Culture - Discours - Editoriaux - People - Politique - 20 mai 2018

Harry et Meghan : l’esclavage s’est invité au mariage

Le mariage des autres est toujours l’occasion de réfléchir au sien, et au mariage en général. Pour nous, cela faisait longtemps que nous n’avions pas été invités à un mariage. Et ma réflexion naviguait donc entre deux pôles : les bruyants mariages de ma ville qui, tous les samedis, déploient des drapeaux turcs, marocains ou algériens, et les divorces des collègues et amis qui ne s’annoncent pas que les samedis. Pas très reluisant, mais c’est le contexte.

Alors, en ce beau samedi veille de Pentecôte, nous étions gâtés : deux mariages ! Un mariage princier à Windsor et un beau mariage d’enfants de nos amis – un « vrai », serions-nous tentés d’écrire, sans détailler tout ce qu’il y a sous l’épithète.

Pour le prince Harry et Meghan, la fête médiatique fut gagnée par l’alliance du « gothique et du gospel », de l’ancien et du nouveau. Tous les journaux titraient dans ce sens. Harry n’est pas le fils de Diana pour rien, et ce n’est pas lui qui allait chasser les people et l’idéologie multiculturelle du Temple windsorien. Donc, ils étaient là : Elton John, David Beckham, George Clooney, etc.

Et, bien sûr, le révérend Michael Curry, prédicateur afro-américain, qui a prêché sur le « pouvoir de l’amour » de façon « enflammée », selon Le Monde.

Citation de Martin Luther King :

Le Dr King avait raison, nous devons découvrir l’amour, le pouvoir rédempteur de l’amour. De cette façon, nous pourrons faire de ce monde un monde nouveau. L’amour est le seul moyen.

Convocation de la mémoire des esclaves, par ce révérend lui-même descendant d’esclaves, devant la mère de la mariée, elle aussi issue d’une famille d’esclaves de Géorgie :

Même sous le joug, les esclaves noirs américains ont continué de croire dans le pouvoir de l’amour !

Puis « This Little Light of Mine », un chant d’inspiration biblique utilisé pendant la lutte américaine pour les droits civiques.

La mémoire de l’esclavage avait donc toute légitimité pour s’inviter à ce mariage princier. Et, au-delà de l’air du temps politiquement culturel, au-delà de l’événement de ce mariage non conventionnel entre le prince et cette Meghan descendante d’esclaves (pour Le Monde : « Le message était clair : on célébrait un mariage d’un type nouveau, officialisant l’entrée de la diversité chez les Windsor »), cela avait tout de même une autre force que le discours officiel de notre Premier ministre pour la « Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions », le 10 mai dernier.

Pourquoi ? La dimension religieuse, bien sûr. La dimension héroïque, aussi.

Ce mariage princier (et tout vrai mariage) nous rappelle cet héroïsme très inactuel du mariage. Alors, si le politiquement correct arrive à produire des messages subliminaux qu’il ne maîtrise plus et qui invite à autre chose qu’à suivre l’air du temps, God save Meghan and Harry !

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