de discerner ce qui est mauvais de ce qui est bien. Et parfois, raison d’État oblige, l’Histoire nous montre qu’erreurs et mauvaises choses ne sont pas forcément synonymes. Alors, évidemment, on peut piocher à l’envi dans notre histoire, selon notre sensibilité politique, idéologique, familiale parfois, des faits, des actes que l’on peut, aujourd’hui, considérer comme des erreurs ou de mauvaises choses. Lorsque les troupes de Louis XIV, avec Monsieur de Turenne, au son des fifres et tambourins, pillaient le Palatinat et incendiaient Coblence, comme le rappelle un vieux chant militaire français, on ne devait pas trop faire dans la guerre en dentelles. Pire : la Terreur érigée en mode de gouvernement, en système, sous la Révolution, nous a montré de quoi était capable notre pays au nom de ces fameux grands principes universels que, justement, Emmanuel Macron évoquait à la tribune des Nations unies. Pas certain, d’ailleurs, que le Président pensait à la Terreur lorsqu’il confessait ces « erreurs » et « mauvaises choses »

On ne demande pas au président de la République française de dire que notre pays est le plus beau pays du monde, que son peuple est le plus intelligent, le plus aimable et, en même temps, le plus modeste de la Terre. Tout cela, nous le savons bien ! Ce n’est donc pas la peine de le dire. Et puis, il risquerait de vexer ou de faire rire tous ces étrangers qui sont tout de même largement majoritaires dans le monde (pas encore en France, Dieu merci !). On ne lui demande pas d’appeler notre pays « Notre dame la France », comme de Gaulle en 1943 à Tunis. On ne lui demande pas, non plus, de parler des Français comme Péguy : « Français, dit Dieu, c’est vous qui avez inventé ces beaux jardins des âmes. Je sais quelles fleurs merveilleuses croissent dans vos mystérieux jardins. » Non, on lui demande tout simplement d’arrêter d’emprunter les chemins de la repentance et du dénigrement, pour faire de belles phrases ou le malin « à l’international ». C’est dur, on imagine. Mais la France et les Français méritent bien ce petit effort.

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