À deux jours de ce samedi 8 décembre, on se demande bien qui hystérise le plus le débat : les ou le gouvernement ? En effet, mercredi soir, débat marathon sur BFM TV entre et politiques. Du côté du gouvernement, pour monter en première ligne, les petits soldats François de Rugy et Marlène Schiappa. Celle-la nous a fait sa grande scène de la diva en colère, acte III, scène 2. Une diva de plateau télé.

Dramatiser : le sait que c'est sa dernière carte pour sauver sa peau. Ayant échoué, pour l’instant, à maintenir l’ordre, il voudrait nous faire croire que la République est en danger. Alors, poitrail haletant, chevelure au vent de la climatisation, telle La Liberté, de Delacroix, Marlène Schiappa monte à l'assaut de la barricade des gilets jaunes et s'érige en défenderesse de la République. Il est évident que le risque de violences, ce samedi, à Paris et dans d’autres grandes villes, est réel. Mais Marlène Schiappa voit pire ou fait semblant de voir pire : le risque d’une dictature militaire. Carrément. Elle ne le dit pas comme ça, mais c’est tout comme. Que dit-elle ? "Quand un porte-parole des gilets jaunes, dans une matinale, propose de virer le Premier ministre pour mettre à la place un pouvoir militaire, on propose de remplacer un pouvoir démocratiquement élu par un pouvoir militaire, c’est grave. C’est une attaque gravissime contre la République. » Ah oui, quand même.

Mais à quoi, à qui fait-elle allusion ? Aux propos de Christophe Chalençon, le gilet jaune de Vaucluse. Lundi, sur 1, voici ce qu’il demandait : "La démission du actuel et avoir un véritable commandant. C’est-à-dire une femme ou un homme qui va prendre le devenir de la France sérieusement..." Ce Christophe Chalençon, du reste, n'est pas spécialement un homme d'« estrèmedrouate ». La preuve : "Je pense qu’aux européennes, nous ouvrons le large chemin à l’extrême droite…" Et il précise sa pensée : "Je verrais bien un général de Villiers à la tête du gouvernement. Un homme de poigne." Le journaliste Nikos Aliagas lui demande de préciser sa pensée : "Un militaire, vous voulez un militaire à la tête du gouvernement ?" Réponse de Chalençon : "Un militaire ! Bah, il n’est plus militaire, il est à la retraite, maintenant. Il a servi la France, que ce soit de gauche ou de droite." » Ce qui s'appelle remplacer un pouvoir démocratique par un pouvoir militaire.

Soit Marlène Schiappa a écouté ce monsieur et n’a pas tout compris, soit on lui a fait un mauvais compte rendu, soit elle prend ses désirs pour des réalités. La menace d’un putsch militaire, l’appel à venir protéger l'Élysée à pied, à cheval, en voiture électrique ou à trottinette doit vous procurer une excitation que seule Marlène Schiappa, cette écrivaine à succès, est capable de décrire. Le grand frisson qui fait des allers-retours entre le bas-ventre et le cerveau gauche. Marlène Schiappa reste une gauchiste dotée des bons et vieux réflexes antimilitaristes.

Au fait, une petite remarque, comme ça, au passage. Quand Emmanuel Macron nomme un Laurent Nuñez (ancien préfet de police) secrétaire d’État auprès de Christophe Castaner, on ne crie pas à l'instauration d'un régime policier. Non, on dit que l’on nomme un grand serviteur de l’État, un technicien qui connaît bien les problèmes de sécurité et tout ça. Nuance. En revanche, le seul fait d'évoquer, au détour d’une matinale, le nom d’un général pour remplacer le Premier ministre, alors là, c'est différent : bruits de bottes et toutes sortes d'autres choses. Alors même que, par ailleurs, c'est sous Emmanuel Macron qu'on parle aujourd'hui d'un éventuel emploi des blindés de la gendarmerie pour rétablir l'ordre dans Paris. Une première depuis... ?

Comme dirait Édouard Philippe, les politiques sont "comptables" de ce qu’ils disent. Mais Marlène Schiappa sait-elle au moins ce qu’elle dit ? "Comediante ! Tragediante !", aurait dit le pape Pie VII à Napoléon Bonaparte, un compatriote de Marlène Schiappa.

6 décembre 2018

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