Le livre de l’été : Le Puy du Fou, un rêve d’enfance, de Philippe de Villiers (2)

Comme chaque année, à l’occasion de l’été, Boulevard Voltaire vous offre des extraits de livres. Cette semaine, Puy du Fou : Un rêve d’enfance, de Philippe de Villiers.

Ce château pleure tout seul, entrailles ouvertes

Je suis parti à l’aventure. C’était le 13 juin 1977, par un après-midi de grand soleil printanier.
Je me suis perdu dans les routins du haut-bocage, au pied de la « colline des hêtres » – le Puy vient du latin Podium et signifie promontoire. Et le Fou, en vieux français « fouteau », signifie hêtre. Aucun panneau n’indiquait le site, passé aux oubliettes depuis deux siècles. […]

Je me souviens de cette première impression, de cet instant fatidique où le songe vient de trouver son lieu. Un lieu puissant, un lieu qui parle. Un lieu qui est en soi une dramaturgie. Le poids de l’Histoire. Ce sera là. Et pas ailleurs.
Partout autour de moi, un silence séculaire, lourd de sous-entendus. L’écho sublime du jour qui meurt.

Là-bas, sur le côté, de grands hêtres étêtés, des arbres décharnés qui ont l’éloquence des morts naturelles. Morts de vieillesse. Contraste saisissant avec les ruines décapitées qui, elles, parlent de mort violente. Sur l’eau, se découpent des ombres de géants.
Presque des silhouettes humaines.
En face, un miroir immobile, un miroir d’encre. On devine la profondeur de vase et de mauvais souvenirs qui gisent tout au fond. Sous les hautes tranquillités, se dérobent des secrets bien gardés.
Et puis, là-bas, au-delà de l’étang, les ruines. Mes yeux incrédules ne quittent plus les fenêtres éventrées que traversent, dans leur désinvolture, les moineaux de murailles.
Fascinantes dislocations de pierres muettes. Le choc. Si ce château n’avait pas été en ruine, il n’aurait rien éveillé en moi.

Mais là, c’est la souffrance, ce sont ces élancements douloureux, ces pauvres moignons tendus vers le ciel, ce cri du cœur qui donnent à cette demeure déchue son relief d’humanité et de force tragique. Il ressemble à nos cœurs dévastés. Ce château, abandonné, pleure, tout seul, entrailles ouvertes, et personne ne l’a jamais consolé.
Peu à peu le ciel se charge et s’assombrit. Le poids de l’Histoire.
Soudain des corbeaux aux cris stridents viennent plonger dans l’intérieur des ruines, sous le toit absent. Comme s’ils venaient chercher encore et encore quelques derniers lambeaux de chair humaine.
[…]

Je sens le poids de la charge : je vous entends, je vous promets. Je vais écrire pour vous un dies irae, un requiem. Non, non, vous n’êtes pas morts pour rien. Demain je reviendrai. Et après-demain. Je reviendrai tous les jours. J’écrirai pour vous une symphonie.
Alors se déploie en moi l’idée, irrépressible, de donner à ces ombres une sépulture officielle, celle qu’elles n’ont pas eue. Nos spectacles seront dédicaces : « ce soir, comme tous les soirs, je viendrai offrir mon temps, mon cœur. Je ne serai ni un figurant ni un acteur, mais un actant. Ô mes morts, c’est pour vous que je joue, c’est pour vous que je pleure, c’est pour vous que je m’émeus et que je reviens ».
Ce sera un hymne. Une célébration. Un hommage. Nous serons leur main ouverte et leur dernier sourire. Un reposoir.

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