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Comparer Macron à Clemenceau : un non-sens historique

 

Les commémorations sont utiles quand elles soudent les Français. Elles sont discutables, voire détestables, quand elles visent à la promotion personnelle d’une personnalité politique. On l’a vu récemment avec l’hommage rendu, le 9 novembre, au général de Gaulle, pour le quarante-septième anniversaire de sa mort : de Florian Philippot à Laurent Wauquiez, en passant par Anne Hidalgo, tous se pressaient devant sa tombe avec un cortège de journalistes, chacun retenant de l’ancien chef de l’État ce qui l’arrange.

Ce 11 novembre, c’est Clemenceau qui est à l’honneur. Loin de moi l’idée que celui qu’on surnommait « le Tigre » ou « le Père la Victoire » ne mérite pas qu’on se souvienne de lui ; mais, pas plus que de Gaulle, il n’apprécierait sans doute d’être ainsi instrumentalisé. Sans compter que, s’il est resté célèbre pour son rôle dans la fin du premier conflit mondial, son esprit revanchard, sa façon de briser les grèves et quelques autres moments de sa carrière ne font pas l’unanimité.

Ce 11 novembre, donc, Emmanuel Macron s’est rendu au musée Clemenceau, avant de rejoindre l’Arc de Triomphe pour raviver la flamme du soldat inconnu. Il inaugure ainsi « l’année Clemenceau », cent ans après son retour au pouvoir. Rien à redire jusqu’ici. Sinon qu’il utilise cette commémoration à des fins politiques.

Il fallait entendre Jean Garrigues, ce matin sur BFM TV ! Cet historien, habitué des plateaux de télévision, qui ne cachait pas sa sympathie pour le candidat d’En Marche ! et a voté pour lui dès le premier tour, n’a pas hésité à faire le parallèle entre Macron et Clemenceau : c’est, comme le Tigre, un homme de rassemblement qui veut « une révolution de la société française, la faire repartir sur de bons rails ». Plus flagorneur, tu meurs !

Cette récupération a quelque chose d’écœurant. Qu’un homme politique ait besoin de se référer à un personnage historique n’est-il pas un signe de faiblesse ? C’est par ses actes qu’il doit faire ses preuves ! N’en déplaise à ses admirateurs, Emmanuel Macron n’a encore rien fait qui lui permette de se hisser à la cheville de Georges Clemenceau.

Certes, la France est en guerre contre l’État islamique. Le président de la République, en déplacement aux Émirats arabes unis, a estimé que la victoire militaire contre l’organisation terroriste serait totale dans les prochains mois, en Irak et en Syrie. On souhaiterait qu’il dît vrai. Mais n’importe quel analyste un peu sérieux reconnaît qu’avec ou sans État, le terrorisme islamique est loin d’être vaincu.

On ne peut pas dire, non plus, que l’effort de mobilisation de notre Président soit comparable à celui du Père La Victoire. Il se soucie plus de vendre des armes aux pays du Proche-Orient qu’à équiper l’armée française. Comme l’a dit le général de Villiers, « on ne gagne pas une guerre sans effort de guerre ». S’il veut savoir ce qu’est l’armée, Emmanuel Macron ferait bien de lire et de méditer Servir, le dernier livre de son ancien chef d’état-major.

Faire un rapprochement entre le chef de l’État et Georges Clemenceau est un non-sens historique. Macron, un « tigre » ? Non. Un tigrillon, tout au plus !

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