Les bons collèges boostent-ils les prix immobiliers ?

Professeur agrégé et écrivain
 

Les statistiques sont implacables : dans les secteurs où un collège est reconnu comme excellent, les prix de l’immobilier sont de 7 % à 17 % plus élevés que dans les autres quartiers. Est-ce l’établissement qui fait monter les prix ou l’inverse ? (Les logements coûtant plus cher, les parents appartiennent aux classes aisées et leurs enfants ont un meilleur niveau scolaire.)

Les deux jouent sans doute (et se renforcent l’un l’autre), avec un décalage pour la deuxième raison. Cependant, habiter à proximité d’un bon établissement est un argument de vente décisif dans l’immobilier, surtout dans la région parisienne. Les parents qui achètent un bien s’enquièrent en priorité du collège et du lycée que leurs enfants fréquenteront. Ils seraient inconséquents et égoïstes s’ils ne le faisaient pas, surtout que les possibilités de dérogation se sont amenuisées ces dernières années (mais cela va peut-être changer avec M. Blanquer).

L’inégalité criante des collèges n’est pas une fatalité, mais le résultat d’une politique que je qualifie à dessein de criminelle, car si l’agent d’une puissance ennemie était devenu ministre de l’Éducation en France, il aurait, pour nuire à notre pays, agi exactement comme l’immense majorité des locataires de la rue de Grenelle depuis 1974, depuis le fameux M. Haby. Mme Belkacem a exacerbé cette tendance et l’a portée à son paroxysme, mais ses prédécesseurs, sans être aussi fanatiques qu’elle, étaient sur la même longueur d’onde.

Or, le nouveau ministre va parachever ce suicide collectif, car il préconise une mesure épouvantable et profondément injuste : l’autonomie totale des établissements. Celle-ci conduira à un implacable apartheid social, en accentuant la déplorable situation actuelle. Elle signifiera méthodes anciennes et excellentes pour les collèges de centre-ville, et éducation frelatée, nulle, dépourvue de toute consistance pour les établissements de banlieue. 99 % de ceux qui la recevront ne mèneront pas à bien des études supérieures. Rendre une société juste ne consiste pas à supprimer les riches (c’est absolument impossible !), mais à donner aux enfants des pauvres une chance réelle de s’élever socialement.

Les recettes pour échapper à ce fléau sont pourtant connues et simples : le rétablissement de l’ordre par tous les moyens, y compris les plus coercitifs (c’est la priorité absolue), les classes de niveau (mais sans exagération, car le remède serait pire que le mal), les unités d’excellence au sein de chacun des établissements et l’uniformité absolue et sans dérogation de l’enseignement sur tout le territoire français. Il y a une vingtaine d’années, M. Bayrou s’était vanté que, grâce à lui, les professeurs ne faisaient plus désormais à la même heure le même cours. Il estimait que c’était un immense progrès. C’était, en réalité, une régression sans nom et une catastrophe qui a interdit l’accès à la véritable éducation à des millions d’enfants.

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