Editoriaux - Polémiques - Réflexions - Société - 8 février 2019

Être policier ou servir pour le meilleur et pour le pire

Sans doute est-ce le côté paradoxal, voire schizophrénique, du métier de policier. Mais sans aucun doute est-ce aussi ce qui en fait la grandeur. Hier vêtu en tenue de maintien de l’ordre face à des manifestants violents auxquels la seule réponse possible réside souvent dans l’utilisation de la force. Aujourd’hui au secours de ses concitoyens, dans le cadre d’une mission de police secours ou, tout simplement, à l’occasion d’une banale patrouille de sécurisation. Tel est le quotidien de nombreux policiers obligés, parce que c’est leur mission, de s’adapter aux circonstances et aux événements. Et ils le savent, ils seront tantôt adulés, tantôt honnis.

Car beaucoup de Français l’ignorent ou l’oublient. Être policier, c’est avoir fait le choix de servir quelles que soient les tâches assignées. Certaines sont valorisantes, d’autres le sont moins et requièrent un grand sens du discernement et des responsabilités. Elles nécessitent souvent un engagement qui dépasse les convictions personnelles, pour que soit assurés la paix publique et l’ordre social. Cette mission transcende tout le reste, et fait du policier ce gardien de la paix au sens noble du terme.

Pourtant, les cas de conscience existent. Peu de policiers confrontés à la réalité quotidienne de la dramaturgie humaine passent à côté de ce choix cornélien qui s’impose tôt ou tard à lui. Agir ou ne pas agir. S’indigner ou subir. Obéir ou désobéir. Mais dans tous les cas, il sait qu’il aura le dernier mot et que, par son geste, il s’engagera personnellement ainsi que l’institution qu’il représente.

C’est mû par une telle conviction que le policier, même en dehors de son service, sait qu’il est 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 au service de ses concitoyens. Et sans doute est-ce même sans y réfléchir et s’en rendre compte que ce policier parisien a risqué sa vie, dans la nuit de lundi à mardi, alors qu’un incendie ravageait un immeuble de la rue Erlanger, à Paris, faisant dix morts et plusieurs dizaines de blessés. Interrogé sur son acte courageux, ce policier a modestement déclaré n’avoir fait que son devoir et regretter simplement de n’avoir pu sauver plus de personnes.

Il est vrai que, dans le cyclone médiatique actuel que traverse l’institution policière, du fait de ses actions parfois controversées lors des dernières manifestations des gilets jaunes, il est bon de rappeler que les policiers ne sont pas que le bras armé d’un pouvoir en place. Ils sont au service de tous et c’est pour cela qu’ils bénéficient dans l’opinion d’un large niveau de confiance (74 % de Français déclaraient, il y a peu de temps, dans un sondage du CEVIPOF, faire confiance à leur police).

Mais ce nouveau drame parisien, au-delà de la conduite héroïque de nos policiers et de nos sapeurs-pompiers, pose une autre question. Celle du traitement des malades mentaux. Il est maintenant connu que la mort de ces dix personnes a été provoquée suite à un acte criminel commis par une femme qui avait déjà séjourné longuement en établissement psychiatrique. Elle avait, par ailleurs, été mise en cause dans de nombreuses affaires pénales, le plus souvent classées sans suite compte tenu de son état mental. Une question se pose donc désormais et hantera les familles des victimes. Que faisait-elle dehors sans aucun contrôle médical approprié ?

De même, que fait en liberté le meurtrier d’Anne Pavageau, cette policière de Bourges tuée en 2011 à coups de sabre, par un individu libéré parce que reconnu irresponsable de ses actes en 2015 ? Autant d’interrogations qui restent sans réponses et dans l’attente de nouveaux drames. Et malheureusement de nouvelles victimes.

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