Audio - Editoriaux - Histoire - Industrie - Presse - Radio - Télévision - 1 janvier 2018

CSA : 2017, l’année des corbeaux ?

Si 1969 fut année érotique – logique, après celle du grand Chabanais –, quid du cru 2018, succédant à celle de la délation ? Ainsi, les statistiques du CSA, Conseil supérieur de l’audiovisuel, sont-elles propres à donner un vertige n’ayant rien d’amoureux : 90.000 plaintes reçues en 2017 – soit dix fois plus qu’en 2016. Les hippies des sixties nous serinaient avec une planète s’apprêtant à entrer dans l’ère du Verseau. Voici donc venue celle de la Balance.

L’actuelle époque étant ce qu’elle est devenue, l’heure est donc à un dolorisme du genre souffreteux voulant que le clampin de base, dès qu’il allume son poste (de radio ou de télévision), puisse se sentir offensé, amalgamé, voire stigmatisé. Heureusement qu’il existe des procédures d’urgence. Avant de convoquer une cellule de soutien psychologique, prière d’alerter le CSA. Les réseaux sociaux sont aussi là pour ça.

D’où ce florilège de geignardises, dressé par Le Figaro TV, organe de presse qui en vaut bien d’autres, façon « Revue du demi-monde », revenue sous les feux de la rampe grâce à l’ineffable Pénélope à cause de laquelle un certain François l’a un peu eu dans le Fillon.

– Le présentateur Matthieu Delormeau (« Touche pas à mon poste ») reconnaît avoir montré un film coquinou à l’un de ses neveux qui lui demande « comment on fait les enfants ». Indignation d’un autre intellectuel de renom, Benjamin Castaldi.

– Cyril Hanouna se paye en direct la fiole d’une tafiole – oups, pardon, d’un homme à hétérosexualité contrariée. Charivari immédiat dans le Landerneau.

– Thierry Ardisson ironise sur la cocaïne devant le fils du narcotrafiquant Pablo Escobar. De telles substances circuleraient donc à la téloche ? Chœur des pleureuses. Snif…

– Toujours dans cette même émission, Laurent Baffie retrousse la jupe de Nolwenn Leroy, du bas jusqu’en haut du genou. Deux genoux, voilà qui aurait mérité un « X ». Mais un seul… Nonobstant, les chialeuses chialent.

– Chez Laurent Ruquier, deux foldingues – Christine Angot et Sandrine Rousseau – se battent pour savoir qui a été la mieux violée. Ça se finit en larmes des deux côtés. Même chez les progressistes en jupons, ça se chicore à coups de sac à main. C’est l’arme à gauche.

– À la « Nouvelle Star », Nathalie Noennec, ponte de l’industrie musicale et chercheuse de talents, met le sien à l’œuvre en pelotant les fesses d’un candidat. Là, c’est vraiment dégueulasse : pourquoi ça n’arrive qu’aux autres et jamais à moi ?

Le reste du réquisitoire est à peu près du même tonneau. Près de cent mille plaintes pour ça… Cathodique, mais pas très catholique, sachant que les fonctionnaires du CSA, sûrement pas assez payés, vont devoir se fader un maousse pacson de bafouilles plus ou moins anonymes dont même ces fonctionnaires détachés par l’Allemagne en d’autres temps, ceux d’avant Bolkenstein, n’auraient pas rêvé, même dans leurs pires cauchemars. Bref, au CSA, il faut bien s’occuper.

Il n’y a pas à tortiller, si 2018 s’annonce comme 2017, on n’a pas fini de se claquer la panse de rire. Les loups sont entrés dans Paris, chantait naguère un Serge Reggiani naviguant à vue dans un océan anisé. Le pastis qui nous attend se boira sec, sachant que, là, rats, cafards et corbeaux seront de la fête.

Pourtant, tout cela joue petit bras. Le happening est mou de la branche. Quoique les nouveaux puritains, en inaugurant une nouvelle chasse aux juifs médiatiques – Éric Zemmour et Cyril Hanouna, Roman Polanski et Alain Finkielkraut –, puissent remettre un peu de piment dans la sauce. Mais tout cela demeure encore très fade. Quoiqu’il soit possible d’encore faire plus fort, histoire d’agiter la Toile et de créer la polémique ultime. D’où cette idée, que je qualifierais de possiblement géniale, soit dit sans me vanter ni me moucher du coude.

Fermez les yeux et ouvrez les oreilles : Kevin, garçon coiffeur et ancien attaché de presse, a changé de sexe après s’être pacsé avec un rugbyman. Très ouvert aux luttes sociétales après lecture des œuvres complètes de Caroline Fourest et de Jacky Sardou, il/elle a enfin trouvé le mantra qui tue : « Jouir pendant l’avortement, c’est pour quand ? » Pour le SAV, je veux bien risquer les foudres du CSA, quitte à arpenter les plateaux télé ; mais grimé en Marx (Groucho plutôt que Karl, inutile de préciser). Je vous laisse néanmoins entrevoir le pastaga, histoire de continuer à filer la métaphore marseillaise.

Que cela n’empêche pas l’auteur de ces lignes de vous souhaiter une bonne année.

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