Avant les présidentielles, trois sénateurs veulent créer un « Observatoire de la désinformation interne »

Objectif : traquer, supprimer et punir les « ingérences » et les « manipulations » sur les réseaux sociaux durant la campagne.
addiction aux réseaux sociaux chez les jeunes
@pxhere

Dans la grande marche vers le contrôle de l’information, chaque jour voit tomber une défense. Ce 13 juillet, trois sénateurs, Laurent Lafon (Union centriste, président de la commission de la culture), Agnès Evren (LR) et Sylvie Robert (PS), ont présenté les grandes lignes de leur mission d’information sur « les zones grises de l’information » dans l’espace numérique. Les trois orateurs étendent d’emblée le domaine de la lutte, comme disait Houellebecq. Ils sont partis d’une intuition, disent-ils. « Les élections présidentielles et les législatives qui suivront pourraient devenir des moments de vulnérabilité » démocratique. Ce danger n’a rien d'« une hypothèse d’école », assurent-ils, citant l'affaire Cambridge Analytica et les fameuses élections roumaines, « annulées après des soupçons de manipulation massive », poursuit Laurent Lafon.

Comme Emmanuel Macron, qu’on sait obsédé par ce sujet, les trois responsables de cette mission d’information interrogent : « La France peut-elle devenir une cible » des forces qui œuvrent à la désinformation ? En dépit d’une culture démocratique ancienne, en France, et d’une pratique assidue du débat politique par les Français, les trois orateurs en sont convaincus : les Français pourraient être manipulés très facilement. Manipulés de l’extérieur, d’abord. Heureusement, le rempart Viginum, un outil créé en juillet 2021 pour « détecter et caractériser les opérations d'ingérences numériques étrangères qui ciblent la France, afin de protéger le débat public numérique », donne satisfaction.

Flou

Manipulés surtout… de l’intérieur. Laurent Lafon pose la question clef : « Que se passerait-il si une personnalité, un courant de pensée, un parti politique disposant de moyens financiers conséquents décidait de le mettre au service d’un projet politique en utilisant les réseaux sociaux comme une arme ? » Et de conclure : « Nous avons une vulnérabilité, nous n'avons pas d’outils pour faire face aux ingérences intérieures. »

Mais voilà, cette définition, par son imprécision, a de quoi effrayer… Un exemple : Emmanuel Macron, après beaucoup d’autres candidats à la présidentielle, était bien en 2017 et en 2022 « une personnalité », ancien ministre des Finances, et, en 2022, ancien président de la République. Il représentait sans doute possible « un courant de pensée » européiste et mondialiste et il avait fondé un « parti politique disposant de moyens financiers conséquents ». Il a bien mis « au service d’un projet politique » les réseaux sociaux « utilisés comme une arme ». Et Dieu sait s'il s'en est servi, comme, du reste, tous les autres partis politiques français. Où commence le procès en manipulation ? Où finit-il ? Durant des décennies, on n’a touché à la liberté de l’information, encadrée par la précieuse loi de 1881, qu’en tremblant. Apparemment, nos élus ne tremblent plus.

Garde-fous absents

Le ministère de la Vérité est en cours de constitution. Les trois « missionnaires » en conviennent, du reste. « Oui, il existe des contenus dangereux qui ont toujours existé, mais ils sont encouragés par la logique profonde du modèle économique des grandes plates-formes, contenus qui choquent et mobilisent. » C’est vrai, mais quels sont les garde-fous envisagés pour éviter de tomber dans la censure et l’arbitraire ? Cet aspect semble secondaire pour nos sénateurs convaincus que « les plates-formes organisent consciemment ou non la propagation du pire », alors que la régulation n’a pas su suivre, ce qui « menace le débat démocratique ».

Les « réponses solides » destinées à « protéger les échéances électorales » ont de quoi, elles aussi, faire hurler ceux qui pensent que la liberté d’expression est totale ou qu’elle n’existe pas.

« Nous proposons la création d’un organisme indépendant de l’État, capable d’alerter en temps réel et de déclencher une riposte pour les ingérences intérieures, un observatoire de la désinformation interne, qui ferait pour les manipulations venues de l’intérieur ce que fait Viginum pour les ingérences étrangères. » Une seule différence, qui en dit long, entre Viginum et le nouvel organisme : « Une indépendance plus forte vis-à-vis du pouvoir exécutif », car il s’appuierait sur « des organismes de recherche ». Rassuré ?

Relais de Bruxelles

Quoi qu'il en soit, on n’est pas dans la philosophie ou le vœu pieux. On est prêt à couper, à supprimer et à censurer allègrement. Cet « organisme » « pourrait imposer aux plates-formes qu’elles modifient leur algorithme ou rendent inactif un compte fautif en cas de danger imminent pour la sincérité d’un scrutin ». En cas de « refus d’obtempérer de la plate-forme », l’Arcom serait saisie et pourrait « demander au juge un blocage pur et simple ». Le tout serait relayé par un dispositif de sanctions en cours d’élaboration à Bruxelles, qui est dans tous les mauvais coups. Là aussi, sur quelle défense le censuré de bonne foi pourra-t-il s'appuyer ? Mystère... Les risques pour le débat démocratique, les dérives possibles préjudiciables à la liberté d’expression et donc à la liberté de pensée dans ce pays ne sont même pas mentionnés par les orateurs. Ce n’est apparemment pas un sujet.

Un motif de réjouissance ? On a longuement, longuement parlé, dans les cénacles politiquement corrects, des manières de contrôler l’information via la « certification des médias en ligne », une forme de labellisation des « bons » médias qui placerait a contrario les mauvais médias en enfer et « amènerait la confiance ». C'était, encore, une obsession d'Emmanuel Macron. On attendait de savoir qui serait désigné pour pratiquer ce jugement dernier et sur quels critères, au risque de provoquer l’hilarité ou la fureur des internautes. Mais le projet a du plomb dans l’aile. « Il n’y a pas eu de consensus », disent les trois élus de la mission. En réalité, aucun acteur ne l’a même demandé… C'était peut-être un peu... grossier ?

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Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

54 commentaires

  1. Finalement, si ce ministère de la vérité avait existé en 2017, le Canard enchaîné et autres organes de presse n’auraient pas pu faire monter une mayonnaise outrancière autour de l’affaire Fillon. Cette mayonnaise a en effet représenté manifestement un « danger imminent pour la sincérité d’un scrutin ». Macron n’aurait pas été élu et la France ne s’en porterait que mieux. CQFD, non ?

  2. A 8 mois de la présidentielle, ils ont tous peur de ce qui va arriver !
    Ils ont tous mis la France dans la mouise depuis 50 ans et aujourd’hui ils se rendent compte qu’ils vont presque tous perdre leurs place !
    Il faut tout faire pour empêcher que le Rn arrive au pouvoir !
    Ça va être comme ça pendant toute la campagne, ça va être long, très long mais surtout ça va être pénible de voir tout ce qu’ils vont faire pour que cette élection soit perdue par le RN !

  3. Ils se demandent si la France peut-elle devenir une cible » des forces qui œuvrent à la désinformation ? Déjà faudrait préciser ce qu’est cette désinformation. On peut penser qu’elle a beaucoup à voir avec des infos qui ne vont pas dans le sens de leurs poils mais passons et commençons par nous pencher sur les manips de Mr Soros et Cie. Par ailleurs c’est bête mais pour l’instant c’est plutôt du côté de nos forêts que se situe notre urgence. Et là qu’avez vous fait ? Qu’avez vous à proposer ?

  4. Notre cher Macron n’est pas encore parti, je subodore une entourloupe à venir, ce monsieur n’ a pas du tout envie de céder sa place, il passe outre les règles de nos institutions depuis pas mal de temps et personne ne moufte dans le monde politico médiatique en général. Censure, contrôle de l’ information en sont la preuve indéniable. Cela paraît savamment orchestré en tout cas, par qui? Vaste question!..

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