« Zones grises de l’information » : entre « fake news » et censure, comme un air de panique

La diffusion des « fake news » en français, de 2020 à 2025, représenterait 15 milliards de vues sur le réseau X. Vrai ou fake ?
Capture d'écran Sénat
Capture d'écran Sénat

Mais qu’allait donc faire Agnès Evren dans cette galère ? La sénatrice LR de Paris est très critiquée sur les réseaux sociaux après la présentation, ce 13 juillet, de la mission qu'elle a diligentée avec Laurent Lafon (centre) et Sylvie Robert (PS) sur « les zones grises de l’information ».

Encore une fois, les conclusions de cette mission appellent à brider allègrement la liberté d’expression, comme nous le constations (citations en main), le soir même de la présentation dans BV. Un chiffre a frappé la sénatrice et la mission, celui de 15 milliards de vues pour les « fake news » et les théories du complot, en cinq ans, sur le réseau X - anciennement Twitter. Agnès Evren le reprend pour insister sur la nécessité d’un tour de vis supplémentaire. D’où sortent ces 15 milliards de vues ?

Ce chiffre a été évoqué lors de l’audition du 14 avril 2026 par les sénateurs responsables de la mission. L’un des spécialistes auditionnés, Thomas Huchon, enseignant à Sciences Po, se présente comme journaliste spécialiste des « fake news ». Le fils de l’ancien président socialiste de la région Île-de-France Jean Paul Huchon a écrit deux ouvrages sur la question, dont Résister aux fake news (First). Il y décrypte « vingt théories du complot les plus répandues, du réchauffement climatique au Covid en passant par le 11 septembre, les Illuminatis ou le Grand Remplacement ». Accessoirement, il indique, lors de son audition, qu’il a réalisé 500 interventions en douze ans auprès des jeunes… Ce qui pose à nouveau la question de la perméabilité des écoles à des auteurs, thèses et théories auxquels on donne ainsi une autorité sans débat.

Une étude sujette à caution

Le 14 avril 2026, Thomas Huchon s’exprime abondamment, sans la moindre contradiction et sans que les sénateurs n’exigent de lui la production des études qu’il cite. Très remonté contre les grandes plates-formes en général, et X en particulier, il évoque une étude qu’il a produite lui-même, donc sans la certification d’un institut d’études reconnu.

« J’ai deux chiffres à vous donner qui essayent d’objectiver un peu le phénomène, explique Thomas Huchon. J’ai essayé de mesurer avec des outils de "social listening" la diffusion des fake news en langue francophone depuis cinq ans, sur la période 2020-2025 : cela représente 15 milliards de vues pour les fake news et les théories du complot, pour les 20 principales, sur le réseau X anciennement Twitter. »

Le chiffre pose questions… « Il faut savoir, pour comprendre ce chiffre, que nous sommes 15 millions de Français à être inscrits sur ces plates-formes, ce qui fait qu’en moyenne, un Français inscrit sur ces plates-formes aurait vu passer 1.000 fake news au cours des dernières années. Si vous n’en avez vu passer que trois, c’est que quelqu’un en a vu passer 10.000. » Il faut donc le croire aveuglément, par un acte de foi pur, loin de la déontologie journalistique qui exige de vérifier les faits et les chiffres. Le journaliste comme la mission en tirent pourtant des conclusions radicales sur la liberté d’expression, considérant ouvertement qu’il est urgent de museler les réseaux sociaux et les grandes plates-formes. Indispensable pour contrer les ingérences extérieures et aussi les ingérences intérieures, via un Observatoire de la désinformation interne.

La liberté d'expression par pertes et profits

Que les réseaux sociaux ne véhiculent pas seulement des vérités éternelles, c’est une évidence. Que certaines théories loufoques aient du succès, c’est certain : une enquête du Réseau contre la radicalisation violente dans les villes (PRACTICIES) en 2018, menée dans douze pays européens auprès de 12.000 personnes âgées de 14 à 24 ans, révélait que 7 % croient que la Terre est plate. Que les réseaux sociaux accélèrent la circulation des fausses informations qui ont toujours existé (on ne reviendra pas sur les « fake news » concernant Marie-Antoinette avant la Révolution), c’est évident encore. Les vraies questions sont différentes : pourquoi les médias ont-ils perdu la confiance des Français ? Jusqu’où peut-on brider la liberté d’opinion dans une démocratie, pour quels objectifs et avec quelles garanties ? Et, surtout, qui dira la vérité pour condamner les « fake news » ? Thomas Huchon ? Les juges ? Le Sénat ? L'Arcom ? Mission délicate. « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà », disait Pascal. La loi de 1881 avait répondu à cette question, aussi vieille que la rumeur, en installant la liberté de la presse, soumise à recours devant les tribunaux. Sans cela, l'arbitraire n'est pas loin.

La liberté d'opinion fait l'objet de l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Sans référence à ce qui est vrai ou faux. L'article 100 de la Constitution dispose aussi que « la liberté d'expression, y compris le droit d'obtenir, de conserver et de distribuer des informations et de manifester ses opinions, est garantie à tous ». C'est-à-dire toutes les opinions. Des principes fondateurs en recul rapide : la France de gauche et du centre grouille d’apprentis censeurs. À un an de l'élection présidentielle, l'élite autoproclamée doute de la perspicacité et de la légitimité démocratique du peuple de France, traité en troupeau abruti et moutonnier, qu'il faut garder des fausses nouvelles. Il y a comme un air de panique.

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Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

69 commentaires

  1. Le meilleur moyen de lutter contre la désinformation c’est de disposer d’un bagage culturel et intellectuel suffisant pour comprendre à quel moment on essaie de vous « bourrer le mou ». Encore faut-il avoir appris quelque chose à l’école. Or en France, les premier lieu de désinformation c’est justement l »école. Tous les programmes scolaires ont été conçus pour distiller, du CP jusqu’à l’enseignement supérieur, la propagande gauchiste, tiers-mondiste, voire carrément islamo gauchiste .
    Mais de cela nos trois sénateurs ne parleront pas…

  2. Et si les fake news venaient justement du gouvernement? Et si moi, j’ai envie de lire ce genre de choses? Je leur dirais : de quoi je me mêle? Il y a pourtant des sujets de plus grandes importances: économie, pédophilie, terrorisme, violence, éducation. La liste n’est pas exhaustive. Si tout allait bien, ils pourraient se permettre de se mêler de ce qui ne les regarde pas, mais rien ne va plus.

  3. Bon, j’ai compris, ils veulent des dé-fake News ! … ce ne sera pas forcément mieux. Le contraire d’un fake n’est pas forcément la dé-fake inverse !

  4. L R : certains membres de ce parti en complète déconfiture méritent l’appellation en vogue « né(e) avant la honte »

  5. Les LR sont tellement en panique qu’ils sont prêts à n’importe quoi pour que leurs gamelles ne changent pas de camp. C’est pitoyable !

  6. « Les Fausses Nouvelles » sont essentiellement relatives. Toute opinion différente ou opposée à la pensée correcte, conforme idéologiquement et politiquement, à un moment, en lieu et à une époque donnés est fallacieuse. La vraie démocratie c’est non seulement de tolérer les « Fake news » mais de les encourager comme une opportunité de prendre ses distances avec tous les totalitarismes.

  7. Les fake news sont surtout issues du pouvoir en place on a pas oublié le suicide de Robert Boulin ou le nuage radioactif qui s était arrêté à la frontière italienne etc etc

  8. A tout vouloir surveiller , interdire , dissimuler , ils vont finir par nous faire croire que finalement goulag et liberté ne sont pas incompatibles.

  9. LR nous donne toutes les raisons de nous dégoûter d’eux. Béquilles de Macron, européastes maastrichtiens qui se présentent « gaullistes » (c’est à vomir de rire !), doucement phagocytés par le Centre, voter pour eux sera notre malheur.

    • ON est dedans, et ce n’est que le début. La télé peut entendre tout ce que vous dites… »Vous pouvez répéter »…

  10. Tant qu’on continuera à former des incultes, les fausses informations ( excusez-moi j’ai du mal avec la terminologie anglo-saxonne) continueront à prospérer. C’est une entreprise de longue haleine mais c’est l’unique voie. Sinon on devra en passer par la dictature qui distillera la bonne information, enfin peut-être.

      • Pour la maconnerie la « bonne information » c’est son catéchisme « tout va très bien Madame la Marquise » !

      • Demandez aux députés et sénateurs qui ont planché sur le sujet. Mais vous avez raison, dans beaucoup de domaines, il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises informations, il y a des informations. Mais par exemple, dire que la terre est ronde est une bonne information, qu’elle plate une fausse information. Après on peut disserter longtemps sur les notions de rotondité et de platitude.

  11. Le rétablissement du QRCode du 14 juillet rétabli dans la nuit par ceux là mêmes qui l’avaient supprimé vous donne un aperçu de ce qui se passe dans ce qui était la démocratie et laisse entrevoir l’avenir proche avant les élections. Les Français doivent se réveiller et être attentifs.

    • Sur cette histoire de QR code, une fois n’est pas coutume, je serai relativement indulgent avec le gouvernement. Pour avoir découvert il y a quelques mois la chaine de TV Israélienne I24 News, j’ai appris que de nombreux dirigeants des pays Occidentaux sont menacés de mort par les fous furieux de Téhéran. Bien sur Trump et Netanyahou sont en tête de liste. Mais Macron, malgré sa lâcheté et son  » cette guerre n’est pas la nôtre » est lui aussi sur cette liste. Par conséquent il est assez logique que l’on ne laisse pas n’importe qui assister au défilé du 14 juillet.

      • Annuler le défilé aurait été plus cohérent étant donné qu’il ne représente plus rien, ni la France, ni les Français. Et ça nous aurait fait des économies…

  12. Face au succès du RN la panique ravage tous les partis politiques anciens sur le point de disparaitre . Ils tolèrent par contre LFI le bras armé du « nouveau » prolétariat , et passent avec lui des « accommodements raisonnables » , et ont avec lui des « relations inappropriées » .

  13. Mais que vouliez-vous que Mme Agnès Egren aille faire « dans cette galère », sinon jouer l’éternel jeu trouble des LR, un pied chez Macron, le second on ne sait trop où en fonction de la période? Quand un mouvement n’est géré par aucune boussole, il va au gré du vent des intérêts ou des poncifs du moment. On est aussi en droit de s’interroger sur le potentiel intellectuel de maints élus. Ne connaissant pas Mme Egren, je ne saurais me prononcer sur sa capacité à approfondir les concepts, et j’en resterai donc aux supputations.
    Par contre je suis peiné que des analystes lucides de la vie politique en soient encore à supputer sur l’apport de LR: aucun! L’électorat de LR est une dépouille à se partager, une partie dérivera dans le macronisme, l’autre rejoindra le camp national. Une idée simple: tous ceux qui ont servi Macron sont à bannir de tout vote, y compris Retailleau.
    Ceci dit, merci de rappeler ces 2 textes à présenter systématiquement à tout juge et censeur: « La liberté d’opinion fait l’objet de l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Sans référence à ce qui est vrai ou faux. L’article 100 de la Constitution dispose aussi que « la liberté d’expression, y compris le droit d’obtenir, de conserver et de distribuer des informations et de manifester ses opinions, est garantie à tous ».

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