Editoriaux - Histoire - 20 mars 2018

Pour Clémentine Autain, pas plus de profanation à Saint-Denis que de misogynie à Sevran. Elle n’est pas belle, la vie ?

Pour Clémentine Autain, « il n’y a rien à profaner [à Saint-Denis]. On a tout mis à la fosse commune en 1793 »« rien » et « tout » désignant laconiquement les dépouilles des rois qui ont fait la France, selon le livre éponyme de Georges Bordonove, et « on » pouvant aussi bien être, dans sa bouche, pronom indéfini désignant une foule anonyme de révolutionnaires que première personne du pluriel, unissant sa personne aux sans-culottes dont elle est la fière héritière.

…mais « on » a oublié un petit « rien » : que « tout » avait été remis à la Restauration. 1 « On » n’a pas à « tout » connaître de son département pour être élu, mais « on » n’est pas obligé de ne « rien » savoir non plus, et « on » pourrait quand même se renseigner : « on » aurait pu jeter un coup d’œil sur Wikipédia pour vérifier avant de tweeter, mais il est vrai que l’Histoire en soi est un savoir bourgeois, et lorsqu’« on » appartient à FI, l’alpha est 1789 et l’oméga 1793. Avant et après, il n’y a « rien ». Sans compter « qu’on » est d’une génération pour laquelle la Restauration n’a jamais été enseignée au lycée, la France passant peu ou prou de la Révolution à la guerre de 14, avec juste un petit mot sur Napoléon, et aussi – cela va sans dire – sur les exactions de la colonisation. Pas plus de profanation, donc, à la basilique que de misogynie dans les bars de Sevran. Elle n’est pas belle, la vie, en Seine-Saint-Denis ?

Pour Éric Coquerel, le président de la République n’avait pas à « intervenir dans une église », même pour un hommage à Johnny Hallyday. C’est ce qu’il a dit à la télé (CNews) en décembre dernier.

Mais un député de la République peut « intervenir dans une église » – comme il le revendique, bravache, dans un tweet épinglé, « J’assume d’avoir soutenu cette occupation » – pour y emmener, par provocation, une foule bruyante de migrants criant leurs revendications au mégaphone, et notamment « On est chez nous », empêchant, comme le raconte un témoin sur Facebook, les fidèles de rentrer et de prier, et surtout d’assister à la messe dominicale – une obligation pour tout catholique.

Alors que la République, selon l’article 1 de la la loi de 1905, garantit le libre exercice des cultes, un député peut donc en toute impunité se vanter d’avoir contribué à l’entraver, et un autre peut nier, par un mensonge caractérisé, qu’un lieu de sépulture ait été profané.

Ne les appelez plus « les Insoumis » mais les « Toutpermis ». Qui peuvent dire à leur guise tout et rien. Et surtout n’importe quoi.

Notes:

  1. Le 19 janvier 1817, Louis XVIII fit ramener les restes de ses prédécesseurs, récupérés dans les fosses, dans la crypte de la basilique, où ils sont rassemblés (car la chaux a empêché leur identification) dans un ossuaire scellé par des plaques de marbre sur lesquelles sont inscrits les noms des monarques.
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