Editoriaux - International - Polémiques - Religion - 6 décembre 2018

L’Emmanuel : une histoire de crèche

Battez, tambours ! Résonnez, musettes ! Les crèches sont de retour ! Dans les écoles et dans les lieux publics ! Libres penseurs de tous les pays, unissez-vous !

« Fake news » ! C’est à Trente que cela se passe, dans la province autonome du Trentin, à la frontière de l’Autriche et de l’Italie. Selon Il Giornale, en date du 28 novembre 2018, le gouverneur Maurizio Fugatti, enfourchant de nouveau ce cheval de bataille de la Ligue, vient d’imposer des crèches dans les lieux publics car la crèche est le « symbole de l’histoire chrétienne millénaire. » Le même qui, dans son programme, parle de la centralité de la famille fondée sur un homme et une femme. Ah, ces Italiens ! Toujours en dehors des clous avec leurs étoiles !

En France, la guerre des crèches est relancée. Avec celle de Béziers. C’est qu’on ne plaisante pas avec la laïcité à la française. Les actes des procès sont prêts. La crèche, est-ce « du cultuel » ou « du culturel » (surtout, garder l’article partitif) ? C’est, en tout cas, du business, dont on a bien besoin en ce moment. À la télévision, le reportage est dans les tuyaux : suffit de retrouver la Vendée de l’an dernier dont le conseil d’Etat avait interdit l’installation d’une crèche dans la mairie.

En Belgique, des « marchés de Noël » ont été rebaptisés « marchés d’hiver ». Mais le mot « hiver » va-t-il avoir la magie du mot « Noël « ? Pas si sûr ! À Bruges, il y aura bien la crèche mais « les lumières de Noël » sont remplacées par « les lumières d’hiver ». Il faut être neutre, pensent Bruxelles, Anvers et Gand. Adieu « Noël » qui froisse ceux qui ne croient pas ! Hier, l’archevêque de Paris, précédé de sa troupe de petits grognards (les confirmés de l’an II), a illuminé, sur le parvis, le grand sapin venu de Suède : notre loi de 1905 le permettait et puis, venu de Suède, ce sapin monumental a, dans sa bleuitude aux étoiles clignotantes, un parfum festif d’Union européenne.

L’Europe, on le sait, se divise entre une Europe du Nord, protestante et libérale, et une Europe du Sud, catholique et plus conservatrice. Or, c’est dans la ville de Trente, dont s’illustre en ce moment le gouverneur, que se tint, au XVIe siècle, le concile de Trente, pour répondre au protestantisme, et que partit la Contre-Réforme. C’est aussi cette ville qui vit naître – heureux ou providentiel hasard – Alcide De Gasperi, un des « pères fondateurs » de l’Europe, avec Schuman, Monnet et Adenauer. Cet « homme frontière », comme on l’appelait, a en commun avec Emmanuel Macron d’avoir reçu, en 1952, le « prix international Charlemagne ».

Cloches, sonnez donc à toute volée ! Un enfant va naître qui fait parler de lui depuis deux millénaires. Non pas dans un palais, fût-il à l’Élysée, mais dans une crèche. Dans une mangeoire. Sur de la paille. Pensez donc. Entre un bœuf et un âne gris. On l’appelle « l’Emmanuel » : « le prince de la paix ».

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