Editoriaux - Union Européenne - 29 avril 2018

Francophonie : please, help me!

Robert Schuman, « le père de l’Europe », doit se retourner dans sa tombe !

Depuis que le Royaume-Uni a décidé de divorcer de l’Europe, on n’a jamais autant multi-dialogué en anglais du côté de Bruxelles. Le paradoxe vient d’être concrétisé par l’exacerbation de l’ambassadeur de France auprès de l’Union européenne, Philippe Léglise-Costa, qui a claqué la porte d’une réunion du Conseil, ce mercredi 25 avril, car les travaux s’y tenaient en anglais, pour vraisemblablement réduire les contraintes de traduction.

Rappelons le poids du casse-tête linguistique de l’Union. 24, oui, 24 langues officielles occupent une armée de 1.500 interprètes – plus que le bataillon de commandement de la brigade franco-allemande – pour couvrir 552 combinaisons possibles de traductions simultanées ! C’est pire que le Loto…

Cependant, trois langues sont des outils de travail, ou « langues relais », au sein des institutions, qui sont le français, l’allemand et l’anglais. On pourrait admettre et comprendre qu’avec la désertion d’Albion, sa langue se fasse oublier au profit des deux autres, celles de la naissance de la Communauté européenne, celles de De Gaulle et d’Adenauer.

Notons, pour les béotiens, que l’irlandais est l’une des 24 langues et que seul Malte restera officiellement anglophone après l’avènement du « brexit ». Very surprising, isn’t it?

Paradoxe encore plus exaspérant, c’est précisément lors d’une réunion sur les budgets du post-brexit que notre ambassadeur a, avec raison, pété les plombs ! On le comprend…

24 langues sont donc officielles pour 28 pays membres de l’Union. Quels sont donc les cumulards ? Le français pour le Luxembourg et la Belgique, outre la France évidemment, et le grec pour la Grèce et Chypre.

Francophonie, il est grand temps de rallier Bruxelles !

Des esprits chagrins objecteront que notre Président ne s’encombre pas de traducteurs et s’est adressé directement en anglais lors de sa récente visite officielle aux États-Unis. Là, je dis « stop and start » sans renier mon attachement exacerbé à la locution nationale. L’adresse à des instances publiques ou associatives dans la langue de l’hôte témoigne d’une belle élégance et d’une politesse dont n’étaient pas capables beaucoup de ses prédécesseurs. Et que le président américain, admirateur des pompes militaires tricolores et ami très proche de son visiteur a dû apprécier. Et puis, les mots chaleureux ou reconnaissants susurrés à l’oreille l’étaient peut-être en français. Qui sait…

Commentaires fermés sur Francophonie : please, help me!

À lire aussi

Nouvelle-Calédonie : silence post-référendum

Apparemment, son avenir est beaucoup moins important que les élections américaines.… …