Editoriaux - Santé - 6 février 2019

Drame de la rue Erlanger : c’est toute la psychiatrie qui est malade !

C’était en mars dernier, à Saint-Étienne du Rouvray. Les personnels de l’hôpital psychiatrique se lançaient dans une mobilisation qui allait durer trois mois. Ils entendaient dénoncer une situation aussi ingérable qu’explosive, facteur de danger pour eux, pour leurs patients et, au-delà, pour la société tout entière.

En cause, l’impéritie des pouvoirs publics qui, depuis des décennies, délaissent cette branche de la médecine alors que le nombre des malades mentaux ne cesse de croître. Le ministre de la Santé, Agnès Buzyn, le reconnaissait dans les colonnes du Monde : « Il n’y a pas eu un vrai investissement depuis des années » en psychiatrie, et déplorait un état de « souffrance générale » des professionnels et des malades.

Partout, en effet, les personnels dénoncent une situation qui, faute de moyens, les a fait passer de soignants à gardes-malades, pointant aussi du doigt la « banalisation » du recours à la contention et à l’isolement, méthodes que dénonçait déjà, en 2016, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté. Paradoxe : la France est championne du monde de la consommation de psychotropes…

On marche sur la tête, qu’elle soit coiffée ou non d’un entonnoir, car le nombre de personnes qui nécessitent des soins psychiatriques ne cesse de croître. Près de 300.000 personnes supplémentaires ont ainsi été suivies en psychiatrie entre 2000 et 2016, et le syndicat professionnel estime qu’« entre 900 et 1.000 postes de psychiatres sont aujourd’hui non pourvus ». Il souligne : « Même si cela a longtemps répondu à la volonté de sortir de la logique “asilaire”, le nombre de lits à temps complet en hôpital a été réduit de 70 % durant les trois dernières décennies. Au point que la pénurie de lits est devenue, bien souvent, un critère de la durée des soins des patients. »

La situation est connue et les rapports – sans suite – se succèdent au gré des drames.

Le dernier, dans le XVIe arrondissement de Paris, a fait dix morts au moins et trente-deux blessés dans la nuit de lundi à mardi. Les locataires qui occupaient les 72 studios de cet immeuble de la rue Erlanger sont à la rue, l’incendie qui l’a ravagé était si intense que l’immeuble est désormais fermé et condamné par l’arrêté de péril.

Il faut toujours le conditionnel tant qu’un coupable présumé n’est pas jugé, et la suspecte de cet incendie criminel ne le sera probablement jamais. Il s’agit d’une femme de 40 ans, Essia B., dont on nous dit qu’elle aurait, sur la dernière décennie, passé l’équivalent de cinq années en établissement psychiatrique. Son dernier séjour dans le très réputé hôpital Sainte-Anne, à Paris, s’est terminé le 23 janvier. Deux semaines plus tôt !

L’hôpital Sainte-Anne ne s’est pas exprimé, alors Le Parisien s’est tourné vers le chef du service psychiatrie de l’hôpital Mondor de Créteil (Val-de-Marne) qui, le 16 janvier dernier, adressait une lettre ouverte au ministre de la Santé, signée par 100 professionnels, pour dénoncer « une prise en charge insuffisante des patients ».

À la question de savoir quelles sont les conditions pour qu’un malade rentre chez lui, il répond : « On doit constater une amélioration significative de son état de santé avec une disparition des symptômes, un quasi-rétablissement. Le patient doit aussi bien accepter de poursuivre les soins après l’hospitalisation. » Vœu pieux s’il en est… En effet, « le principal point faible, c’est une fois qu’elles [les personnes] sont à l’extérieur ».

Il existe, bien sûr, un protocole de suivi des malades, mais « en France, 2 millions d’individus doivent être suivis pour des troubles bipolaires, du comportement et de schizophrénie. Et encore, je ne parle pas des dépressions sévères », dit le médecin.

Pour avoir été confrontée, dans une copropriété, à un cas similaire, je ne peux que témoigner des réponses qui nous ont alors été faites : objet de plusieurs plaintes, en principe suivie en hôpital de jour, la personne ne s’y présentait plus depuis trois semaines. Réponse du service : on ne peut pas le contraindre…

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