Editoriaux - International - Justice - Le débat - Médias - Presse - 15 juillet 2018

Avant la rencontre Trump-Poutine, inculpation des « 12 salopards » russes…

Donc Trump, pour obtenir la permission de rencontrer Poutine, avait d’abord tenté la carte du terrorisme islamiste. On lui a donc donné l’ordre de bombarder la Syrie… deux fois ! Alors, il a eu l’idée de cibler la Corée, pays satellite de la Chine mais aussi limitrophe de… la Russie ! Les services secrets ont aussitôt fuité dans la presse des « preuves » que « Rocket Man » continuait de réarmer. Il n’a pas reculé. Puis, pour faire bonne mesure, il lance maintenant l’Europe « otanisée » dans une surréaliste course aux armements… made in the USA ! Bref, avec ces trois sujets (terrorisme, Corée, course aux armements), il a déjà un ordre du jour réel et sérieux de discussion avec le président russe.

Il fallait donc étouffer l’initiative. Le comité du Sénat en charge des ingérences russes (traduction : de la liquidation de Trump) a confirmé les affirmations initiales des « treize agences de renseignement » selon lesquelles les Russes voulaient faire élire Trump. Position aux antipodes de la même commission au sein de la Chambre des représentants qui, elle, a puissamment démontré que cette affaire russe était une construction artificielle de l’hégémonique lobby de l’espionnage anglo-saxon. Ainsi, à quelques jours d’Helsinki, le Sénat a donné aux médias du parti unique l’occasion de changer de sujet et de replacer Poutine en position d’accusé et Trump en celle d’agent étranger.

On en a rajouté, ce vendredi, avec l’inculpation des douze Russes par Mueller (pourquoi maintenant ?), assaisonnée d’allusions à d’anonymes Américains qui se seraient laissés berner par les services de renseignement militaire russes (le GRU). Traduction : cher Donald, si tu ne rentres pas dans le rang, on va arrêter « tes proches » et tu n’auras que les yeux pour pleurer. Et, surtout, ne t’avise pas de faire révoquer par tes amis de la Chambre des représentants notre allié le ministre adjoint de la Justice Rosenstein, vrai patron du ministère. Trump a ainsi introduit la Crimée à l’ordre du jour du sommet d’Helsinki sous la pression aiguë de l’ectoplasmique McCain comme de ses collègues sénateurs. Bref, l’objectif est que ce sommet ne réussisse pas.

Certes, à moins que Trump ne revienne à Washington la sacoche pleine de révélations offertes par « son ami Poutine » sur le coup d’État organisé contre lui, ou sur les malversations de la fondation Clinton comme celles de tout le lobby clintonien du Congrès, il est peu probable que la rencontre brille par de vrais résultats diplomatiques, ou que les deux pays se lancent dans un vaste programme de développement économique « hémisphère nord ».

Reste que la cause de cette rencontre n’est pas dans son objet, mais plutôt dans la symbolique. Si la presse y voit la réunion de deux tyrans, et l’oligarchie mondiale celle de deux empêcheurs d’asservir en rond, les populations y verront deux chefs d’État désireux de relancer la croissance économique mondiale, et surtout inquiets de sombrer en des conflits inutiles. Car ce n’est pas à exclure. Ce réveil soudain du parti unique, l’intervention croissante et « préélectorale » dans le débat public de Hillary Clinton au moment où les démocrates implosent laissent toujours supposer un plan à la Sotchi : le lancement d’un nouveau Maïdan quelque part, dans l’euphorie post-Mondial de foot. En Biélorussie, à Kaliningrad ou ailleurs.

À Washington, par exemple…

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